Chose promie, chose dûe
Episode 12 : The long and winding road
- Nan nan mais bien joué, vraiment !
Les joueurs se regardaient, consternés. Aucun d´entre eux n´osaient lever les yeux sur moi. Ils contemplaient tous leurs crampons, l´air écoeurés, attendant que ça passe.
- Ah vraiment, elle a été magnifique ce soir, la soi-disante équipe surprise de ce début de saison en National. 2 frappes, 3 buts... merci Phiippe. Nan, sérieusement, vous avez étés fantastiques.
Le pauvre Philippe devait se sentir mal. Il n´était pas fondamentalement le responsable de notre performance, mais il avait lourdement merdé, et devait assumer. Pas de connerie comme ça chez moi.
- Vous vous croyez où ? Honnêtement ! Alors ça y est. On a gagné ! Le maintien est assuré, on peut se laisser aller, youpi youpla et v´là qu´j´me défonce plus sur un terrain. Ils sont où les ´guerriers´, les mecs qui ont terrassés Martigues après un match éprouvant ! Ah ils doivent être bien emmerdés l´Equipe. C´est parti, on consacre un article sur vous dans un quotidien national, alors on peut y aller, on est des stars du ballon rond, on en glande plus une, et sur un terrain, on s´asseoit par terre en attendant le ballon. Si vraiment vous croyez ça, méfiez vous mes p´tits pères, je crois que vous n´avez plus grand chose à faire dans mon équipe. Je vous préviens, une comme ça, une, mais pas deux. Si vous me recommençez un truc pareil, vous le payerez cher, très cher !
Angers – Raon l´Etape : 3-0
Buts pour Angers : Julien Sola (41e), Karim Djellabi (64e) , Philippe Souchard Csc (75e)
Buts pour Raon : -
Homme du match : Délis Ahou
Affluence : 1968
Nous quitâmmes donc le stade Jean Bouin d´Angers dépités, après une solide correction, alors que nous avions dominé une grande partie du match. Mais mes joueurs s´étaient révélés nonchalantsau possible devant le but, et n´avaient réussi qu´à produire de splendides transformations que Yachvili aurait apprécié en fin connaisseur. Le résultat était là ! Nous étions humiliés. D´autant plus que, deux jours auparavant, l´Equipe nous avait consacré une pleine page, profitant de nos superbes deux victoires consécutives. Mes joueurs étaient présentés comme un groupe fantastique, solidaire, et apte à faire face à toute situation. Quant à moi, j´étais présenté comme un stratège hors-pair expers en situations délicates. Je dois avouer que cette description ne me déplaisait pas, mais je pense que mes joueurs ont un peu pris le melon... et pour que ce soit moi qui fasse une telle constatation, c´est que vraiment, il s´était passé un truc. La fatigue commençait à apparaître. Nous étions à la mi-septembre, et c´était déjà le 11ème match. Ce championnat prenait véritablement une tournure ridicule. Face à Sannois-Saint-Gratien, dans trois jours, il fallait faire mieux.
L´atmosphère était bien triste et humide lorsque je pénetrai dans ma maison. Julie ne m´avait pas attendu, et s´était déjà endormie. Au fur et à mesure de ma saison, je la voyais de moins en moins. Entre les moments où je n´étais pas là, les moments où elle n´était pas là et les moments où elle me faisait a gueule, il ne restait guère que quelques heures, et j´avais l´impression de ne pas en profiter. Je me demandais si notre couple allait encore bien. Naturellement, même si je me refusais encore à l´admettre, je savais bien ce qui clochait. Elle se sentait seule, et c´était pas un clébart ou un matou qui allait arranger les choses.
Ce qu´il fallait, c´était un gamin. Mais je pouvais tout lui faire. La vaisselle, le ménage, l´amour, la cuisine, le repassage, l´amour, le jardinage, le bricolage, l´amour... mais un gamin, j´en était incapable. Telle était la faiblesse de Bloody Blondy.
L´adoption... bien sûr que j´y songeais, mais il fallait faire les démarches, il fallait être deux, et je n´avais pas le temps. Surtout, j´avais peur. Je savais que si on tentait une adoption, il y avait une chance pas négligeable pour qu´on se fasse rembarrer. Et si on se faisait rembarrer, je savais que notre couple n´y resisterais pas. Je pouvais tout perdre : mon boulot, mon honneur, une finale de champion´s league, mais pas Julie.
Sannois Saint Gratien. A vrai dire, nous étions 12ème, et eux étaient 18ème, donc je n´avais pas peur. C´était un match que nous allions gagner, j´en étais persuadé. Le début de match ne me donna pas tord. A la 38ème minute, grâce à un coup-franc de très grande beuté de Carvigan, David Da Rocha réussit à sauter plus haut que tout le monde, et d´une tête plongeante, crucifia le gardien adverse. Le match était entièrement à notre avantage. Techniquement, nous étions largement au-dessus. La rupture fut physique.
La deuxième mi-temps commença très mal. Dés le coup d´envoi, Alo´o Efouou lança Gaël Maïa, qui crocheta successivement Da Rocha, Deplanche et Bartholomé, pour marquer avec un shoot d´une force inimaginable. Je me demande même si Westberg ne s´était pas décalé juste pour ne pas reçevoir le ballon en pleine gueule. Le match se retourna complètement. Nous ne pouvions plus résister. Je voyais les joueurs souffrir, tenter d´aller au bout d´eux-même. C´était peut-être le plus beau match que nous faisions, tant en intensité qu´en courage, mais inéluctablement, nous étions condamnés. L´inévitable arriva à la 81ème minute. Sur une énième occasion, Alo´o Efouou réussit à transpercer la défense, il se retrouva seul devant le but et adjusta son tir en pleine lucarne, et nous n´étions plus en mesure de riposter.
