Chapitre XV
Le Fatalis plongeait sur lui à une vitesse vertigineuse. Une sombre aura l’enveloppait et dessinait ses contours d’une façon floue. Alors qu’il piquait pour tuer cet intrus, la mission qui lui avait été confiée, il sentit un trouble monter en lui. Une impulsion mentale émanait de la race dont il était le seigneur de la destruction, les wyverns. Cette pensée le démangeait, comme un insecte près de son oreille. Elle lui intimait l’ordre d’arrêter son action. Un ordre ! A lui ? Ridicule. Pour les punir, il allait prendre son temps avec l’intrus. Il ignora cette intrusion en élevant une barrière mentale, et se prépara à sentir la chair de l’intrus sous ses crocs, à sentir son sang ruisseler sur ses écailles et le goût de la mort sur ses papilles. Une lueur d’incrédulité s’éveilla dans ses yeux malfaisants lorsqu’il se rendit compte que l’humain en question venait de forcer sa barrière. Même le plus puissant des wyverns n’aurait pu réussir cet exploit. Sa proie était différente, elle cherchait à communiquer avec celui qui allait la déchiqueter. Le Fatalis renforça sa protection et modifia la position de ses ailes. Il ne devait pas se laisser distraire.
Il arrivait désormais au ras du sol, encore plus vite. Cependant, quelques secondes avant le contact, une force mentale ahurissante retentit dans sa tête :
« Arrête ça, immédiatement ! »
La seule raison pour qu’un message ait cette force soit que tous les wyverns se soient unis pour lui envoyer. Ce message ne pouvait signifier qu’une seule et unique chose. C’était lui.
Sans crier gare, le Fatalis remonta dans les cieux et reprit sa ronde, Orion n’en crut pas ses yeux. Il s’était pourtant résigné à mourir, dans ce monde dévasté… Il se souvint du mystérieux message et continua sa route vers le château. Il passa sur un pont de pierre et frissonna lorsqu’il s’abîma dans la contemplation des douves où nageait des Plésioths. Visiblement, eux aussi ne l’attaquaient pas. Etrange.
Il pénétra dans le château en grimpant adroitement sur un mur, il y avait du lierre, et passa par une meurtrière en se contorsionnant un peu. A peine descendu de la meurtrière, son pied s’enfonçant doucement dans une étoffe pourpre. Toute la pièce était meublée dans les tons de rouge et or, les meubles étaient en bois vernis, c’était, semblait-il, la chambre du seigneur de ce domaine. Il ne s’attarda pas, ne souhaitant pas être surpris et commença à descendre l’escalier qui se présentait devant lui. Hasard ou pas, il ne rencontra strictement personne jusqu’aux cuisines. En passant devant, il rencontra quelques serviteurs qui apportaient les plats dans la grande salle, c’était manifestement l’heure du repas. Ils ne se formalisèrent pas de sa présence, le Fatalis les protégeait de toute intrusion ! Cependant, certains froncèrent les sourcils à la vue de sa tenue, une vieille tunique de cuir, des vêtements sales et imbibés d’eau, souvenir de la pluie de la veille. Il chaparda une miche de pain, un jambon, un peu de fromage et un broc de bière et alla déguster son repas dans une salle inoccupée. Le pain était dur, le jambon trop salé et le fromage totalement immonde, mais la bière était fraîche et lui faisait beaucoup de bien, humidifiant sa gorge qui avait l’air d’un parchemin. Après s’être rassasié, il caressa l’idée de s’endormir dans une chambre vide, mais il eut peur d’être surpris, et vu l’ardeur qu’avait le dirigeant pour se protéger des intrus, comment réagirait-il en voyant Orion étendu dans une chambre, en dormant tranquillement ?! Orion se mit alors en quête de ce qui l’avait amené ici. Ce n’était sûrement pas les convives, ils avaient l’air plutôt cruels, brutaux et peu cultivés.
