L´ambiance du camp devenait presque bonne malgré les évènements. Bien sûr, « bon » n´avait pas le même degré que d´habitude, mais compte tenu de la situation, je pense pouvoir dire que le climat était bon. Certains soldats souriaient, d´autres, plus rare, rigolaient. On en voyait quelque uns jouer aux cartes, ou encore astiquer leurs armes et armures, mais la plupart discutaient autour d’un petit feu.
Oui, les petits feux par temps de guerre, c’est ce qui prolifère le plus. Qu’y a-t-il de plus doux après une épouse, des enfants, un foyer, sa famille qu’on laisse derrière soit pour partir au champ, qu’un feu de bois. Une petite lueur d’espoir, douce et chaleureuse qu’on partage avec ses amis, ses frères d’armes. Elle brûle dans notre cœur, elle le ravive après temps d’atrocités, à moins que certains soldats soient comme moi. C’est vrai, est-ce la folie qui m’atteint ? Je ne sais pas… je ne sais plus… Commencerais-je à prendre goût à tout cela, à toute cette horreur, à tous ces carnages, ces bains de sang ? Toujours cette même réponse en écho dans mon esprit, aussi désolante soit-elle. Seulement la réalité est là : « je ne sais pas… »
Mais désormais, mon cœur ne brille qu’en compagnie de la mort, il ne bat que pour elle. Je me suis engagé en ne laissant rien derrière moi, si ce n’est la confusion d’un passé perdu. Or aujourd’hui, j’ai trouvé une épouse, elle hante mes jours et accompagne mes nuits. Elle me rend plus fort lors des batailles, tout en tenant mon cœur à sa merci. L’ennemi ne me fait plus peur, désormais, je ne suis soumis qu’à cette fiancée. Oui, elle est toujours à mes côtés, à planer sur moi comme une ombre, son souffle m’enveloppe et m’ensorcelle. C’est sûr maintenant, je deviens fou, fou d’elle. Je suis esclave, elle devient reine. Je vivrais pour elle, puis je mourais, toujours pour elle. Mourir pour la mort, quel étrange sentiment… Mais pour l’instant, je n’ai qu’elle…
Arrête de penser ! C’est fou, mais si tu commences à t’enfoncer dans ces méandres, tu ne seras pas près d’en ressortir. Détache ton attention ! Trouve quelque chose ! …Tient donc ? Serait-ce un nouveau membre de la famille de Lukeeera ? Il semblerait bien. Qu’est-ce que j’en ai a foutre, puis merde, tant que ça m’occupe. De toute façon, un allié en plus ne fait pas de mal. Je me demande bien de quoi peuvent-ils discuter. Cette forêt est charmante… Le ciel est beau… Rah, occupe toi l’esprit ! Et si tu allais voir un proche… Zell ! Oui, va le voir…
Je me lève, déterminé, il faut que je me sorte de là, oui, que je me sorte de là…
Zell ne pourra rien pour moi, pas maintenant, non, il faut que je me sorte de là…
Que je sorte de là…
C’est décidé, tout le monde est avec tout le monde, je suis seul, je pars. Personne ne remarquera ni ne s’occupera de mon départ. De toute façon, je ne suis pas un déserteur, j’ai juste besoin de prendre mes distances et puis la nuit est belle, la nuit m’appelle, il faut que je file.
Et me voilà sorti de la clairière où le camp avait été établit. Je cours à toute vitesse, je ne veux pas sentir mes jambes, je m’éloigne c’est tout ce qui compte. Je n’ai jamais dû courir aussi vite, ça y est, mes jambes me font mal alors que je ne sais pas depuis combien de temps je cours. Je m’arrête, me retourne et constate qu’il n’y a qu’arbres et buisson qui s’étendent par delà quelques kilomètres. J’ai donc parcouru un bon chemin, cette course m’a permis de ne peser à rien, mais voilà, je me suis arrêté et toutes ces pensées reviennent à l’assaut. Je ne veux pas penser, il faut que je coure, seulement je m’assois, à qui j’obéis ? Et… Et si je n’obéissais qu’à moi-même ? Peut-être que je me voile la face. Faire le vide… je fais le vide… en y réfléchissant, je ne refuse pas ces pensées, j’ai seulement peur des conséquences. Mais je ne vais pas renier mon futur, déjà que je n’ai pas connaissance de mon passé. Je abandonne, non, je m’abandonne à tout cela, je vais laissé mes envies filées, désormais, je suis un feuille qui se laisse tranquillement transporté par le courant d’une rivière. Une feuille morte, une rivière gelée, peu importe, c’est mon chemin. C’est bien beau tout ça, mais il faudrait peut-être songer à rentrer au camp maintenant, errer dans les bois en pleine nuit c’est... c’est mon truc, oui, je ne vais pas rentrer tout de suite. De plus, les gens m’exaspèrent, non je suis bien là. Je me lève et reste figé.
La nuit est fraîche et le vent souffle. Il rend la nuit froide et frissonnante. La nuit m’appelle, la nuit m’excite, je le sens, mon cœur s’emballe et ça remonte jusque dans ma nuque, où je peux sentir mon poux qui palpite. Mon sang dilate mes veines, il doit être chaud. Quel goût à mon sang ? Peut-être est-il sucré, peut-être est-il raffiné ou bien gelé. Gelé par le désespoir comme l’hiver glace les lacs et les paysages, il les endort jusqu’à l’attente du printemps. Seulement voilà, mes attentes ne seront peut-être jamais comblées. Pourtant je te sens. Tu es là, cachée quelque part parmi les feuillages, ton parfum embrume cette forêt. Tu me frôles, tu valses avec moi à mon insu. Ton odeur, elle est merveilleuse, elle me promet l’accomplissement de tous mes désirs… Mais tu n’es pas la mort… Non, mais tu fais parti de la nuit, comme elle, ton âme est noire… Je sens ta présence, comme celle d’un ange… Ange noire… Je comprends, une lumière jaillit de l’obscurité… Tu es ce que j’ai toujours attendu, et tu te tiens là, à quelques pas, non je ne fabules plus… Seulement te découvriras-tu ?
