Quand je parle d´égoïsme, je fais attention à ne pas tomber dans l´hyperbole et à être en phase avec ce que je pense.
Il s´agit bien d´égoïsme, Allen, hélas. Le sentiment de satisfaction qui découlera de la distinction par le vêtement est profondément ancré dans une démarche qui tourne autour de la préservation de l´ego, on ne peut le nier. Pour tout dire, qu´est-ce que l´individualisme. Comment définir la notion ? Une tendance à s´affirmer indépendamment des autres, dit le Larousse. Ca n´est pas de ça dont je parle. Je traite ici de cette volonté d´uniformiser un besoin artificiel de se vêtir à la mode qui, si non satisfait chez autrui ( à savoir si quelqu´un a le malheur de ne pas s´habiller dans les normes modernes), est source d´inégalité visuelle et donc création d´un stress nouveau et inutile pour la génération adolescente, en l´occurence.
Tu prends la défense des gens qui comme Miss ( et toi-même donc si j´ai bien compris), et c´est normal, n´ont cure du regard des autres et s´habille comme bon leur semble, etc, bref le discours que j´entends souvent. Le fait est que, même si je vous crois, vous me répondez en prenant votre cas personnel, sans même voir que je vous parle au nom d´une globalité. Il ne s´agit pas de savoir si votre personne est concernée ou non par la théorie mais plutôt d´observer si sur les globalités ( c´est-à-dire les autres que vous, la majorité des gens), la théorie s´avère exacte. Or, vous ne répondez toujours que par rapport à vos repères personnels et, même si c´est un élément de réponse, ça ne fait pas une opinion valable si l´on considère la majorité des gens. Au fond, voilà l´orgueil que je reprochais à vos réponses, Miss et les autres.
Tu me parles du Japon. Mais moi, Allen, je ne t´en ai pas parlé du Japon. Bien sûr, si tu prends un régime extrême où la spécifique particularité est de faire travailler les élèves à plein temps dans les horribles conditions psychologiques et physiques que nous connaissons et que tu nous as rappelées, alors oui, uniforme ou pas le malaise pour les adolescents, il est bien là.
Non, force est de constater que tu as écarté l´argument de l´Australie et l´Angleterre. Si tu avais voulu contester ce point, tu aurais pu me dire que, malgré le port des uniformes, l´école n´est pas gratuite dans ces pays là et il existe autant d´établissements riches que d´établissments pauvres. Aussi, le regard des autres sensé disparu revient dans cette distinction de la richesse : untel a tel uniforme alors vients de telle école et donc on découvre tout de suite son niveau de richesse. Et cet argument aurait été judicieux. Mais j´abordais personnellement la micro-société qu´une école instaure elle-même, de l´intérieur du bahut lui-même.
Si l´on observe les mentalités des gens dans ces écoles, on s´apercevra que non seulement tout le monde connaît tout le monde ( grâce à la composition toujours changeante des classes) mais, qui plus est, tout le monde va naturellement vers l´autre sans a priori. C´est ça la force et la chose extraordinaire que je loue ! Cette naturelle tendance à oublier le physique d´autrui pour n´être dévoué qu´à son être. Après, tu juges toi-même si c´est un type génial ou le dernier des connards mais au moins tu fais l´aventure, l´expérience de sa découverte, de sa vraie rencontre ! De surcroît, leurs conditions de travail sont toutes autres et bien plus souples et ouvertes que dans ce cas exceptionnellement barbare qu´est le Japon.
Vous, vous n´avez pas besoin du regard des autres, Miss et les quelques joyeux drilles qui m´ont répondu ( pas de méchanceté dans le terme, c´est une boutade, amis ! ). Grand bien vous fasse ! Mais jugez d´autrui et jugez même votre propre attitude. La revendication de votre originalité n´est-elle pas elle même une façon de vous mettre dans la mode de l´originalité ?
On peut retourner les choses encore longtemps comme ça car je ne cesserai jamais de dire que, quoiqu´on puisse affirmer, la vérité de l´homme est dans l´uniformité ou dans la nudité, surtout la nudité. ( Elle est, elle aussi, après tout, une uniformité : enfin, l´uniformité suprême ! dans laquelle les femmes sont les femmes, les hommes sont les hommes et les enfants et les enfants.)