Il décida alors de descendre aux cachots, sait-on jamais. Il passa devant une chambre et vit les ébats d’un couple, il passa on chemin, puis vit un autre couple dans une autre chambre. A chaque fois, on pouvait noter la présence d’alcool. Ce devait être une grande fête ce soir la.
Il parvint devant une porte bardée de clous et avec une grosse serrure. Ouverte. La fête devait vraiment être très importante car les gardes avaient laissé sans surveillance l’accès aux cachots ! Orion pénétra dans la salle des gardes, menant aux cachots et son regard porta sur les armes stockées dans la salle. Il y vit des armes réglementaires des gardes, mais aussi une paire de couteaux, assez ouvragés, une arbalète avec une fine inscription sur le côté, mais aussi des katanas, des lances et un prototype, un lanceflingue. Il arriva dans les cachots et la puanteur qui y régnait lui ôta toute envie de poursuivre son exploration. Il se rappela du message t de l’urgence qui l’accompagnait et se força à poursuivre. La plupart des cellules contenaient des prisonniers morts, parfois des enfants. Certains étaient dans un tel état de faiblesse qu’Orion s’étonna qu’ils soient encore en vie. Un simple regard suffit pour comprendre qu’ils étaient sous-alimentés voire même pas du tout. Il arriva enfin devant une cellule où la porte était fermée mais la cellule vide. Il se retourna et s’adossa aux barreaux pour réfléchir quelques instants. Il entendit un bruit de pas feutrés derrière lui et a peine avait-il le temps de se retourner que deux mains le saisir à la nuque, là où la moindre pression suffisait à tuer. Une voix chaude lui glissa à l’oreille :
« Maintenant, si tu veux vivre, tu vas faire tout ce que je dis… »
« … »
« Pour commencer, tu vas te retourner, lentement, et me présenter les clés. »
Orion s’exécuta, se maudissant d’avoir été si stupide. Son sommeil avait vraiment entravé ses réflexes et sa prudence. Il regarda alors la femme qui se tenait devant lui. Elle se tenait fièrement, le dos bien droit et le menton relevé. Elle était blonde, les yeux bleus, et semblait avoir quelques années de plus qu’Orion, mais seulement quatre ou cinq. Ils se toisèrent, évaluant l’adversaire. Elle brisa le silence.
« Bon, donne moi les clés ! »
« J’en ai pas… »
« Mais oui bien sûr, arrête de jouer au héros et donne mois ces fichues clés ! »
« Je suis pas un garde ! »
« Qu’est ce que tu fout la alors ? »
« C’est une assez longue histoire, une voix m’a dit de venir ici, j’y trouverai des réponses… »
« D’accooooord… C’est bien ma veine, je suis tombé sur un fou… Eh Sélène ! Ce ne sera pas pour cette fois ! »
L’inconnue venait de prononcer un prénom qu’Orion avait appris à aimer plus que tout.
« Sélène ? »
« Qui a dit ça ? »
La voix provenait d’une cellule dans le fond. Orion se dégagea en un souple mouvement de l’étreinte de la captive, ce qui étonna énormément cette dernière.
« Comment t’as fait ça ? »
« Entraînement intensif pendant plusieurs mois et un duel haletant contre une dénommées Sélène. »
« A h d’accord, je vois qui tu es alors… »
« Hein ? Tu m’expliques ? »
« Non, à toi de trouver… »
Orion s’avança vers une cellule d’où provenait la voix. Un malaise le prit alors, ça ne pouvait pas… Non, c’était impossible… La cellule était banale, à l’exception de l’absence de gamelle et de pics sur les barreaux. Le captif était à l’isolement sans nourriture. Un traitement barbare.
« Oui, c’est ici que tu trouveras tes réponses… »
La voix avait de nouveau retentit, mais Orion n’y prit pas garde, il était trop captivée par la prisonnière. Sélène…
Bon voilà, des critiques/commentaires ?