Chapitre 15
Première visite
Le lendemain, comme prévu, le président m’attendait dans son bureau, histoire de ma parler du club et de ses ambitions. Apparemment, c’est un puissant homme politique ukrainien, capable de réaliser, aidé par quelques hommes de mains, d’accomplir des tâches pas franchement claires dans son intérêt personnel et dans l’intérêt de son club, comme enlever un entraîneur.
Nicole m’a prévenu, c’est un homme qui ne pense qu’au fric, au fric et encore au fric. Pour lui, son club n’est pas un investissement d‘amour et de sport, mais bien une machine à sous à travers des joueurs qui tapent comme des bœufs dans un ballon. Je le savais obsédé par l’argent, mais je ne pensais pas qu’il l’était à ce point :
« Y.A : Bonjour monsieur Corréa. Asseyez-vous ici.
Moi : Bonjour monsieur Alexeev, je voudrais vous parler de mes…
Y.A : Stop !! Ici, c’est moi qui pose les questions, c’est moi le maître de ces lieux.
Moi : Ok, ok, allez-y.
Y.A : Bon, on est là pour faire du fric en gagnant des matchs, et des titres. Je sais que vous voulez gagner la Ligue des Champions. Ca tombe bien, moi aussi, car ça rapporte beaucoup d’argent.
Moi : Très bien, je tâcherais de réaliser cet exploit.
Y.A : Oh non ! Vous ALLEZ réussir cet exploit.
Moi : Merci de croire en moi, monsieur.
Y.A : Non, ce n’est pas pour vous que je dis ça, c’est parce que j’ai investi beaucoup dans le projet, et si vous échouez, vôtre tête ne passera pas la porte de la ville, en tout cas pas rattachée à votre corps.
Moi : Euh… C’est une menace là ?
Y.A : Oui, prenez ça comme ça.
Moi : Bon, je vais réussir alors…
Y.A : Très bien, j’adore les gens qui ont une vision optimiste du monde et de leur boulot. Bon, je vous laisse 4,4 millions d’Euros pour me bâtir une belle équipe, capable de terminer dans les 2 premiers du championnat cette année et de jouer la Ligue des Champions l’année suivante. Tout de même, si vous pouviez ne pas tout débourser, ce serait bien.
Moi : Mais pourquoi ?
Y.A : Ben comme ça il y a plus de sous.
Moi : Ah ben ouais.
Y.A : Bon, du point de vue sportif, on en est à la troisième journée du championnat avec un bilan de 1 défaite et 1 victoire et un match décisif se profile face à Shaktar. Je vous invite à observer ce match des tribunes, comme celui de la coupe d’Ukraine 3 jours plus tard, afin de voir un peu les principaux joueurs qui composent l’effectif. Vous pourrez commencer officiellement avec l’équipe pour la 4e journée du championnat supérieur, ce sera à Odessa, face aux Chornomorets.
Moi : Très bien monsieur, autre chose ?
Y.A : Ce sera tout, vous pouvez disposer
Moi : Au revoir monsieur Alexeev. »
Je ressors abasourdi du bureau, je n’avais jamais vu un homme autant obsédé par le fric. Il m’a même menacé de me couper la tête si j’échouais ! On m’a toujours dit que les Européens de l’Est étaient froids et sévères, et ben là, j’aurais tout vu !
2 jours plus tard, Stade Meteor, Dnipropetrovsk.
Je suis venu assister au match entre ma future équipe, Dnipro, coachée de main de maître par mon entraîneur adjoint, Vadym Tyschenko, et l’équipe tenante du titre, le Shaktar Donetsk. Autant dire, un premier match décisif dans l’optique de la course à l’Europe.
A mon arrivée sur la Place du Stade, je remarque ce stade très ouvert, pas très haut, composé d’une tribune principale et de virages, un stade semblable au Vélodrome de Marseille, un stade décoré aux couleurs du club, le blanc et le bleu, qui contient 24 381 places.
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Shaktar reste sur une victoire en Super Coupe d’Ukraine, arrachée au Dynamo Kiev aux tirs au buts après un match nul 1-1, et a fait le même parcours que nous en championnat, avec 1 victoire et 1 défaite. Le match débute…
Dés la 10e minute, les joueurs de Shaktar trouvent la faille dans notre défense, grâce à un missile signé Marica de 20 mètres.
Je me dis que ce défi sera dur, voir irréalisable, mais j’assiste au réveil de « mes » troupes. Dans une ambiance à couper le souffle, Melaschenko égalise d’une frappe croisée. La foule est en délire et les oranges de Donetsk n’y sont plus. Dnipro pousse, domine outrageusement la partie, se crée de grosses occasions, mais la maladresse, combinée à une énorme malchance, les empêche de prendre les devants au score. La foule s’impatiente, crie et frissonne lorsque commence le « show Balabanov ».
L’attaquant ukrainien, lancé par Kravchenko côté gauche, repique dans l’axe et fusille le portier orange, 2-1 (71e)
Les défenseurs n’ont pas le temps de souffler que, 5 minutes plus tard, Balabanov réussit une action exceptionnelle :
Il reçoit le ballon de Nazarenko, le maître à jouer de la formation ukrainienne, il se joue ‘un défenseur sur le contrôle, passe en revue deux autres défenseurs et s’engouffre sur le côté gauche de la surface de réparation. Là, et alors que tout e monde attend le centre, il décide de tenter sa chance. Ca paye, le ballon, parfaitement croisé, file vers le petit filet et rentre dans la cage, 3-1 (76e)
Le match se termine sur ce score, je vis ma première belle soirée au Meteor et j’espère que ce ne sera pas la dernière !
Franchement, ma nouvelle vie ukrainienne me plaît, reste à convaincre mon fils que ce pays est l’idéal, pour lui et pour moi.
J’arrive à l’hôpital Serov quelques minutes après la fin du match :
« Moi : Coucou Jason, ça va ?
Jason : Oui, ça va…
Moi : Bon, il faut que je t’expliques… si tu es là aujourd’hui, c’est parce que…
Jason : T’inquiète pas, je sais tout.
Moi : Comment ça tu sais tout ?
Jason : Ben Nicole est venue me rendre visite cet après-midi. Il paraît aussi que vous vous remettez ensemble ?
Moi : Ah ben oui, tu sais tout…
Jason : Bon, et c’est quand que tu me l’amènes, ma Ligue des Champions ?
Moi : Bientôt, mon fils, bientôt… »