Encore une fois, c´était la défaite qui nous attendait.
Raon l´Etape – Sannois Saint Gratien : 1-2
Buts pour Raon : David Da Rocha (38e)
Buts pour Sannois : Gaël Maïa (46e), Paul Alo´o Efouou (81e)
Homme du match : Habib Sow
Affluence : 1028
Pour une fois, je n´eût pas de mots très dûrs pour mes joueurs, malgré la défaite. Ils m´avaient fait bonne impression, et s´étaient battus jusqu´à bout. Cette fois, c´était à moi d´agir, et à moi seul.
- Blonde, ça va ?
C´était Edwin. Les joueurs étaient tous partis. J´était resté seul, dans le vestiaire vide. Devant moi, j´avais mis un plateau d´échec, et disposé quelques pions, de manière à représenter deux équipes de football. J´était donc concentré de tout mon saoûl devant un jeu d´échec disposé anarchiquement. Rien d´étonnant à ce qu´Edwin ne parû surpris de ma posture.
- Je peux... savoir ce que vous faites ?
- Je réfléchis. J´essaie de comprendre ce qui ne va pas, ce qui a cloché sur ce match. Quand est-ce que Sannois a eu son coup d´avance ? A partir de quand étions-nous échecs et mat ?
- Ben, c´est pas compliqué. Les joueurs de Sannois étaient mieux physiquement et...
- Vous voyez, Edwin, c´est là que je ne suis pas d´accord avec vous. Vous avez l´air de penser que le football n´est qu´une affaire de physique, de jambes. Certes, on ne peut le nier, le football est un sport, mais celui qui gagne est avant tout celui qui remporte la bataille tactique, ni plus ni moins. Alors bien sûr, jamais nous ne battrions le Milan Ac, mais Nîmes dans une semaine... on peut le faire.
- Si nous sommes meilleurs physiquement...
- En une semaine, Edwin, soyez sérieux. Le problème va bien au-delà d´une simple mauvaise préparation estivale !
- Que voulez-vous dire ?
- Que si on veut commencer à gagner avec Raon, ce sera avec notre cerveau, pas avec leurs jambes...
Edwin ne resta pas à discuter. Il esquissa un vague ´au revoir´, puis me laissa à mes pensées. Je ne me résolu à partir que vers 23h. Julie sera probablement furieuse, mais le jeu en valait la chandelle. Cela m´avait soulagé. Tout d´abord l´esprit, car je pensais avoir trouvé quelques solutions. Et puis, je crois n´avoir jamais eu une discussion aussi cordiale avec Edwin. Il m´avait écouté, et, je crois, avais essayé de me comprendre. J´avais même le petit espoir qu´il soit un peu d´accord avec moi. Bien sûr, c´était beaucoup demander.
Le Stade des Costières était loin d´être plein pour nous accueillir. Raon avait beau être l´équipe surprise du début de saison, ça n´en restait pas moins un club peu glamour. Nous n´étions plus que 15ème. Nîmes était 4ème. Ils n´avaient que faire de nous. A mes joueurs, j´ai demandé une réaction. Je n´éspérais pas la victoire, tout juste qu´ils soient un peu meilleurs que d´habitude.
Je n´allais pas être déçu.
Mes joueurs livrèrent tout simplement un match magnifique, digne des plus grands. Ils se trouvaient sans problème, gardaient le ballon pour eux. Les Nimois nous avaient largement sous-estimés, grand bien nous en fasse. Nous pûmes les cueillir dés la 7ème minute lorsque que Bottelin, sur un centre de Carvigan, glissa le ballon entre les jambes du gardien, grâce à une tête smashée, nous permettant d´ouvrir le score. Les Nimois ne pouvaient tout simplement pas réagir. Nous étions supérieurs, en particulier tactiquement. Rien ne pouvait nous arrêter, sinon le gardien, par deux fois, et la transversale.
La deuxième mi-temps parti sur les mêmes bases, à savoir une archi-domination des bleux ciels. Mais encore une fois, notre incapacité à marquer était trop forte. Bottelin et Vincent avaient beau s´acharner sur la gardien, rien n´y faisait. Dans le même temps, les hommes d´en face se procuraient quelques occasions, nous procurants quelques sueurs froides. Ce fut Carvigan, encore lui, qui nous libéra. Sur une ouverture de Faye, il se retrouva excentré sur son côté gauche. Après un raid magnifique, il nous offrit une frappe brossée du pied droit somputeuse. Le gardien ne pût que regarder béatement le cuir tomber tel un cadeau de Dieu derrière sa ligne de but. A 2-0, le match était plié. Je laissai exploser ma joie. Et cette fois-ci, Edwin me glissa un ´bien joué´ à l´oreille. Rien de véritablement intéressant n´arriva plus dans ce match. Une victoire sans appel.
Nîmes – Raon l´Etape : 0-2
Buts pour Nîmes : -
Buts pour Raon : Jérôme Bottelin (7e), Jean- Noël Carvigan (74e)
Homme du match : Jean-Noël Carvigan
Affuence : 4106
Il ne nous restait plus qu´à confirmer chez nous dans une semaine face à une équipe du même coin : Sète.