Cinos replongeait souvent dans la rivière de sa mémoire, de son père, l´hérisson avait gardé une image de tendresse. Firo, lui, rappellait un temps mauvais, celui d´une lutte incessante, l´échidné fesait ressortir des douleurs passées, celles de la guerre. Et Galiad, avec son regard bleu azur, avait toujours une parole tendre à adresser. Mais Black Doom, le jour des seize ans de sa naissance et de celle de son frère, tua son propre père par le plus puissant sort de mort jamais lancé. En donnant la vie à ses fils, la mère de Cinos avait rendue la sienne.
Un jour, Galiad emmena Cinos, alors âgé de neuf ans, à l´ombre d´un arbre, près du château du royaume de Gauthdur, sur lequel régnait la royale lignée. Le roi avait emporté un arc et quelques flèches.
- Vois mon fils, ceci est un objet fort utile pour se battre, toi aussi tu auras à lutter pour ton peuple.
Cinos regardait de ses yeux verts l´arc, une lueur de curiosité vagabondant dans ses pupilles. Le souverain avait alors trente ans, d´un bleu plus foncé que celui de son jeune fils, il était de taille moyenne, ses yeux étaient également bleus, avec une note d´argenté. L´hérisson encocha une flèche, tendit la corde, puis la lâcha. Le projectile à pointe fendit l´air en sifflant, et alla se ficher dans une pomme portée par l´arbre.
- Tu veux essayer mon fils ?
Le petit Cinos hésita un instant, puis accepta l´invitation.
- Positionne bien la flèche, pour qu´elle aille bien là où tu le souhaite.
Le jeune prince, une fois la flèche disposée à filer dans les airs, visa à son tour un fruit, et lâcha la corde. L´objet pointu n´alla pas bien loin, il s´éleva à peine, puis retomba au pied de l´arbre sans avoir atteint son but.
Cinos regarda Galiad, l´air navré d´avoir échoué. Le père sourit à son enfant, et lui dit de retenter sa chance.
- Tout vient avec de la pratique, il faut être patient, rien ne se maîtrise du premier coup. Le petit hérisson prit à nouveau la corde, après avoir placé la flèche.