L’issue d’un tunnel ne peut vraiment être appréciée que par celui qui a désespéré de jamais la voir. C’était ce qui se passait maintenant entre Lorian et cet escalier. Ce n’était pas un simple escalier. C’était une multitude de marches marbrées, entourées d’une part par un mur recouvert de tableaux grandioses et d’autre part par une rampe faite rien de moins que d’or pur. Lorian pensait humblement à la multitude de personnes fameuses qui les avait foulées, des gens dont le nom était à tout jamais gravé dans l’Histoire, et à côté il y avait lui: soldat de la Deuxième Garnison Royale depuis maintenant six jours. C’était déjà quelque chose que d’avoir été accepté à l’intérieur de ces murs. Chaque année, des dizaines de candidats se bousculaient cet honneur. Seuls les plus complets sur le plan physique et moral étaient retenus.
Et maintenant, un autre honneur était sur le point de lui être fait: celui de rencontrer personnellement le Roi ! Tandis qu’il gravissait les marches de la victoire ( sic ), il pensait à tout ce qu’il pourrait bien dire à Ymbregiël, comment il amènerait la conversation sur son avenir, car il comptait bien être enrôlé un jour dans la garde prétorienne - la protection rapprochée du roi. L’incroyable célébrité de ces soldats était à la hauteur de la difficulté de leur tâche, mais rien ne pouvait arrêter Lorian dans ses convictions.
Enfin, quelques instants après, il était parvenu au but de sa mission: un palier très étroit qui donnait sur deux majestueuses portes de chêne. Dommage que son sergent eut oublié de préciser qu’un gigantesque Prétorien montait la garde, ça lui aurait évité une désagréable surprise ! Un elfe d’une si grande taille qu’il se serait presque cogné au lustre du palier qui pendait pourtant à plus de deux mètres du sol, doté en outre d’une musculature peu commune, semblable à celle qu’affichait les orcs, ce peuple monstrueux qui hantait les montagnes du Nord. A peine ses yeux gros comme des oranges eurent remarqué la présence de Lorian qu’il rugit comme un lion : “ ON NE PASSE PAS !
- Heu...J’ai un message de la plus haute importance à délivrer au roi, dit Lorian de sa voix la plus (faussement) décontractée. Ordre de...Holian.
- C’est quoi ton message ?
- Désolé, poursuivit-il sur le même ton, mais je dois lui donner personnellement, telle est ma consigne.”
A ce moment, notre pauvre ami se demanda si l’être hideux qui lui faisait face était bien un Prétorien mais il n’osa rien en dire. A la limite de la pulsion bestiale, l’autre dégaina une gigantesque épée qui luisait d’une lueur pâle.
“ J’te donne une dernière chance, moustique. Tu m’donnes ton satané message et tu fous le camp, sinon...
- On...on ne va tout de même pas s’entretuer, non ? Entre soldats royaux ! Je...suis sûr que le Roi régalera, pardon, réglera ce problème...”
Son adversaire lui fichait une telle peur qu’il ne trouva rien de mieux à faire que d’appeler le Roi au secours. Dans l’instant, le Prétorien s’élança sur lui à la vitesse de l’éclair, assoiffé de meurtre.