Chapitre 6 : premiers symptômes
« Votre attention s’il vous plaît ! Le train en provenance de Timber va arriver en voie 6 »
Le major Caraway, accompagné de ses ministres et d’une escorte de milices galbadiens vit un train qui se dirigeait vers le quai où il se trouvait. Il était anxieux à l’idée de retrouver sa fille, perdue dans un chagrin dans lequel il avait sa part de responsabilité. Il se doutait qu’il allait falloir être patient et serein, jouer le jeu et instaurer une relation de confiance entre le père et la fille.
Le train s’arrêta au niveau du quai, les passagers dont Linoa descendirent. La jeune fille vit les personnes qui l’attendaient et se dirigea vers elles, son père en fit de même.
— Linoa, ça me fait vraiment plaisir de te revoir, après tout ce temps.
— Je n’avais pas réellement le choix !
— Je sais que tu viens de traverser une épreuve mais n’oublie pas, le temps est ton allié ! Il t’aidera à surmonter cette douleur qui te traverse l’esprit. Je suis désolé !
Le major prit les bagages de sa fille et la présenta à son entourage. Il faisait jour, le voyage avait duré vingt deux heures et Linoa était si éreintée qu’elle manqua de s’endormir dans la voiture décapotable qui l’emmenait vers le manoir Caraway. Seulement, le décor qu’elle vit ne la laissa pas indifférente. Des gens noyés dans une misère absolue, des sans abris, certains faisant la queue pour un bol de soupe, des bâtiments dégradés, un air malsain et nauséabond ; Linoa ne reconnaissait plus la ville qu’elle avait jadis laissée après la bataille contre Edea.
— C…C’est ! fit la jeune femme totalement hébétée et impressionnée.
— Deling City ! répondit le président. Du moins ce qu’il en reste. Voici les conséquences du blocus et de l’occupation, nous sommes dans une vraie pénurie alimentaire et dans un gouffre financier sans précédent. La réquisition des sols d’exploitations par la force internationale a provoqué un chômage monstre, d’abord ce fut le secteur secondaire qui fut touché, puis cela n’a pas été sans conséquence pour le secteur tertiaire. L’administration galbadienne a du mal à fonctionner, en bref l’économie est entrée dans un cercle vicieux, quant au résultat : tu peux le voir sous tes yeux !
— Je n’aurais jamais imaginé une telle misère ! Laguna est pourtant quelqu’un de bien, comment peut- il soutenir une telle politique !!
— Eh bien ! il est à croire que même les gens bien ne peuvent échapper aux lois de la politique. Ce que tu vois résulte également des seeds mais je vais te dire une chose : si tu invitais à ta table quelqu’un, celui- ci peut, au niveau politique, te paraître comme un imbécile, mais sans ses idées, tu peux te dire que c’est la personne la plus sensée, tu me suis ?
— Squall s’est toujours battu contre ça, il voyait les choses et il les sentait!
— C’est vrai, c’était un grand homme !
L’escorte de Linoa arriva au manoir Caraway. Quelques minutes après, la sorcière se retrouva seule dans la chambre dans laquelle elle a vécu une partie de son enfance. Elle regarda par la fenêtre puis elle alluma la radio. Lorsque le transistor était allumé, elle entendit une musique dont elle connaissait les paroles, une chanson écrite par sa mère : Julia Heartilly et dont le titre n’était autre que « Eyes On Me ». Là, Linoa se remémora les moments les plus magiques qu’elle avait vécus avec celui qu’elle croyait mort, de leur première danse à leur bataille finale contre Ultimecia, tout en passant par l’extraordinaire plongeon de Squall pour la secourir. Elle se mit à pleurer longuement et, lorsque le souvenir fut plus intense, c´est-à-dire lorsqu’elle lui avait demandé s’il désirait des enfants, elle se leva, prit la radio et la jeta violemment par terre. Encore une fois, elle regarda la bague de Cronos et elle sentit comme une présence à l’intérieur de l’objet.
— Pourquoi ?
Quelques jours s’écoulèrent. Les Galbadiens avaient prit part à l’information selon laquelle la prêtresse Linoa était venu vivre à Deling City, cette nouvelle suscita une vive émotion à travers le pays et chacun se mit à sentir l’espoir de voir arriver, dans un futur assez proche, la fin des malheurs. Linoa se trouvait dans les coulisses du palais présidentiel et elle portait son habituelle tenue blanche tandis que deux femmes l’aidaient à se maquiller. La porte s’ouvrit et Caraway pénétra dans la pièce.
— Tu es sublime ! Ta mère m’a vraiment donné une superbe enfant.
— Merci beaucoup ! Mais, est-ce si nécessaire de me montrer à la foule ?
— Le peuple a envie de voir sa nouvelle ambassadrice, celle qui, dans quelques jours, va entreprendre un voyage à travers le monde, accompagnée des meilleurs diplomates galbadiens, dans le but de chercher une solution beaucoup plus rapide à la crise.
