Un plateau rocheux, perché en altitude. Un paysage montagneux, que venait fendre une rivière autour de laquelle avait poussé une végétation luxuriante.
Deux disques de lumière rougeoyante, pour les deux soleils de cette étrange planète. Et entre ces deux disques se détachait une silhouette noire.
La jeune femme n´eut aucun doute quant à l´identité du propriétaire de la silhouette. Il l´avait rattrapée. La silhouette tourna les paumes vers le ciel.
" Quel paysage grandiose, dit-il. J´ai bien fait de prendre mon temps."
La jeune femme ne répondit rien.
" Quelle superbe femme tu es devenue! continua-t-il. Quel dommage que ton cher ami ne soit plus là... Comment s´appelait-il, déjà?
- Othis, répondit la jeune femme.
- Ah, oui... Pardonne-moi, ça fait si longtemps. Combien? Seize ans, non? Tu comprends que ce n´est plus qu´un vague souvenir pour moi... Seize ans... Ca t´en fait donc trente-deux. Oui, tu es vraiment devenue belle femme.
- Toi, tu n´as pas changé d´un pouce.
- Regarde-toi. Tu ne fais pas non plus tes trente-deux piges. Vingt-cing à tout casser. Et tu ne vieilliras plus. Personnellement, je trouve ça super. Notre mère nous a transmis quelques gènes sympas, tu trouves pas? Notre mère... Quelle personne formidable!"
La jeune femme ne répondit rien. La silhouette reprit la parole.
" Bon, je n´irai pas par quatre chemins. C´est vrai que nous deux, nous sommes en théorie plus proches que les autres. Nous sommes nés à quelques années d´écart. Pour notre mère, c´est comme si elle avait mis deux enfants au monde à la même minute. En quelque sorte, nous sommes jumeaux. Personnellement, ça ne me fait ni chaud ni froid. Mais si à toi, ça te fait quelque chose, je pourrais comprendre.
- J´en ai rien à cirer, répondit la jeune femme.
- Je pensais bien. Eh bien, allons-y."
La silhouette ne portait pas d´arme. Mais la jeune femme savait que ça ne changeait rien. Dix doigts... C´étaient là des armes qui, maniées par un tel adversaire, pouvaient s´avérer redoutables. Elle savait que chacun de ces doigts pouvaient fendre l´air, traverser la chair, broyer les os...
Avait-elle peur malgré elle? Malgré sa détermination, malgré la force qu´elle avait acquise? Etait-ce le pouvoir de son adversaire, ou simplement ce qu´elle savait de lui? Que les plus puissantes créatures lui obéissaient, que les guerriers les plus valeureux s´agenouillaient devant lui, qu´il avait massacré tous ceux qui s´étaient opposés à lui. Et qu´elle lui avait volé quelque chose, il y avait de cela seize ans, quelque chose qu´il était venu reprendre... Qu´elle lui était un obstacle, et qu´elle n´avait probablement aucune chance...
Car elle était Maya, et que devant elle se tenait bel et bien Roland.