Comme promis, voici ma critique détaillée :
Première chose, je vois pas ce que ton ancien prologue, ou ton espèce d'introduction, vient faire en dehors du premier chapitre. Il n'a pas l'envergure d'un prologue et précède directement le début de ton chapitre, donc autant l'inclure dedans.
D'un point de vue stylistique, le début foire un peu : "Froid. C'était la seule chose que Dran ressentait. Du froid. Et des regrets." Employé tel quel, "Froid" évoque plutôt un adjectif, tu aurais dû dire "Le froid. C'était la seule chose…" sous forme de nom, donc. Ensuite, je vais être tatillonne, mais si c'est la seule chose, pourquoi est-ce qu'il ressent AUSSI des regrets ? Tu vois ce que je veux dire ? Soit il ressent que du froid, soit il ressent du froid ET des regrets.
"le ciel perlait de rose, d'ocre et d'orange" : petite erreur de syntaxe ici. Le terme "perlait" ne colle pas avec le phénomène que tu évoques, à savoir un coucher de soleil. De plus tu utilises deux fois ce terme à intervalles très courts (la deuxième fois il est bien employé ceci dit), ce qui fait une répétition. Et puis ta description est un peu trop facile : un ciel rose, ocre et orange ? Pas très recherché. Tu aurais pu par exemple dire : "Dehors, le soleil dardait ses tout derniers rayons. Imperceptible à présent, le ciel ne gardait pour seule réminiscence de son passage que les sangs flamboyants de l'astre mourant, où se mêlaient les lambeaux carminés aux coulées mordorées." Bon, je donne un peu dans la démesure poétique, mais c'est un exemple. Et j'ai utilisé un champs lexical qui contribue à entretenir l'atmosphère "lugubre" de ce passage. Parce que la beauté du ciel d'été, dans son état, il s'en fout un peu je crois.
"Il se coucha donc, et le sommeil le gagna très rapidement, alors qu’il repensait à sa jeune enfance." : Attention, tu dis que le sommeil le gagne, puis tu développes ce à quoi il pensait AVANT de s'endormir. Tu ne peux pas dire qu'il s'est endormi alors que tu vas nous faire part des pensées qui sont les siennes avant qu'il ne s'endorme. Donc il serait plus logique de dire : "Sa jambe le lançait terriblement, mais il décida de ne pas y prêter attention. Ou plutôt, de détourner sa douleur par une souffrance qui la surpassait de loin : celle de son enfance…" Ensuite tu développes ce passage sur son enfance, que tu termineras en disant : "sur cette dernière pensée, il sombra dans un sommeil irrépressible, satisfait d'avoir échappé à sa médiocre condition, ne songeant même plus à sa blessure dont la douleur était dérisoire." puis nouveau paragraphe : "Il se leva le lendemain…". Au moins, la transition spatio-temporelle dont je te parlais sera plus nette.
"un homme respectable dans le village" : non, un homme respectable (tout court), ou un homme respecté dans le village. Sinon ça sonne mal.
"berçait dans les traditions violentes et dominatrices que des générations de mâles s’étaient efforcés de faire respectés" : soit tu dis "avait été bercé PAR les traditions", soit, ce que je pense que tu voulais dire : "versait dans les traditions…" Et : "s'étaient efforcées* de faire respecter*"
Le passage où tu essaies de justifier la raison pour laquelle ils vivent exclusivement de la pêche, j'ai l'impression que tu as un peu galéré pour nous le sortir. Ça fait un peu cafouillis du coup. Alors certes il fait froid, mais si tu nous dit qu'il y a quelques herbivores qui y vivent, qu'est-ce qui les empêche d'en faire l'élevage ? Après tout, on emmène bien les troupeaux de bovins et d'ovins en montagne pendant la transhumance. Donc le climat, c'est très limite pour justifier le fait qu'il n'y ait pas d'élevage. Mais bon, on va dire que ça reste un détail…
"Toutefois, il était habitué à être rejeté, même si ces dernières avaient été particulièrement virulentes." Petit souci ici : je vois pas à quoi "ces dernières" fait allusion. T'as dû oublier un mot.
La description du marché est plus aboutie.
Bon, voilà pour l'essentiel. Comme dit précédemment, pense à bien te relire pour repérer les fautes et les petites incohérences qui entachent ton récit. Je les ai pas toutes relevées mais il y a aussi plusieurs répétitions, que tu pourrais éviter en relisant bien. Essaie de soigner la description, c'est super d'y prêter attention, beaucoup préfèrent l'ignorer, mais c'est beaucoup plus difficile de la rendre vivante et agréable à lire. Certains paragraphes sont trop longs, tu aurais pu faire un découpage plus judicieux. Et quand tu fais un bond dans le temps comme c'est le cas ici, tu peux mettre une ligne d'astérisques pour marquer la transition. Ça facilite la lecture, d'autant que le présent et le passé du héros se ressemblent dangereusement (déception, combat contre un monstre : les deux parties peuvent prêter à confusion). Après, j'attends la suite de ton histoire pour juger de son originalité. Mais pour l'instant, ça reste un bon travail d'écriture qui mérite une suite. A toi de jouer ! 