Je remet la suite.
Lorsque Arya se réveilla enfin, elle se sentit la tête lourde, comme si une montagne lui avait écrasé le crâne. Elle était allongée sur un lit, dans une chambre varden.
L´elfe porta son regard sur sa main et vit qu´elle était bien blessée...
De l´attaque de la bête noire, Arya avait hérité une fine balafre au front et maintes blessures au ventre et au bras. Ses jambes étaient douloureuses et portaient des bandages.
L´elfe tenta de se relever mais sans succès, épuisée, elle retomba inconsciente, alors que les ténèbres vinrent l´assaillir en son esprit..
Cinos faisait les cent pas dans la pièce, plus personne ne disait mot, si bien que seul le bruit de la marche du hérisson bleu faisait vibrer le silence.
- Une idée mon roi ? Demande Egiro.
Pas de réponse, le souverain continue ses aller retour en se mordant les lèvres.
Comment arrêter la progression du manteau noir ? C´est ce que Cinos et les autres tentaient de savoir, mais chacune de leurs réflexion les menaient à une impasse. Les paysans doivent eux aussi êtres angoissés, d´une part, il faut être pourvu de folie - ou d´inconscience - pour ne pas ressentir de l´inquiétude en de telles circonstances.
Même la lune, malgré la nuit, ne daigne pas se montrer, laissant les étoiles regarder les âmes à sa place.
Et si le jour ne revenait pas ? On n´ose pas y penser, cela serait trop catastrophique, si le soleil, astre de la vie et de la lumière, ne ressortait pas son enflammée couronne..
Progresser dans le noir, sans la blafarde lueur de la lune, devrait être tâche ardue, mais il y en a un que même l´impossible n´arrêterait, c´était Cinos le hérisson.
Au diable la peur et la difficulté, un bon roi se doit de protéger son peuple, peu importe les circonstances, et au risque d´y perdre gros, très gros...
Mais le sang que charriaient ses veines faisait savoir à Cinos qu´il n´avait pas le choix, ou bien s´il faillisait à son devoir, c´est qu´il aurait renié son destin, son instinct et ses ancêtres. Or, on ne peut échapper à son destin.
Les elfes croient que le monde obéit à des règles , ce qui il faut l´admettre, est vrai, ces lois sont dictées par le destin, ce même destin qui commait bien des erreurs..
- Je vais tenter de traverser ce manteau, je suis le roi et doit accomplir mes devoirs sans hésitation, annonce Cinos.
- C´est folie mon suzerain, vous tenter le diable ! Clame Egiro.
- Le diable, je l´ai déjà affronté, réplique le roi.
Tournant le dos à sa compagnie, l´hérisson sortit de la pièce, décidé à voir ce que la nuit pouvait avoir dans son sac.
Black Doom commençait à s´ennuyer ferme, assis là sur sont trône. Une seul chose lui procurait du plaisir : tuer, tuer, et encore tuer..
Lui qui se prétend être le prochain maître de l´Alagaësia, lui qui se permet de donner gratuitement la mort, lui qui en silence, se délecte de la souffrance des autres, ne sait même pas qu´il n´est rien, juste la première victime d´une légende dont il est le propre fondateur.
L´ennemi de sa race, un véritable démon de chair et de sang, il n´a rien, juste sa folie, il est le roi des fous, régnant sur un royaume fictif, né de ses pensées absurdes.
Qualifier Black Doom revenait à le décrire par toutes sortes d´adjectifs, qu´ils soient du côté péjoratif ou du langage soutenu.
Mais même des mots ne méritent pas d´êtres souillés par ce diable noir tant il est infâme, son âme sentait mauvais, son esprit sentait mauvais, tout en lui respirait le mal.
On se demande si il y aura encore des conteurs pour raconter son histoire, mais même si tel était le cas, sans doute personne n´auserait conter le mal ainsi représenté..
Avec dans le regard une lueur de carnivore affamé, le châtelain se leva de son trône de marbre noire et se dirigea vers une terrasse de la sinistre demeure, sinistre à l´image de son propiétaire..
La pluie avait cessée, au détriment de Doom. Les êtres vivants n´appreciaient guère la démoralisante pluie, contrairement à Black Doom.
Un fantasme se dessina dans l´esprit plus que tordu de l´hérisson, il souhaitait qu´il pleuve du sang.
Le sang coule, mais ne tombe heureusement pas du ciel, mais Black Doom aurait payé cher pour que l´eau du ciel soit rouge et issue d´un corps arraché à la vie.
Plus en proie à l´ennui encore, le fourbe sortit de la terrasse et regagna l´intérieur, afin de gagner les sousterrains du château.
La demeure était immense, de même que les étages du sous-sol.
Au fond de la salle du trône se trouvait un escalier menant à un des sousterrains, l´hérisson s´y engagea.
Le contenu des sous-sols n´était en rien négligeable, car il s´avèrait n´être autre que l´armée du roi de la folie meurtrière.
Black Doom arriva à destination, cela faisait pas mal de temps qu´il n´avait pas assisté à l´entrainement de ses troupes.
Et quelles troupes, elles étaient plus tarées les une que les autres, animées par un désir de donner la mort si intense, que s´approcher d´elles signifiait s´approcher de l´ultime soupir.
Les soldats allaient jusqu´ à s´entretuer lorsqu´ils arrivaient en période de manque sanguin. Mais les guerriers n´étaient pour le châtelain que de sordides pantins, des pâtes maléables à souhait, ainsi donc les voir tomber ne lui causait aucune tristesse, aussi infime soit elle.
Qu´ils s´entretuent ces larbins, la belle affaire, il y avait du sang donc de la mort, ce qui rendait Black Doom content, puis, il a tant de soldats, qu´un de plus ou de moins, qu´était ce donc tout compte fait ?
L´hérisson se fichait de tout, seul sa petite personne l´interessait.
Mais n´est il pas lui aussi un pantin si l´on regarde bien ?
Dans le château d´Eden, les marches des escaliers répercutent les pas du roi.
Un roi comme tout les royaumes en voudrait, noble et toujours préoccupé du bien être de chaque sujet.
La dernière torche allumée s´éteignit à son tour, les couloirs sont plongés dans l´obscurité.
Vu se qui attendait Cinos dehors, autant qu´il soit de suite envellopé par le noir.
Mais son âme est si valeureuse, qu´elle rendrait la vue à l´aveugle.
Ainsi donc marchait Cinos le hérisson, sans crainte, avec pour lumière sa sagesse.
Son instinct le guidant à travers le château, armant ses pas contre la chute, le roi atteignit le pont levis sans dommage et fit face au monde exterieur.
Là se cachait la peur de l´inconnu, mais Cinos lui barrait la route de son esprit.
A coeur vaillant bon destin.
A suivre...
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