Et hop, la suite :
Le crépuscule commençait à descendre en Eden, la pâle lumière de l´après-midi ammorça sa vertigineuse descente.
Non loin de là où Cinos peinait, deux porc-épics, l´un mauve l´autre rouge étaient assis, se réchauffant devant leur feu.
Soudain, un cri monta au loin, d´abord faible, comme incertain, il enfla brusquement, atteignit sa pleine puissance, vibra et palpita pendant quelques secondes, puis s´éteignit lentement.
On aurait pu le prendre pour la plainte d´une âme errante, n´eussent été la faim monstrueuse et la fierté désespérée qu´il exprimait..
Le porc épic mauve se tourna vers son compagnon, le regard des deux amis se rencontra, s´échangeant des éclats d´inquiètude, ils hochèrent la tête.
Le deuxième hurlement, nettement plus aigu, troua comme une flèche le silence ouaté de la forêt. Les deux porc épics n´eurent plus besoin de se consulter pour comprendre ce qu´ils signifiaient.
- Ils nous ont repérés, Eurismo, dit le porc épic rouge.
Il avait dû se forcer pour parler, et sa voix aux consonnances rudes avait résonnée comme une fausse note dans l´air froid du soir.
- Ils ont faim, répondit son compagnon, les autres animaux sauvages sont partis comme un rien..
Puis ils se turent, leurs yeux plongés dans les flammes du feu.
Lorsque les deux perdus sentirent leurs ventres crier famine, l´un d´eux alla puiser dans les brousailles quelques mûres.
Eurismo crut voir deux petites flammes rapprochées qui n´avaient rien à voir avec le feu, dansant fourbement dans les ténèbres.
- Egiro..
Le porc épic mauve tourna la tête vers Eurismo :
- Quoi ?!
- J´ai vu des flammes entre les arbres..
- Ca serait pas la première fois tu sais.
- La première fois quoi ?
- Qu´un gars craque avant la fin de la balade et se mette à voir des trucs qui existent pas..
- J´y ai pensé figure-toi, mais j´ai cru voir aussi de la fourrure et des poils sont tombés par terre, tu veux les voir ?
Egiro ne répondit pas, il termina sa portion de mûres, mit sa gourde à la bouche, but l´eau lentement puis s´essuya les lèvres d´un revers de main:
- Tu crois que c´était..
Jailli du fond de la nuit, un hurlement sauvage l´interrompit. Il l´écouta en silence, tendit le bras dans la direction d´où venait le cri.
- Tu crois que c´était... un de ceux là ?
Eurismo hocha la tête :
- Sûr que je préférerais avoir eu des visions, mais t´as entendu gueuler ces saloperies, toi aussi.
Les hurlements se répondaient de plus en plus, comme si la forêt s´était brusquement changée, avec la tombée de la nuit, en un immense asile de fous.
Egiro rajouta quelques bûches dans le brasier.
- T´as sans doute raison, dit il enfin, mais j´ai pas tort non plus, ça serait plutôt moche de craquer maintenant.
- C´est clair mon gars, mais n´empêche que ça fout les jetons..
- Tu crois qu´il fabrique quoi le roi ?
- Il doit roupiller au chaud dans son château..
Egiro s´apprêtait à répondre, lorsqu´il se raidit soudainement, le bras à demi tendu.
Deux petites flammes, semblables à la description faite par Eurismo, luisaient dans les ténèbres, quelques pieds au-dessus du sol.
Rapidement, les porc-épics en repérèrent deux autres, puis encore une paire. Un cerc d´yeux incandescents, comme surgis du néant, naissait et se déployait autour du campement, à la limite de la zone éclairée. Parfois, deux des lueurs se déplaçaient ou disparaissaient un instant, pour réapparaître quelques mètres plus loin..
Les deux compagnons se levèrent, affolés, l´un deux frôla le feu et l´air s´empli d´une lourde odeur de poils gillés.
Eurismo tomba sous l´effet de la brûlure, le derrière de la jambe gauche saignant.
Egiro étendit des couvertures en peaux d´ours sur le sol et aida son ami à s´y allonger.
Le porc-épic mauve brandit un tison enflammé, extirpé du feu et le lança vers les ombres aux yeux de braises.
Mais l´une des créatures, la plus audaçieuse ou la plus affamée, revint à la charge et pénétra dans la zone éclairée par les flammes.
Eurismo poussa un cri, près de lui et de son comparse se tenait un loup noir, aux yeux rouges et au front orné d´un étrange sigle.
- Sur quelle abomination sommes nous tombés ?! Trembla Egiro.
Le loup dévoila ses terribles crocs, horriblement bien aiguisés et désireux de sang.
Egiro chercha son épée au millieu des couvertures et la brandie dans l´espoir de mettre la bête en fuite.
- Arrière démon !
Rien n´y fit, le loup esquiva l´arme avec une cruelle agilité.
- C´est la fin Eurismo !
Le démon à quattre pattes gronda et bondit sur Eurismo qui se débattit.
- NON ! A L´AIDE !
Egiro prit deux tisons et les lança vers l´agresseur et manqua son but.
- IMPOSSIBLE ! C´EST L´ENFER !
Le loup s´en prit alors à Egiro, ne se faisant pas prier pour déchirer ses muscles, frôler ses entrailles, se gorgeant de sang..
Eurismo gisait sans connaissance sur sa couverture, tandis que son compagnon luttait.
- Je suis pas encore mort ! Beugle Egiro.
Une silhouette bleu surgit des buissons, armée d´une épée de la même couleur.
- Hé, le toutou à Doom, vient voir tonton Cinos !
La fureur fouetta le sang et les nerfs du loup-démon, dans un accès de rage, il sauta sur l´hérisson bleu qui faisait preuve d´insolence.
- Lupto forgêra !
L´animal noir tomba, son élan de mort brisé net.
- Cinos ! Clame Egiro.
Le roi adressa un regard au porc-épic, puis toujours muni de sa Blue Star, s´approcha du loup qui haletait misérablement dans la terre, le sang, et l´herbe.
- Adieu pauvre bougre !
L´hérisson planta son épée dans le flanc du Démon dont les muscles se détendirent, puis le corps de la bête se désintégra en une volupte de fumée.
- Mon roi, vous nous avez sauvés !
- Estimez vous heureux que je sois arrivé, si le loup était parvenu à vous abattre, il aurait offert vos âmes aux ténèbres, vous transformant en Démons..
Les yeux du roi tombèrent sur le pauvre Eurismo, allongé par terre et inconscient.
- Que va t´il devenir ?
- Portons le dans mon château déjà, je n´aime pas trainer içi en ces temps..
L´hérisson éteignit le feu et prit le porc-épic blessé et ses couvertures dans ses bras.
Egiro rassembla ses affaires et suivit le roi sans broncher.
- Eurismo et moi croyions que vous étiez dans votre demeure.
- Au contraire, je tentais d´éluçider le mystère qui plane sur cette forêt, et de retrouver des sujets qui se seraient perdus, d´après des commérages de bonne femme. Je trainais dans la rivière lorsque j´ai entendu des cris.
- C´est une chance.
- Effectivement mon cher.
L´hérisson et le porc épic continuent leur marche dans les ténèbres, sous le regard des arbres et des astres nocturnes.
A suivre...
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