Bon, c'est parti pour la suite. Comme ça fait longtemps, je vous conseille de relire un peu les chapitres précédents pour bien comprendre
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Chapitre XVI
Sélène se sentait perdue. Elle avait été capturée la veille, ce qui était la raison de l’organisation de cette grande fête. Elle était devenue une personnalité de Gardemine, connue, crainte, admirée, mais recherchée. Souvent, elle était décrite comme une tueuse, sanguinaire, toujours à la recherche de victimes, préférant attaquer par derrière, ayant peur de son propre reflet. S’ils savaient… Personne ne connaissait son nom, mais les autorités l’avaient affublée d’un sobriquet, que tout le monde utilisait désormais, « l’épouse de la nuit ». En effet, elle avait été souvent courtisée, mais les avait tous rejetés. Son attirance pour agir la nuit et le fait qu’elle ne semblait attachée à personne sauf à sa chère compagne, l’obscurité. La vérité était toute autre, elle appartenait à un souvenir. Le souvenir d’un homme, disparu, qu’elle n’avait eu cesse de chercher. Le problème ? Ce souvenir resurgissait soudainement, au dernier endroit imaginable, une prison, impossible d’y croire…
« Sélène ? C’est… Toi… ? »
« Je… Tu… »
« Tu te souviens de moi ? »
« Comment t’oublier ? Mais… Tu es mort »
« Je suis mort tu dis ? »
« Ouvre, vite, faut qu’on parle ! »
Orion partit chercher les clés, après un dernier regard pour la captive. Il retourna sur ses pas, passa devant la blondasse médusée et continua jusqu’à la salle des gardes. Dans cette salle, pas de clés, ça commençait bien. Enfin plutôt mal vu le contexte. Après une brève exploration des environs, il trouva ce qu’il lui fallait, un garde. Qui avait abusé de la fête et de la bière qui coulait à flots avant de prendre son tour, quel heureux hasard ! Orion se glissa derrière lui, furtivement, avant de lui taper sur l’épaule, histoire d’engager la conversation. Le garde, déséquilibré, faillit tomber de son tabouret, il était manifestement bien éméché, car il dut se tenir sur sa lance pour regarder Orion dans les yeux. Ce qu’il vit fut seulement deux prunelles noisette, étrécies car leur propriétaire fronçait le nez à cause de l’agression par les vapeurs d’alcool.
« Salut gars, t’aurais pas vu Fred ? »
« Heu… c’est qui lui ? »
« Celui qui garde les clés, un grand, brun, un peu vicieux ! »
« Ah ! Lui… Beuh, je sais p’u m’sire »
« CHERCHE !! »
« Pas crier, bobo la tête moué… Essayez là bas m’sire »
Orion se dirigea vers l’endroit désigné. Il y’avait toujours un garde vicieux dans une garnison, par chance, Orion était tombé sur quelqu’un le connaissant. Après un direct, histoire d’être tranquille, il traîna le garde derrière des tentures, avisant un recoin sombre. Il rejoignit alors le second garde, détenteur des clés. Il était grand, brun, le regard dur mais où pointait une lueur de lubricité, pendant qu’il reluquait les servantes au loin. Le souci, ou plutôt les soucis apparents ? Il était musclé, très musclé, et était sobre, ça n’allait pas être une partie de plaisir, Orion était sans armes et allait devoir se déguiser pour appliquer son plan. Il retourna près de l’autre garde, assommé, en train de cuver sa bière. Il prit armes et armures, de mauvaises factures, le dirigeant de château ne prêtant pas attention aux gardes, après tout, un Fatalis surveillait le château, et revint vers la brute. Cependant, alors que l’autre le dévisageait, Orion douta, et si ce garde était normal et n’avait aucun vice à part sa perversion ? Non, impossible, tous les gardes avaient le même… Il arriva devant lui, la tension était à son comble, l’affrontement couvait… Orion attaqua en premier !
