Suite non relu, mais parce que vous m´emmerdiez. 24 heures de retard, c´est pas du retard.
Chapitre huit : Une lente ascension
Et j’étais donc de retour. Enfin, « de retour » était encore un bien grand mot. Pour le moment, il est vrai que mon poste était très peu intéressant. J’étais une sorte de recruteur officieux, puisque officiellement, j’étais une sorte de préparateur –non pas physique – des matchs. Je m’occupais de préparer deux ou trois maillots par joueur, de tout placer dans leurs casiers avant qu’il n’arrive, de tout garder propre. Ce n’était sûrement pas un job très gratifiant, mais au moins, cela me permettait de continuer à rester dans le monde du football, tout en étant payé. Après avoir passé du temps en prison, l’on ne pouvait pas demander beaucoup plus que cela. Il faut avoir une sacrée chance, pour pouvoir rester dans le monde que l’on aime, après avoir passé plus de trois ans en prison. Alors je me considérais comme chanceux. Et je m’appliquais à faire mon travail – aussi inintéressant soit il, du mieux possible. Bien sur, ce n’était pas passionnant, et même un enfant de huit ans aurait pu le faire, mais j’aimais me dire qu’il m’avait choisi moi, et seulement moi, parce que j’étais le seul capable de réussir un tel boulot.
De plus, ce poste me donnait beaucoup de temps seul, et encore une fois, mes rêves éveillés reprenaient le dessus. Combien de fois m’amusais-je à prendre un ballon de football, et à feindre les roulettes, passements de jambes, double contact, et autre grigris du football, avant de tirer dans le couloir qui menait au vestiaire, marquant ainsi le troisième but de l’équipe de France en finale de Coupe du Monde. J’étais rentré dans le match vers le 55è minute, alors que les Bleus étaient menés 2-0. Domenech avait, encore une fois affronté la haine de la presse, puisqu’il refusait à tout prix de me faire jouer, pourtant meilleur joueur du Calcio, avec un total impressionnant de quarante sept buts en trente neufs rencontres. Je n’avais joué que le huitième de finale, ou j’avais marqué un coup franc Platinien pour débloquer cette rencontre fermée à la 77ème minute. La France s’était ainsi qualifiée 1 – 0 face à la Suède. Et pourtant, Domenech continuait à refuser de me laisser jouer, alors que mon entente sur le terrain avec Henry et Zizou était évident. Et puis, cette finale était arrivée : au bout de vingt sept minutes, l’Espagne menait déjà 2 à 0, sur un double de la tête de Puyol, à chaque fois sur un corner. Je restais la, impuissant, à attendre mon entrée. N’en pouvant plus, j’enlevais mon survêtement, et j’allais voir le quatrième arbitre pour lui annoncer mon entrée, et ce sans l’accord du coach. Domenech allait m’arrêter lorsque les 55 000 spectateurs français se mirent à scander mon nom lorsqu’ils me virent prêt à entrer. Je remplacais Zizou, qui me serrait dans ses bras en me déclarant « La pression est sur toi maintenant…». Merci Zinedine.
« Putain, mais qu’est ce que tu fous ? »
Evidemment, il fallait toujours que je sois rappelé à la triste réalité. Nicolas Hoelveck venait d’entrer dans le vestiaire. Heureusement pour moi, lorsqu’il était arrivé, j’étais encore en train de parler à Zinedine, ce qui faisait que je n’étais « que » en train de converser tout seul. S’il était arrivé dix minutes plus tard, il m’aurait vu arrachant mon survêtement Baliston après avoir marqué l’égalisation française.
La saison était en train de continuer pour l’ASNL, toujours leader de Ligue 2. Néanmoins, après un enchaînement de rencontre spectaculaire entre le début de la saison et janvier, l’équipe de Pablo Correa et Paul Fischer commençait lentement à s’épuiser. Bien sur, les rouges et blancs étaient toujours leaders, mais l’avance commençait petit à petit à diminuer. Je pris un certain temps pour me rendre compte que le président de l’ASNL ne m’avait pas recruté pour me rendre service, mais surtout pour offrir au club – et à lui même – cette impression grandissante de « types sympas ». « A Nancy, on est les plus cools, on recrute même des mecs qui ont fait une erreur et en qui plus personne n’a confiance ». Mais bon, je n’étais pas non plus là pour me plaindre. J’avais un travail, et c’est à peu près tout ce qui comptait, sur le moment.
A partir du mois de février, le club repartit de plus belles, et commença à enchaîner les bons scores à nouveau. La montée commençait à être de plus en plus d’actualité .
Quand on arriva au mois de Mars, plus personne ne doutait de notre ascension dans l’élite. Le groupe produisait le meilleur jeu de Ligue 2, et caracolait toujours en tête du classement. De plus, une véritable osmose était en train de se créer entre les joueurs et le public. Vraiment, quelque chose était en train de se passer dans cette petite ville de Lorraine. Quand à Jacques Rousselot, il était dans une euphorie des plus impressionnantes. Tout le faisait sourire, rigoler. Il ne lui suffisait que de regarder n’importe quelle vidéo, ou lire n’importe quel livre, il éclatait en un fou rire quasi inarrêtable. Je savais donc que c’était à ce moment là qu’il fallait que je lui parle. Il me fallut environ trois ou quatre jours, et quatre ou cinq rêves – dans lesquelles je lui brisais la main pour l’obliger à faire ce que je lui demande – pour oser aller l’aborder. Parfois, même quand le service que l’on demande est vis à vis d’un très bon ami, cela reste toujours aussi difficile à effectuer. Voir plus. Oui, car il est aussi difficile d’oublier que c’est cet ami en question, qui m’a ramené dans la vie, qui m’a sauvé d’une mort professionnelle certaine.
« Jacques ? »
Le cher Jacquot en question était en train de regarder un match de Pro Evolution entre deux joueurs de l’ASNL, que j’avais encore un peu de mal à reconnaître. Le premier semblait être une forte tête, bien que petit, tandis que le second avait tout pour avoir les aspects d’une racaille… Enfin, il était… Basané, quoi. Un immigré.
« Ecoute, j’ai besoin d’un meilleur poste dans ce club. J’en peux plus, de faire ce boul…
- T’inquiète pas. A la fin de l’année, Patrick Gabriel a décidé de quitter le club pour tenter sa chance en tant qu’entraîneur principal, à Raon l’Étape. J’avais prévu de te donner sa place. Coach des CFA, ça te dit ou pas ? »
Evidemment que ça me disait. Mais encore une fois, mon côté british me disait de rester calme. Un petit oui, suivi d’un bref remerciement suffisaient amplement.
« Oui. Merci, merci beaucoup, Jacques . »
Je quittai la salle de jeu, la tête haute, le pied ferme avant d’entrer dans les vestiaires, ou je me mis à prendre un sifflet et à crier dans tous les sens, insultant mes joueurs qui étaient trop lent, mais aussi l’arbitre qui me demandait de retourner dans mon petit carré, alors qu’il y avait clairement hors-jeu sur ce but de Robinho pour le Brésil. 2-0 sur deux fautes d’arbitrage, c’en était assez… »