Après quelques minutes, Linoa fut prête et comme si c’était un signe de réconciliation, elle passa son bras autour de celui de son père qui allait l’accompagner sur la balustrade du palais, là où jadis Edea fit un discours pour le moins percutant. La foule avait encore en tête cet évènement et elle se demandait si soutenir une sorcière n’allait pas lui porter à nouveau préjudice. Mais le peuple le sait, Linoa est la sorcière du Bien, une magicienne bienfaitrice qui saura le faire sortir du tunnel. Linoa se retrouva à l’endroit où Squall et Irvine étaient venu la secourir alors qu’elle était attaquée par deux Iguanors. Linoa était maintenant sur le balcon présidentiel et elle vit, plus bas, une foule venue en nombre dans le but de l’acclamer. Selon la police, ce ne sont pas moins de dix millions de personnes, sur les douze millions de la ville, qui se retrouvèrent dans les rues pour l’applaudir. Lorsque Linoa apparut, un tonnerre d’applaudissement se fit entendre, se répandant comme une traînée de poudre à travers Deling City, avec des cris de joie et certains feux d’artifices. Linoa fit un signe de la main, mais le président remarqua qu’elle était toute pâle.
— Linoa, tu te sens bien ?
Mais Linoa ne répondit pas. Elle avait en tête le défilé d’Edea à Deling City, mais ce n’était pas un flash back ordinaire. Elle avait l’impression d’être dans le corps de l’ancienne prêtresse et elle tenta, dans son songe, d’arrêter le pic de glace matérialisé qui se dirigeait vers Squall, pire même, elle eut la vague impression que c’était elle qui l’avait lancé. Au même moment, elle entendit une voix de femme.
« Linoa !! ! Linoa !! ! Linoa !! !! »
— Linoa, réponds moi ! lança Caraway.
— Qui… ? Squall !! ! J’ai peur !
Linoa suffoquait, elle était perdue dans ses pensées dont elle en cherchait désespérément la sortie. Une lueur blanche se mit à l’entourer, comme lors du jour où elle avait appris le décès de celui qu’elle aimait, avant de s’évanouir à nouveau, sous l’air inquiet de la foule.
— Linoa !! ! s’écria le major. Vite, appelez un médecin !
Malgré son air anxieux, craignant pour la vie de sa fille, le président Caraway se doutait que la première phase de son plan allait débuter. Les Galbadiens furent priés de rentrer chez eux tandis qu’une ambulance conduisait Linoa à l’hôpital de Deling City, le médecin décidant de la garder en observation une nuit, malgré le fait qu’il ait diagnostiqué un simple malaise émotionnel.
Linoa était perdue dans un rêve, rêve pour le moins étrange. Elle entendait toujours cette voix féminine qui l’appelait par son prénom. A un moment donné, au milieu d’un champ de fleur, elle vit la silhouette de Squall qui se retourna et qui la fixa des yeux. Linoa se mit à courir dans le but de rejoindre son chevalier, mais plus elle avançait, plus Squall s’éloignait avant de disparaître.
« Malgré votre promesse, jamais tu ne le retrouveras, Linoa ! Suis le son de ma voix, je suis là pour te guider à travers ton chagrin ».
La jeune fille se mit à obéir et revit en quelques centièmes de secondes tout le périple qu’elle avait accomplie lors de la lutte contre Ultimecia.
— Mais pourquoi me faire voir ceci ? Qu’est ce que cela signifie ?
« Ces images reflètent tout ton passé, ce que tu as vécu et au final ce qui a bouleversé ta destinée».
Au même moment, Linoa vit apparaître Squall qui se tenait à une vingtaine de mètres d’elle. Il était armé de sa Gunblade et jeta envers Linoa un regard perçant.
— LION HEART !! !!
Linoa, terrifiée, ne bougea pas d’un pouce, et au moment où Squall allait lui asséner un coup de Gunblade, elle se réveilla en sursaut sur son lit d’hôpital. Elle avait des sueurs froides tout en tentant de reprendre son souffle. Il lui fallut quelques instants pour réaliser où elle était, puis elle vit un réveil numérique lumineux posé sur sa table de chevet et qui indiquait cinq heures moins le quart. Linoa s’essuya le front, elle tremblait de la tête au pied et se dit :
— Quelle horrible vision ! Mon dieu ! quel cauchemar !! !
« Mais ce n’était pas un cauchemar !! ! C’est ta destinée»
Linoa sursauta et écarquilla les yeux ! La peur se mit à la dominer lorsqu’elle entendit cette voix féminine, répétant son prénom de manière continue.
— Qui êtes vous ? Où…Où êtes vous ? demanda t’elle en allumant la lumière de sa chambre.
« Il est inutile de me chercher, je suis en toi, je suis toi ! C’est le son de ta voix que tu entends, mais seule toi es en mesure de l’écouter ! Linoa, je suis ta personnalité ! Je suis la sorcière Linoa, née de tes craintes et de tes angoisses, je suis à la fois la haine et le chagrin, qui hantent ton esprit ! »
— Haine ? Chagrin ? Mais de quoi est ce que vous parlez ?
« Les sorcières sont les descendantes de Hyne, tu es une Nécromancienne. Un pouvoir puissant est enfoui dans ton cœur, n’aie pas peur ! je suis là pour te guider à travers ce long chemin rocheux ! »
Une fois de plus, la lueur se mit à jaillir du corps de Linoa. Elle serra les draps de son lit entre les mains.
— Squall !! Je…
A cet instant précis, Linoa eut une nouvelle vision qui la fit sourire. Elle vit tous ses amis du Seed, au dessus d’elle, qui lui tendaient la main. Là, elle se dit qu’elle pourrait toujours avoir des gens sur qui compter, elle versa quelques larmes, des larmes de joie cette fois- ci. La porte de la chambre s’ouvrit, une infirmière entra et lui donna quelques cachets. Linoa, elle, n’entendait plus cette voix étrange… mais pour combien de temps ?