Un père revient chez lui, fou de joie, avec dans ses mains, une lotion miracle, pour redonner la vue à sa fillette aveugle, aveugle de naissance.
Le père : Cette crème, une fois appliquée sur tes paupières fermées, changera ta vie pour toujours, ma fille !
La fillette aveugle : Oh papa ! Quel miracle !
Le père : Tu verras, ma chérie, enfin à quoi ressemble le visage de ton père, et la bouche de ta mère, ses cheveux, ses beaux yeux bleu azur, et ses robes légères...! Tu verras l'arc-en-ciel des fleurs de ton jardin ! Lilas, bleuets, pâquerettes, coquelicots, tournesols, herbes fraîches pleines d'un vert, aussi pur que l'émeraude ! Tu pourras admirer le scintillement sublime des jolis boutons d'or qui ornent nos fenêtres, avec les géraniums ! Tu verras les papillons, les coccinelles, les libellules, et les abeilles ! Ces petites butineuses ! Tu pourras voir leur ruche !
La fillette aveugle : Oh papa ! Cher papa ! J'ai envie de pleurer !
Le père : Et ce n'est pas tout ! Une fois la nuit venue, tu verras les lucioles butiner les étoiles, pour recueillir, coquettes, leur pollen de lumière ! Toute d'or et d'argent ! Tu verras les enfants et leurs joues rebondies ! Les braves chiens gambadants au milieu des grands blés ! Tu verras la grande ville, et ses lumières multiples, ses grands flashs de couleur, et ses rutilements ! Tu verras les musées ! Les restaurants ! Les petites boutiques et les grands magasins ! Tu verras les poupées, aux petites robes charmantes, pleines de rose et de mauve, aux visages poupons, tendrement alignées dans de splendides rayons, flamboyants de paillettes !
La fillette aveugle : Oh papa ! Oh papa ! Comme j'ai hâte de tout voir !
La père : Oui, ma fille, quel spectacle admirable que celui qui, bientôt, s'offrira à tes yeux ! Nous irons au théâtre ! Et puis, au cinéma ! Tu pourras regarder les beaux garçons musclés qui te rendront aussi des coups d'oeil amoureux ! C'est d'abord ton visage, merveilleux et charmant, que tes yeux, animés par une vie nouvelle, contempleront bientôt dans notre grand miroir !
La fillette aveugle : Oh papa ! Oh papa ! Vraiment, je suis comblée ! Je déborde de joie ! Mon bonheur est parfait !
Le père : Et rends-toi compte, ma fille ! Tu n'auras plus besoin ni la canne blanche, ni de Toby, le chien, qui quelque fois, le bougre, te joue des tours pendables, ahah, ce bon Toby, ce brave gaillard poilu ! Ton seul meilleur ami ! Tu pourras le gronder dans les yeux, cette fois !
La fillette aveugle : Oh oui, mon beau Toby ! Comme je serai heureuse en voyant son museau !
Le père : Hihi ! Petite coquine ! Allons, donc ! Tu es prête ?
La fillette aveugle : Oui, papa! Mon coeur bat comme le souffle du vent !
Le père : Brave petite ! Brave petite ! Ferme donc les yeux, ma princesse. Je vais t'appliquer cette belle lotion sur tes jolies paupières... Dans à peine vingt secondes, ma chérie, tu vas voir !
La fillette aveugle : Oh vite ! Vite papa ! Il me tarde tant de partager tes yeux !
Le père : Oui, mon petit amour, moi aussi, j'ai très hâte ! Ferme bien, ferme bien... Tu sens la douceur de la crème sur tes petites paupières ?
La fillette aveugle : Oh oui ! Elle est très douce !
Le père : Je l'applique partout... Je ne laisse pas un seul petit bout dépasser... Attention... Quand je te le demanderai, tu ouvriras les yeux...
La fillette aveugle : Oh papa ! J'ai peur de m'évanouir ! Mon dieu, c'est tellement beau, c'est tellement émouvant, mon grand papa chéri !
Le père : Allez, ma fille, vas-y ! Ouvre donc tes mirettes ! Décris ce que tu vois ! Enivre-toi du monde !
Alors la fillette s'exécute, en riant comme une petite fée, folle et pleine de bonheur, prête à laisser son âme se gorger de couleurs.
A peine, cependant, a-t-elle ouvert les yeux qu'elle tombe nez à nez avec le noir habituel !
Son visage grimace dans une atroce douleur.
La fillette aveugle : Oh papa, c'est affreux ! La lotion ne marche pas ! Je ne vois rien du tout ! Je suis toujours aveugle !
Et le père attendri, caresse alors la tête de sa fillette, en riant de bon coeur, et en ébouriffant gaiement ses petits cheveux blonds, mignons et si coquets.
La père : Mais oui, pas étonnant. Poisson d'avril, ma petite chérie ^^!