J´en ai connaissance, c´est réglé depuis, et heureusement.
Bien, que diriez vous d´une petite suite pour mes treize ans ?
En silence marchait l´armée, en silence triste et peureuse elle fut. Les guerriers jettaient parfois un regard derrière leur épaule, oubliant que l´obscurité les empêchait d´apercevoir leurs demeures.
La troupe progressait vers l´Est, là où s´étendait le royaume de Paldir, blotti entre les terres de Cinos et de Lyocas. Atteindre les frontières ne serait point chose aisée, en Eden, de sordides créatures rôdaient, en quête de chair à déchirer, de sang à goûter, de vie à offrir à la mort. D´autre part, dispersés et écrasés de fatigue erraient les peuples voisins, cherchant au contraire à échapper à la mort.
Cinos savait tout ceci, le souverain s´inquiétait, lui qui était d´ordinaire si calme, voilà que lui aussi se faisait du mouron, et il n´avait pas assez de lâcheté pour le cacher. L´hérisson menait ses troupes, encadré par Aldero, Firo et Shehan.
Les gouttes de pluie se faisaient larmes célestes, comme si dans un élan de tristesse, le ciel se serait trouvé navré de se voir vêtu d´une sinistre robe noire. Le vent, souffle divin, hurlait, exprimant à lui seul toute la misère dans laquelle se trouvait désormais le monde.
Une rivière sortie de son lit pleurait elle aussi, le bruit de sa course pareil à un gémissement, le gémissement de tant d´âmes, de tant d´êtres..
Et le soleil, l´astre auréolé d´une courrone de flammes, semblait ne plus exister. Ses rayons ne perçaient plus les nuages, les plantes se mouraient sans le roi du jour. La lune et les étoiles, malgré la nuit, ne se montrèrent guère plus que le soleil. Il aurait suffit d´un rayon, d´une petite lueur, pour que beaucoup puissent retrouver un peu de force, de réconfort. Mais ce rayon d´espoir ne vint pas, et semblait ne jamais vouloir venir, comme si en les ténèbres devaient subsister les âmes, et à jamais.
- Cinos, dans quelle folie nous as tu menés ?! Se lamenta un pauvre épeiste.
- Dans la folie qui sauvera nombre d´innoncents, répondit le souverain.
Les guerriers avaient peur, grelottant et pitoyables, ils s´échangeaient de pessimistes paroles.
La peur, tous devaient un jour l´affronter, la sentir se propager en eux, malmenant leur conscience. Pareillement aux capacités mentales et physiques se dévellopait la peur, qui n´attendait que le moment de faire son entrée. Avec habileté, cette force s´emparait de sa victime, l´emplissant, la tourmentant avec une aisance au-delà du possible. La peur appellait souvent la mort, sa compagne, et souvent la mort appellait la peur. Ainsi, la peur menait à la mort, et l´approche de la mort produisait la peur.
Nul ne pouvait avoir assez de force pour ne jamais avoir peur, aucun ne pouvait prétendre manger à sa faim pour le restant de ses jours, personne ne pouvait rester indéfiniment en vie, la nature appliquait ses lois.
Le ciel gronda, coléreux, et un arbre s´abbatit sur le sol, foudroyé par une flèche céleste. Dans sa rage, l´arc du ciel envoyait à l´aveuglette ses projectiles, éspérant trouver de quoi se défouler.
Cinos crut sentir une présence magique dans les environs, il avait l´impression d´être épié, traqué par un ennemi invisible. Le souverain pensa qu´il devenait véritablement fou, qu´avec lui et ses hommes tomberait le monde. L´hérisson se disait qu´il ne parviendrait pas à atteindre son but, que tout était déjà perdu.
Le désespoir, là encore, nul n´y échappait, il y avait il un être qui ne fut jamais en proie à ceci ? En ces sombres heures, nombre d´innocents déséspéraient, certains que leur fin était proche, que bientôt ils seraient désignés pour périr.
- S´en est trop, je quitte l´armée ! Cria un archer.
Cinos ne tenta pas de retenir le soldat, celui ci avait choisi son destin. La foudre frappa à nouveau, un autre arbre chuta, et l´archer se retrouva écrasé, un horrible craquement se produisit, et du sang gicla. Quelques guerriers regardèrent une dernière fois leur compagnon, puis il leur fut préférable de s´éloigner de ce lieu de mort, cet endroit où avait frappé la mort. Les flèches du ciel pouvaient se révéler lancées par celle que tous redoutaient tant, celle qui vous donnait son baiser, votre dernier baiser..
A suivre...