Bon, 24 heures de retard, normal. En plus, Le Mans n´a pas perdu
Fuck hein. Bonne lecture
Chapitre 2 : Je continue ?
Quand je suis rentré chez moi, ce jour là, je n’avais jamais été aussi excité. Lors de tout le trajet, j’ai commencé à m’imaginer avec un plaisir non caché tous les scénarios qui pourraient arriver. Celui qui revenait le plus souvent était tout de même lorsque je me voyais en train d’insulter le monde entier dans une salle de tribunal, dézippant ma braguette et pissant sur le juge, avec un cri que nul ne pourrait jamais oublier. Oui, ça, je me l’imaginais bien, arriver. Maintenant, évidemment, force est de constater que même dans mon petit monde à moi, je savais pertinemment bien qu’une chose pareille n’avait que très peu de chances de se produire. Alors je reprenais une marche normale, tel un homme sérieux, avant de repartir, deux minutes plus tard, dans mes hallucinations et mes rêves de grandeur tyrannique : mais mon favori, de rêver dominateur, était qu’un des joueurs meurent. Le pied. Je voyais très bien le scénario : finale de Coupe d’Italie, il faut absolument gagner, je lui mets trois piqûres au lieu d’une, et à la 66è minute du six juin (666), le footballeur tombe, les yeux révulsés, tremblant et gigotant de longues minutes dans tous les sens avant de finir par mourir en crachant de ses boyaux un immonde produit blanc. En trois jours, l’information serait découverte au grand jour, et l’on viendrait, dans mon bureau me chercher pour m’arrêter. Ce qu’ils ne sauront pas, ces idiots de policiers, c’est que j’aurai pris quatre doses de seringue avant qu’ils n’arrivent, et que j’étais déjà quasiment invincible. J’éclaterais la porte tel un grand Mickey Rourke dans Sin City, et finissant encerclé, me jetterais du huitième étage de mon immeuble, filmé par une dizaine de personnes qui auront capturés dans leur caméra numérique le suicide le plus médiatisé de tous les temps. Adieu Che Guevera, Marylin Monroe, JF Kennedy ! Il n’y aurait que moi.
Mais bien évidemment, je ne suis pas dupe. A un moment ou un autre, je sors toujours de ma rêverie, et je comprends que tout ceci n’arrivera jamais. Alors je repars, déçu de vivre dans cette vie insignifiante et des plus chiantes. Je sais que la, comme ça, ça paraît vraiment étrange. Mais des hallucinations pareilles, j’en fais des dizaines par jours. Au grand minimum. Il est vrai que ce jour-là, elles furent particulièrement puissantes, mais je peux vous assurer que j’ai déjà fait bien pire. Et j’en ferais des autres, des crises dans le genre.
Je suis donc rentré chez moi, ce jour-la, dans ma maison tout simplement parfaite. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : je suis complètement maniaque. Dans mon enfance, ou j’ai toujours agi tel un ange, j’ai terminé trois fois à l’hôpital. Et lors de ces trois fois, la raison tournait toujours autour du changement :
-A 11 ans, après avoir rangé ma chambre pendant six heures et demie, j’étais allé au théâtre avec mes parents. A l’heure de mon retour à la maison, j’ai vu un bordel innommable dans ma chambre que mon grand frère – de sept ans mon aîné – avait fait en cherchant désespéramment une cassette VHS vierge pour enregistrer un feuilleton. Je me suis jeté sur lui, couteau à la main. Mais dans mon manque d’adresse habituelle, j’avais réussi, après plusieurs tentatives d’assassinat échoué, de retourner le couteau contre moi-même, dans mon bas ventre, précisément. Mon frère n’a plus jamais pris quelque chose à qui que ce soit de sa vie. C’est déjà ça.
- J’avais quinze ans quand le deuxième drame se produit. J’entamais ma dernière année de collège, et j’étais toujours le petit préféré des grandes racailles de ce collège, et traînait derrière moi la réputation d’être LE souffre douleur de l’établissement. Je ne me rebellais jamais, les laissant me mettre des claques, m’insulter, me pousser. Mais une fois, le grand des grands, fit l’erreur de prendre mon sac et de les mettre sens dessus dessous pour tout vider par terre. Ma réaction fut immédiate : je n’étais pas si petit, et, d’une attitude rageuse, j’enfonçais ma main dans le visage de la grande brute. Un peu de sang se mit à couler de son nez. Evidemment, il ne prit pas énormément de temps à se venger pour non seulement l’avoir frappé, mais aussi l’avoir fait saigner. Il me brisera le nez, m’explosera contre le mur m’ouvrant la tête, et me déboîta l’épaule. Néanmoins, encore une fois, dans ce malheur survint une once de joie : le grand con se fit immédiatement virer. Comme quoi…
- A dix huit ans, j’ai offert le plus beau craquage du lycée. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais après le collège, lorsque les souffre douleurs passe dans l’établissement supérieur, on leur fout la paix. Ils sont toujours tout seul, soi, mais on les laisse peinard. On les insulte deux ou trois fois en passant, mais ça s’arrête la. Mais je n’étais pas un martyre comme les autres : contrairement aux petits boutonneux du premier rang, je ne foutais strictement rien en cours. Je n’étais pas un intello, j’étais un « bizarre ». Mon professeur d’histoire, Mr Leiritz, finit par s’énerver un jour sur moi, et retourna ma trousse sur la table, et renversa les affaires présentes dans mon sac. Sans la moindre seconde de répit, je me jetais sur lui, et lui arrachait sa boucle d’oreille qui lui valait la réputation d’homosexuel, et enfonça mon poing dans ses dents de devant. Cinq minutes après, et devant mes partenaires de classe effarés, les surveillants suivis d’un ou deux flics me firent aller au commissariat. J’y allai d’un petit pas enjoué, complètement calmé. A noter que cette fois, il n’y eut pas une, mais deux consolation : pour la première fois, j’avais gagné un combat. Et la deuxième bonne nouvelle fut qu’après deux mois de thérapie, j’inspirai lors de mon retour au lycée une terreur sans nom, et que même les profs n’osèrent pas me mettre de mauvaise note pour ne pas augmenter ma rage. Je n’irais pas jusqu’à dire que les filles me draguaient pour mon mauvais côté, mais j’avais déjà plus la côté. Elle ne me jetait plus de regard de pitié. Elle ne me regardait plus du tout, à la place. Heureusement, d’ailleurs.
Sinon, elles auraient vu dans mon entrejambe une forme apparaître à chaque fois que je voyais une paire de jambes féminines, et mon visage honteux, proche de la sueur.