Première Partie
Ce souffle tiède, toujours là à caresser ma peau, toujours là à me faire languir d´avantage, comme ci mon impatiente n’avait pas déjà dépassée de très loin son endurance. Pourtant, malgré cette attente qui m´obsédait, j´avais pendant un instant, rêvé de Zell et d´une journée splendide, où ensemble, nous volerions à dos de dragons dans un ciel si bleu. Mais après cette nuit, rien ne serait plus pareille, après cette nuit, je m´éloignerais peut-être de mon plus grand ami, peut-être même que c´est lui qui s´éloignerait de moi. Et puis, quand j´y pense, cette si douce créature derrière moi ne me donnera peut-être pas l´occasion de revoir le jour. Mais je m´en balance, je vais prendre mon pied, vivre ce que j´ai toujours désiré et mourir pour ce qui m´a toujours attiré.
Tient, le souffle se rapproche de mon cou et sa cadence accélère au fur et à mesure que moi-même j´approche d´une mort certaine. Serait-elle excitée elle aussi ? Soudain, deux mains frôlent mes hanches. Une reste là, l´autre remonte doucement puis passe derrière mon dos. Ce souffle... Je crois qu´elle me sent... Elle me sent comme une voyante pourrait lire en moi. Elle me met à nue. Drôle de sensation que celle d´être à nue devant n’importe qu’elle être. Mais cette créature... non... je suis à elle de toute façon. Moi qui m’étais changé au camp, je portais un pantalon en cuir et un manteau fait de la même matière. Avec le premier, j’avais associé une ceinture arborant un pentacle et en dessous du second, j’étais revêtu d’un simple T-shirt. Le tout de la même couleur que mon caractère, de la même couleur que la nuit sauf le pentacle d’argent qui brillait comme les étoiles. De son côté, j’avais le droit à deux mains gantées. Mais des gants fins, en dentelles, noires et transparents. Ils commençaient à partir de ses premières phalanges et devaient sûrement remonter le long de son bras, jusqu’au coude, ou peut-être presque jusqu’à l’épaule. Je ne savais pas, je ne voyais pas. Je pouvais juste mon contenter d’un aperçue grâce à sa main encore posée sur ma hanche gauche, alors que l’autre me caressait maintenant les cheveux et la nuque. J’aurais tellement aimé l’admirer, laisser glisser mon regard tout le long de son corps, puis remonter le long de ses bras avec mes mains. Mais non, pour l’instant je n’avais que les sensations qu’elle me procurait et un morceau de son gant. Même si l’on pouvait trouver cela un peu mince, je n’allais pas faire l’exigeant alors que mon rêve, petit à petit, promettait de se réaliser.
Et soudain, crise de tétanie, sinon presque ! Mes muscles s’étaient d’un bon contractés alors que d’un mouvement rapide de sa langue, elle m’avait léchée la nuque. Sa langue, aussi tiède que son souffle, me sifflait tendrement une comptine :
L’histoire d’un homme perdue, un homme qui cherchait, mais qui cherchait quoi, qui cherchait qui ? Lui-même ne le savait… Puis un jour, ou plutôt une nuit, on mit cet homme face à face avec ses désirs. Une divine créature venait pour le sauver de l’emprise qu’avait le monde sur lui. Elle allait le libérer, répondre à ses pulsions. Il allait pouvoir dîner aux chandelles avec ses rêves.
Tout ça en un coup de langue qui m’avait pourtant semblé inattendue. Un coup de langue qui s’était par la suite, transformé en un long baisé qui parcourait les moindres recoins de mon cou. Toujours là à me caresser les cheveux, à me basculer la tête de gauche à droite pendant que sa bouche s’accordait toutes sortes de plaisirs. Je n’étais décidément plus qu’un pantin. Seulement un pantin charmé et fier de l’être. Elle arrêta ses baisés, je pouvais ressentir une nouvelle fois sa respiration, plus rapide qu’avant et surtout plus chaude. D’abord elle m’avait senti, puis ensuite m’avait goûtée. A quoi allait-elle passer maintenant, la dégustation ? Toujours est-il que la main, anciennement sur ma hanche, parcourait désormais mon buste. Des passages lents, d’autres plus rapides, certains presque sauvages. Par moment, elle y mettait toute la main, d’autres fois juste le bout des doigts et enfin par moment la pointe de ses ongles. Mon cœur battait tellement fort, aussi fort que chaud était son souffle. Puis, comme ci la première étape touchait à sa fin, elle me fit un court baisé, toujours dans la nuque, et replaça ses mains, objets de ma joie, sur mes hanches.
Je rouvris les yeux. Non pas pour découvrir que tout cela n’était qu’un rêve, mais justement pour sortir de celui dans lequel elle m’avait plongée. Elle ne faisait plus rien, elle me collait simplement, et m’enlaçait. Je profitais toujours de son souffle, qui ralentissait comme pour récupérer d’une hausse d’excitation. Sa tête posée sur mon épaule, elle tentait peut-être de s’endormir, de se reposer. A moins que… A moins qu’à son tour, elle attende…