« Laissez moi passer, mes frères, et je vous laisserais la vie sauve », somma l’assassin à ses trois assaillants de sa claire mais menaçante voix d’aigle.
« Nous ne sommes en aucun cas tes frères, assassin ! », lui répliqua sèchement le plus grand des trois gardes. La haine qui se lisait dans le regard de son adversaire n’intimida en rien Altaïr. Lui-même avait appris à dominer la sienne ; il ne savait trop bien qu’elle n’était qu’un poison qui obscurcit le jugement de qui elle s’empare. Il resta de marbre et se contenta de jauger ses opposants avec la froideur méthodique de celui qui a déjà pris la vie d’un homme de sang froid, et qui s’apprête a recommencer.
« Oui, nous sommes le bras armé du seigneur, et toi, tu t’es fait l’apôtre du malin ! », renchérit un deuxième soldat.
« Ma patience à des limites, et quant a ma clémence, je ne l’offre qu’une fois. Je ne suis certes ni si puissant ni si riche que votre bien-aimé maître, dont vous venez de prévenir l’assassinat, mais dans la situation dans laquelle vous vous trouvez actuellement, je puis vous offrir bien plus que lui : la vie. Maintenant, écartez-vous, ou je me verrais contraint de faire trois veuves de plus. »
La situation n’amusait plus Altaïr, et l’échec inattendu de son plan le rendait nerveux et irascible. Négligeant la sommation de l’assassin et surs de la force que leur procurait leur supériorité numérique, les trois soldats s’avancèrent en ricanant. Altaïr esquissa également l’ombre d’un sourire.
« Je comprend le comique de la situation, s’exclama t-il. Trois veuves de plus ! Vous êtes si laids que même une mendiante lépreuse n’oserait vous approcher. Comment pourriez vous trouver de femme en ce bas monde qui puisse vous épouser. Une aveugle ? Non, il leur reste l’odorat » Une farouche satisfaction emplit son cerveau et chassa sa nervosité quand Altaïr vit les mines des trois hommes se crisper.
« Tu peux bien parler, assassin !, rugit le premier soldat, hors de lui. Tu dois être bien laid pour cacher ton visage derrière un capuchon. A moins que tu ne sois simplement trop lâche pour oser regarder ton ennemi droit dans les yeux ! »
« Ce seront la les dernières paroles qui sortiront de ta bouche de vil serpent ! » gronda Altaïr. Et tandis que l’autre éclata d’un rire de dément, une flèche empennée d’une seule plus d’aigle lui traversa la gorge de part en part, transformant ce rire en d’horribles borborygmes d’agonie, qui firent leur petit effet sur les deux gardes restants. Leurs expressions de tyrans prêts a jouir de leur pouvoir impunément s’étaient muées en deux affreux masques de haine et de peur. Cependant, les supplications qu’attendait Altaïr tardèrent à arriver, et un regard sur le cadavre de leur ancien collègue renforça la volonté des deux hommes. Ragaillardis, ils se retournèrent pour faire face à leur adversaire. Trop tard …
Se retournant, ils ne trouvèrent qu’une pièce vide et la fenêtre ouverte. Pire ; leur parvint soudain le bruit tant redouté : un cri assourdissant, suivi d’un silence de plomb, plus significatif encore. Horrifiés, ils scrutèrent mutuellement le visage de leur partenaire, cherchant tacitement dans les yeux de l’autre la confirmation de ce qu’ils croyaient tous deux avoir entendu. Ils comprirent alors qu’ils ne s’étaient pas trompés, c’était bien le hurlement de leur maître, le régent de Jérusalem, qui avait transpercé le calme de cette belle matinée d’août.
Les chants des prêtres et les appels des marchands vantant la qualité de leur camelote s’étaient mués en cris de terreur, ou avaient laissé place aux ordres des capitaines dirigeant les troupes lancées à la poursuite de l’assassin. Les cloches de la cathédrale annoncèrent l’état d’alerte dans laquelle le meurtre avait plongé la cité. Seul un bruit avait persisté : après avoir auguré le forfait de l’assassin, le cri de l’aigle célébrait sa victoire.
L’un des deux soldats s’approcha de la fenêtre pour s’assurer de l’identité de la victime. Mal lui en prit ; une main le saisit et le fit basculer par-dessus le rebord. Sa chute de trois étages lui fut fatale. Altaïr profita de l’impulsion que lui procura la traction de sa victime pour se hisser sur le rebord. Son dernier opposant toujours debout tenta de lui trancher les jambes d’un mouvement circulaire de son épée, mais Altaïr était trop rapide pour lui, et son armure le ralentissait. L’assassin agrippa le rebord supérieur de la fenêtre et, d’un même mouvement, balança ses jambes en arrière, les mettant hors de portée de la lame de son adversaire, puis les lui balança en plein visage pour le jeter au sol. Il sentit le nez de son adversaire craquer sous le choc. Se ruant à une vitesse stupéfiante sur l’homme qui tentait de se relever avec peine, Altaïr le retourna sur le dos et planta sa lame secrète dans le plancher en lui traversant le bras pour le neutraliser. Lui bloquant son bras encore valide avec le genou, il plaça sa lame courte sous la gorge de son ennemi vaincu.
« Tu as entendu ma voix et reconnaîtrai ma démarche, se justifia t-il. Je n’ai pas le choix. »
Malgré le nombre de vies auxquelles il avait mis fin, il répugnait toujours a en prendre une de plus …
« Pitié ! supplia sa victime. J’ai un fils ! »
« Alors, dis-toi que ta mort est la meilleure façon de le protéger. Repose en paix ».
Bon ben voila la première partie en intégralité. J'attends vos avis 