Bien joué à toi. Bon, je mets la suite, et je me casse. Bon weekend à tous. Et bon Clasico à tous ; ) Bonne lecture
Chapitre 4 : Blasé.
« A la suite du témoignage des derniers experts en dopage et pharmacologie, la commission a décidé, après ré analyse des faits de… »
Le reste, je ne l’entends pas. J’ai l’impression d’être bien, bien seul dans ce petit bout de tribunal. Vous n’avez jamais eu cette sensation ? Autour de vous, tout est vide, malgré le fait que dans la même salle que vous, il y a plus de trente personnes. Un peu comme les cours de technologie en troisième, ou ceux de philosophie au lycée. Vous savez qu’il y a des mots prononcés à à peine quelques mètres de vous, et vous savez aussi qu’ils vous sont adressés. Peut être pas directement, mais néanmoins, vous êtes un des destinataires souhaités. Oui, en y repensant, c’est exactement comme dans une salle de cour. Quand vous êtes quasi sur de savoir ce que le professeur va vous dire, et que donc, vous trouvez ça inutile d’écouter. Le cahier des charges, le complexe d’Œdipe, les théories de Freud, les 36 mois de prison.… Tout ça n’a aucun sens, car au fond, vous vous attendez déjà tellement à ce qui va arriver, vous vous y êtes tellement préparés, que les mots en soi n’ont plus aucune importance, plus aucune signification. Alors forcément, quand le verdict tombe, ça ne fait plus la moindre sensation dans votre corps. Les seuls moindres émotions que vous pouvez avoir sont des vagues surprises puisque vous aviez prévu trois mois de prison de plus, ou un sursis plus court. Pour ma part, lorsque j’appris que j’allais faire 37 mois de prison, le seul mouvement qui fit son apparition sur mon faciès fut un vulgaire rictus. Ca me faisait en effet pas mal rire de m’imaginer qu’à cause de trente jours, le juge n’avait pu dire « trois ans de prison », mais bien « trente-sept mois », ce qui est, avouons le, tout de même plus énervant à prononcer.
Alors voilà.
Nous y voici. Le début de l’enfer. Et à vrai dire, ça ne me fait vraiment ni chaud, ni froid, sur le moment. Ce n’est rien d’autre que la suite logique de ce qui devait m’arriver dans ma vie. Je suis resté intimement persuadé qu’un jour ou l’autre, j’aurai été obligé de faire un tour en prison. La seule surprise de ce procès consiste en la prison ferme pour le président adjoint du club, chose que personne n’attendait. Mais bon, ça ne change pas grand chose pour moi, puisque tout d’abord, je ne le connaissais guère, mais aussi, il me paraît évident que nous n’irons pas dans la même prison. Lui, va recevoir celle des politiciens, celle que Chirac aura en 2007, rien de bien inquiétant.
Moi, par contre.
J’ai eu le droit à ce que l’on appelle l’horreur de toutes les horreurs. Parce qu’aller en prison, on peut être d’accord que ce n’est jamais facile. Mais quand on a 40 ans, une timidité sans nom, et une incapacité totale de se transformer en leader, c’est vraiment, vraiment difficile.
Avant d’y aller, j’ai bien entendu eu le droit à trois ou quatre jours de répit avant de rejoindre ma nouvelle maison pour les trois prochaines années. En temps normal, les gens profitent de ces vacances improvisés pour dire au revoir à leur famille, amis, femmes, et enfants. Pour moi, ce fut vite réglé. Après un bref passage chez mes parents pour leur expliquer que « Non, la prison, c’est pas si horrible que ça » et que « non, Mandela n’est plus en prison, je ne pourrais me retrouver avec lui » ou encore que « Oui, Tapie a réussi a devenir très connu après, mais que c’est pas aussi facile pour tout le monde », je n’avais plus personne à aller voir. Pour mon grand frère, j’avais décidé de ne pas me déplacer, mais plutôt d’envoyer un mail, et laisser un message sur son répondeur (je savais bien entendu à l’avance qu’il n’était pas chez lui, histoire d’éviter un dialogue difficile à construire.). Après, il n’y avait plus rien. Alors j’ai visité encore un peu, l’Italie. Je suis parti à Naples, rapidement, mais aussi revisiter Rome et son forum, Pompéi, ou encore la superbe île de Capri. Je fis ça en 36 heures car, au fond de moi-même, je m’en foutais complètement. Et pour être tout à fait honnête, j’étais un peu impatient d’aller en prison. Ça n’allait sûrement pas être une partie de plaisir, mais au moins, c’était une nouvelle expérience, qui promettait d’être riche en rebondissement, et passionnante en tout point. Alors, au bout de mes 44 heures de liberté sur les 96, je fis une chose assez surprenante.
Les gens savaient que j’étais un mec un peu étrange. Mais si vous aviez vu le visage des gendarmes lorsque je suis allé les voir, pour leur dire :
« Vous voulez pas qu’on y aille maintenant, parce que j’ai vraiment plus rien à faire de ma vie, là. »