« Salut, je suis la relève, tu peux aller boire ou peloter des servantes ou les deux en même temps mon grand ! »
« Yahouuuu, merci mec, j’attendais ça depuis une heure, la rousse là-bas, je sens que je vais conclure ! »
« Ouais c’est ça, bonne soirée. »
Le garde partit en sprint, histoire de se changer pour la fête, Orion souffla de soulagement, les gardes étaient vraiment tous pareils. Il attrapa les clés posées à côté, et retourna vers les cellules, où l’attendaient la blonde et Sélène. Au passage, il vérifia, que le garde était toujours inconscient, mais ce dernier avait disparu ! Le second garde, la montagne de muscles, en retournant dans ses quartiers avait retrouvé son ami, sans équipement et avait tout compris. Orion réalisa au dernier moment que deux escouades de gardes tentaient de traverser la foule pour rejoindre sa position, peut-être pas avec les meilleure intentions du monde à son égard. Il partit en courant pour libérer son amie, poursuivit par une horde de gardes. Il arriva au bout du couloir des geôles en dérapant et continua sur sa route, sortant le trousseau d’une quinzaine de clés. Il repassa devant la blonde, remarqua son arbalète laquée au passage, qui semblait parler tranquillement avec Sélène, comme dans un salon de thé, pas inquiète du tout. Il s’immobilisa devant la serrure, cherchant fébrilement la clé correspondante, lorsqu’il lança à l’arbalétrière :
« Retiens-les ! Vite »
« Qui ça ? Et me donne pas d’ordres, gamin ! »
« Pas les temps pour les politesses, ils arrivent ! »
« Mais qui bordel ? »
« Eux ! »
Les gardes avaient fait irruption au bout du couloir, s’immobilisant, empêchant toute échappatoire possible. L’arbalétrière, Nikki, épaula et tira une munition fumigène entre les deux camps, offrant un peu de répit à Orion. Résultat, il ne voyait même plus les clés ! Une main fraîche s’empara du trousseau à travers les barreaux, les identifia une par une au toucher et inséra la clé dans la serrure d’une main sûre. La porte s’ouvrit d’un coup, Orion n’entraperçut qu’un reflet de cheveux violets fonçant sur lui et d’un coup, une odeur de fleurs de cerisier l’assailli, il sentit aussi que quelqu’un lui enserrait la poitrine et se blottissait contre lui. Sélène. Il savoura ce moment une seconde, une petite éternité pour lui, et se décida à la contempler. Comme dans son souvenir mais les cheveux courts, les yeux pétillants mais le regard agressif. Il prit peur d’un coup.
« T’étais où idiot hein ? T’étais où toutes ces années quand on avait besoin de toi et de ton talent hein ? Explique moi ! »
« Je sais pas non plus, mais c’est pas le moment, y’a du monde j’te signale ! »
« Ils sont à moi… »
Un éclair noir, et elle était sur eux. Les pauvres n’avaient aucune chance contre sa fureur. A peine les avaient-elle égorgés avec leurs propres armes qu’un bruit sourd se fit entendre et que le bruit d’un autre détachement se fit entendre. Nikki avait explosé le mur du fond de la cellule, ménageant une sortie. Ils fuirent rapidement, promettant à tous les autres prisonniers de revenir. Les gardes sur leurs talons, ils finirent par trouver une ouverture au bout de ces souterrains. Ils se retrouvèrent à l’intérieur du château, et entrèrent dans la première salle, par chance, inoccupée. Sélène serra une nouvelle fois Orion dans ses bras, puis ils s’installèrent derrière une table, invisibles pour quiconque jetterait un coup d’œil rapide dans la pièce.
« Bon alors, explique, t’étais où ? »
« Si je te dis que je n’en sais rien, que mon dernier souvenir est un homme qui a voulu me tuer et que j’ai repris connaissance il y a moins de dix jours, ça te paraît impossible ? »
« Tu me fais marcher ? »
« J’aimerais bien. »
« En même temps, ça expliquerait tout Sélène ! »
« Nikki, reste en-dehors de ça ! »
La blonde venait de prendre la parole, d’une voix douce, presque un murmure. Orion fut surpris, par sa discrétion, il l’avait presque oubliée. Presque. Manifestement, Sélène et Nikki se connaissaient depuis plusieurs années et il s’était passé beaucoup de choses importantes pendant son temps d’inconscience. Il reprit la parole :
« Toi explique ce qui s’est passé ! Depuis mon dernier souvenir jusqu’à aujourd’hui. »
« Tu ne sais vraiment rien ? Très bien, je vais tout te raconter. Cela remonte à trois longues années déjà…»
Et Sélène se mit à raconter, devant Orion qui, de médusé, devit dégoûté puis horrifié au fur et à mesure que les paroles jaillissaient…