Chapitre 18
Le tarif
Avant de partir pour le stade Meteor, Vadym vient me rendre visite :
« Ghis, tu sais que Nazarenko n’est pas là aujourd’hui ?
Moi : Quoi ?! ! Pas de Nazarenko ?!
Vadym : Ouais, il est « blessé ».
Moi : Comment ça blessé, il s’est entraîné hier.
Vadym : Ben il est « diplomatiquement blessé »
Moi : Comment ça ?
Vadym : Bah tu n’as pas lu le journal ?
Moi : T’es un comique toi, je comprends rien à leurs trucs.
Vadym : Bon je te traduis : « Le millieu de Dnipro, Sergiy Nazarenko, est annoncé sur le départ. En effet, le Metalurg Donetsk a fait une proposition de 3.8 Millions €. Le président Alexeev a déclaré accepter, dans l’intérêt du club, cette proposition. Nous attendons toujours la réaction du coach, Ghislain Corréa, à propos de la vente de son meilleur élément. » Voilà, et ce matin, le président est venu me voir et m’a dit que Nazarenko était blessé.
Moi : Super ! Ca fait toujours plaisir de savoir qu’on a son mot à dire dans des décisions de transferts, il en vaut 6 millions au moins ce gars !
Vadym : Ouais, enfin tu vas pas râler parce que pour Berthelin à Bochum, tu as utilisé des méthodes un peu douteuses aussi…
Moi : Oh et puis merde »
Et c’est sans ma plaque tournante du millieu que je m’en vais affronter l’Arsenal Kiev, 13e du championnat, mais surtout les journalistes. Je sens que je vais leur rentrer dedans… :
« Journaliste : Bonjour Ghislain, Avant tout, que pensez-vous du possible transfert de Sergiy Nazarenko ?
Moi : Je m’en tape. De toute façon, même si j’en serais choqué, je n’ai rien à dire car c’est Môssieur le président qui fait son choix. Si il part, et bien on tâchera de le remplacer et si il reste et qu’il maintient son niveau, alors il redeviendra le titulaire indiscutable du début de saison.
Journaliste : Qui sera son remplaçant aujourd’hui ?
Moi : Ah, ça aussi. Si vous étiez habitué à voir la compo de l’équipe le jour même ou la veille du match, désormais je communiquerais le onze type dans le vestiaire, je remettrais le feuille de match à l’arbitre et vous n’aurez qu’à faire votre feuille en regardant les joueurs dans le couloir.
Journaliste : Face à vous ce soir, l’Arsenal Kiev, pensez-vous que cette équipe peut vous battre ?
Moi : Et bien, malgré son classement, l’Arsenal est une des équipes qui a le plus progressé ces dernières années, je m’attends à un sursaut de leur part au cours de la saison, espérons que ce ne soit pas ce soir. »
Et c’est le jeune Artur Karnoza qui remplacera Nazarenko, un jeune (16 ans) millieu de terrain à qui je réserve la surprise de le titulariser, afin qu’il devienne le plus jeune joueur de l’histoire à débuter un match de championnat supérieur. Ce minot, que je surnomme « Minimoy », me saute dans les bras, les yeux embués par une émotion très forte, lorsqu’il apprend la nouvelle. Pour le reste, la compo reste la même, avec Davidson à droite de la défense, faute de mieux.
« Bon, aujourd’hui, c’est un jour doublement important : C’est mon premier match ici, et c’est la rentrée d’Artur, tâchez à ce que, pour lui comme pour moi, ce match reste gravé dans nos mémoires ! »
Notre point fort, repéré lors du premier match, c’est notre capacité à bien entamer la rencontre, là où les adversaires sont souvent déconcentrés, pas encore dans le match. Et une nouvelle fois, nous débutons pied au plancher, une frappe de Kravchenko flirtant avec la transversale dès la 4e minute. Un bon début récompensé à la 11e minute lorsque, sur un coup franc de Bartulovic, Bidnenko surgit et catapulte le ballon sous la barre du portier adverse, 1-0. Après le premier quart d’heure, l’Arsenal semble se réveiller mais ne sont pas dangereux contrairement à nous. 27e minute, Karnoza passe un joueur avant d’écarter sur la droite, vers Davidson. La superbe vision du jeu du bizuth permet à Davidson de prendre son temps pour adresser un long ballon dans l’axe. Kostyshin, à l’affût, se défait de son défenseur et s’en va inscrire le second but, son deuxième but en deux matchs. J’exulte sur le banc, mon petit pari valait le coup ! Dès lors, je sens une peur chez mes joueurs, la peur d’avoir le ballon. Malgré une fraîcheur et une qualité de jeu 100 fois supérieure à celle des joueurs d’en face, ils leurs laissent le ballon, procédant par contre. On aurait pu penser qu’avec le ballon 60% du temps dans les pieds, les joueurs de l’Arsenal allaient se créer des occasions, et ben non. Mes joueurs auront moult occasions, toutes gâchées par une maladresse désespérante. Lorsque Balabanov se retrouve seul face au portier de la capitale, j’entends les commentateurs télé derrière moi mugir : « Attention, Balabanov, il est en confiance le buteur de Dnipro… » Paye ta confiance, le ballon s’envole largement au-dessus du but. Sur ce, l’arbitre renvoie les 22 acteurs au vestiaire…
Au repos, j’ordonne à mes joueurs de posséder le ballon, ne pas le laisser aux autres, aller vers l’avant et surtout développer leur jeu.
Ils m’ont bien compris, la possession du ballon nous revient, et avec ça, très peu d’occasions pour nous, c’est à peine si on parvient à franchir leurs 30 mètres !! ! Là, j’avoue, je suis largué…
Au cours de cette deuxième mi-temps, il ne se passa rien, un match haché par les fautes, seul moyen pour Kiev de nous tenir à distance de leur but, une incapacité pour mes joueurs à pénétrer cette solide défense. Il a fallu une erreur grossière du gardien Deonas, qui dégage le ballon sur Bartulovic alors qu’il est en dehors de sa surface, pour nous offrir le 3e et dernier but du match. Le ballon arrive plein axe, où le renard Balabanov ne se fait pas prier plus pour pousser le cuir dans le but vide, 3-0 et fin du match !
Dnipro(4e) – Arsenal Kiev(13e)
Score final: 3-0
Buts: Bidnenko (11e), Kostyshin (27e), Balabanov (89e)
Affluence: 12 376 personnes
Homme du match: Kostyshin (8)
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« Journaliste : Ghislain, c’est votre deuxième victoire, deux matchs, deux fois 3-0.
Moi : C’est le tarif !! ! Attendez-vous à en voir d’autre d’ici à la fin de la saison !
Journaliste : Le jeune Artur Karnoza a fait une belle prestation ce soir, qu’en pensez-vous ?
Moi : C’est super pour lui ! Il a aidé l’équipe, il s’est fait plaisir et le voici récompensé de son boulot aux entraînements.
Journaliste : Artur, qu’est-ce que ça vous fait d’être a jamais inscrit dans l’Histoire de ce championnat ?
Artur Karnoza : C’est un honneur, maintenant j’ai pas joué 90 minutes, ce sera un prochain objectif, je ne m’enflamme pas, je viens de vivre un moment magique et je remercie le Coach. »
C’est le tarif, nous passons deuxième au classement !! !