J´espère qu´il reste encore quelques lecteurs (ReenGo si tu m´entends
) en tout cas voici la suite. Bonne lectur
Chapitre 16 – La chute
Et donc c’est ici que tout s’arrête. Je contemple la belle porte en bois verni, je caresse la poignée en or plaqué et la tourne. L’odeur de cigare me prend par surprise, je chancelle deux minutes avant de saluer comme il se doit M. Ballantyne et Gavin Speirs, le directeur sportif.
-Asseyez-vous donc, M. McAllister, vous paraissez grave !
-En effet, Jim. Vous savez sans doute pourquoi je suis là…
-Je pense que oui, mais allez-y…
-Bien, je vais y aller franchement. Je pense que je n’ai pas ou plus les capacités d’entraîner cette équipe. Les résultats parlent d’eux-même, l’avis des médias aussi… C’est pourquoi je viens aujourd’hui vous remettre ma démission.
-Très bien, je comprends parfaitement la situation, me fait Speirs. C’est pourquoi vous comprendrez que, malgré tout le respect que j’ai pour vous, M. Ballantyne et moi-même refusons votre démission.
Eh merde…
-Messieurs, 0-1, 2-3, 0-2, 1-4… Comment pouvez-vous…
-Eh bien, M. McAllister, me fait Anne-Marie Ballantyne, la directrice financière et sœur de Jim, en entrant soudain dans le bureau. MM. Ballantyne et Speirs vous diront que c’est parce que vous représentez l’âme du club, que vos premiers résultats n’étaient pas mauvais et que c’est votre première saison, mais je vais vous expliquer la simple vérité. Nos finances sont, vous le savez, catastrophiques. Vous savez aussi qu’en raison de votre… inexpérience, nous ne vous payons pas autant qu’un… vrai entraîneur le serait. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de vous perdre, M. McAllister. Bonne journée !
Ah les salauds… Vous vous demandez comment j’en suis arrivé là, non ? C’est bien simple…
Et pourtant, ça avait bien commencé avec une victoire sur Partick (2-1) à la mi-novembre qui nous avait permis d’être à égalité de points avec cette même équipe. Et puis soudain, boum. Queen of the South, Ross, Gretna, St Johnstone ont eu raison de nous.
Mauvais résultats, blessures à gogo, manque d’envie, transferts loupés, sans parler des hurlements nocturnes de Yelena et Attila… En un moins, j’ai enduré plus de catastrophes que pendant tout le début de saison.
Tout d’abord, les 4 défaites. Inutile de s’attarder dessus, elles ont toutes été aussi catastrophiques les unes que les autres.
Alors que je pensais que je finirais cette saison à enchaîner victoires splendides et défaites malheureuses toujours à cette 8e place, nous sommes aujourd’hui à égalité de points avec Clyde, 9e. Il y a un mois, j’aurais volontiers accepté cette position – toujours mieux que ne rien avoir à gagner ni à perdre – mais aujourd’hui, je veux tout sauf ça. Et ce 23 décembre, je commence à la ressentir, cette boule dans le ventre. Airdrie relégué. Je le vois, je le sens.
C’est donc dans ces conditions que j’aborde un match primordial. Seules quelques bonnes nouvelles m’ont permis de retrouver un semblant de sourire : des rumeurs concernant l’éventuelle démission de Ballantyne – qui n’a jamais semblé très concerné par le club, et le retour de Prunty, mon deuxième avant-centre.
Le match commence tout de suite, sans round d’observation. Dès la 2e minute, Malone, l’ailier gauche de Clyde, centre en profondeur pour Arbuckle qui marque. Merde… Et non. Le but est (injustement) refusé pour hors-jeu. Une dizaine de minutes plus tard, sur un coup-franc de Clyde, Malone s’excentre sur la gauche, et décoche une frappe surpuissante sur l’équerre. Pfiou… Le coup n’est pas passé loin. A la 14e, Twigg reprend un centre de Russell de la tête… sur la barre. Putain de merde. Cinq minutes plus tard, le même Twigg intercepte un dégagement, et face à face avec le portier adverse, loupe complètement son tir croisé. Même pas le temps de souffler que Prunty, aux vingts mètres, arme une demi-volée sur un dégagement-centre de McColl. La frappe s’envole malheureusement à un mètre de la barre… Ca y’est, on est dans le match. Dix minutes avant la mi-temps, Twigg tacle offensivement et récupère miraculeusement la balle, seul devant le portier adverse, qui détourne sa frappe in-extremis. Putain, il faut le mettre ce but, avant la mi-temps ! Malheureusement, on rentre au vestiaire avec ce frustrant 0-0.
Je suis tellement stressé fans les vestiaires que je chie un discours mi-menaçant, mi-encourageant totalement non-efficace.
50e, touche de Marr, Holmes, qui a effectué son grand retour il y a une semaine, efface son vis-à-vis mais sa frappe, vicieusement placée, est détournée par le portier. On continue de presser autour du but adverse mais mes joueurs sont trop, beaucoup trop crispés. Clyde continue de placer quelques contre-attaques, mais elles sont soit trop lentes, soit mal finies. Mes défenseurs sortent des tacles très propres et efficaces notamment dans les dix derniers mètres. Cependant, le retour d’initiative chez Clyde se mue peu à peu en une domination écrasante, et à la 82e, Till s’enfonce sur le côté droit et propulse le ballon dans la lucarne de Hollis. Merde, merde, merde. Pas de hors-jeu imaginaire pour me sauver, cette fois. Assomés par ce but, mes joueurs ne réagissent même pas, et nous terminons donc ce match en tant que baragistes potentiels.
Et voilà. Une nouvelle défaite. Et devant moi, devant nous, une abîme sans fond qui commence à s’ouvrir…