Alors que ces bois, plus sombre que jamais, inspirent aux cauchemars. Alors que le vent souffle et essaye de me faire tomber. Je reste là, figé, je n’ai rien d’autre à faire qu’attendre.
Tu saisis, et décides apparemment de faire le premiers pas, car le bruit d’une branche piétiné parvient à mes oreilles. Ca y est, c’est reparti, je suis tout excité… Tu te rapproches, j’en suis sûr, tu n’as fait qu’un pas, mais le reste arrive… Ce son provient de mon dos, je ne me retournerais pas, qu’importe ma dose de curiosité. Le bruit de feuilles froissées, tu as fait un second pas…
Où est HaZck ?
=== Au camp ===
Axtras : Hein, de quoi ?
Zell : Je t’ai demandé où était HaZck.
Axtras : Et bien, je ne sais pas. A vrai dire je le croyais avec toi.
Zell : …
Axtras : En quoi cela te perturbe ?
Zell : Il n’est plus au camp !
Axtras : En es-tu sûr ? Et puis même, c’est un grand, tu sais comment il est, c’est la nuit… Il a dû trouver son tour de garde plus ennuyeux que d’habitude et s’est offert une balade avec Itosys…
Zell : C’est bien possible… En tous cas je constate l’intérêt que tu portes au tient…
Axtras : Comment ça ? Je.. j’étais dans mes pensées c’est tout !
Zell : Tu dormais…
Axtras : Somnolait !
Zell : Bah voilà, on se rapproche un peu plus de la vérité =)
Axtras : …
Zell : T’inquiète pas va, c’est derniers jours on été éprouvant pour tout le monde, c’est normale. Au moins toi, tu ne désertes pas ton post…
Axtras : Bon le tient vient dans quelques heures, quant à nos plan pour demain, rien n’a encore été décidé, alors pour le cas où une dur journée nous attendait, tu ferais bien de dormir un peu.
Zell : J’vais essayer, bon courage.
Axtras : *bail* Bah moi tu sais, dans moins d’une heure mon tour est fini, je vais direct au lit après ça, je suis mort…
Zell :
… ( HaZck aussi peut-être…)
Le camp dormait à quelques exceptions. Deux, trois cadavres de feux subsistaient par ci, par là. Un tas de braise rougit et incandescent, qui ne réchauffait que très peu et n’éclairait guère plus. Mais ces amas rougeâtre semblaient bien être les seuls compagnons d’un veilleur de nuit. Bien sûr, on ne parle pas à du charbon comme à un ami mais il peut susciter certains sentiments. Axtras, lui, désormais réveillé par l’intervention de Zell le contemplait d’un air rêveur. Il repensait à l’avant guerre. Le temps où il vivait encore aux côtés de sa femme, dans son chez-soi. Quand je disais que derrière chaque feu de camp se cache une femme, une famille, une maison… Alors on trouve dans les restes d’un feu, le désespoir, la mélancolie et le regret.
Une larme coula le long de la joue d’Axtras, laissant derrière son passage une traînée humide. Etait-ce peut-être dû à la fatigue et à son bâillement précédent, peut-être pas…
Zell était retourné d’un pas lent et chancelant jusqu’à sa tente, il pensait à son compagnon disparu. Il pensait que c’était peut-être bien plus qu’un simple compagnon, sans vraiment songer à ce que ça puisse être d’autre. A présent, il s’allongeait sur son fin matelas, se recouvrit de sa grosse couverture, se recroquevilla puis s’endormit, en même temps que les braises et rêves d’Axtras…
Lukeeera partageait sa chambre avec son cousin, ils avaient longuement discuter puis avaient fini par tomber de sommeil également.
Milou se sentait bien seule, il lui était impossible de trouver le sommeil. Emmitouflée dans sa couverture, elle songeait à l’homme qui pourrait la rendre heureuse, la prendre dans ses bras et la réchauffer par des nuits comme celle-ci, où la solitude vous ronge jusqu’à la chaire. Si forte se montrait-elle, elle n’en restait pas moins faible par de telles soirées. La paix, un homme, un foyer, une famille, voilà ce qu’elle désirait, voilà avec quelle chimère finit-elle par s’endormir. Mais vivrait-elle assez longtemps pour donner naissance à ses rêves ?
=== Quelque part dans la forêt ===
La créature de tous mes fantasmes avait pris tout son temps, mais elle semblait désormais juste derrière moi. Elle devait y être depuis quelques bonnes minutes, car plus aucun plus de pas ne se faisaient entendre et car un souffle tiède et humide, autre que celui du vent, parcourait à intervalles réguliers mon épaule et ma nuque. Si elle continuait à prendre son temps, le désir et l’excitation céderaient place à l’impatiente, mais c’est peut-être ce qu’elle attend, mais je ne lui offrirais aucune possibilité de partir comme une voleuse, non, je l’ai trop attendu pour ça… Alors j’attends…