Monsieur, cette matière est toujours délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte,
Mais, un jour, à quelqu'un dont je tairai le nom,
Je disais, en voyant des écrits de sa façon,
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements,
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
On s'expose à jouer de mauvais personnages.
Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme,
Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme,
Et qu'eût-on d'autre part cent belles qualités,
On regarde les gens par leurs méchants côtés.
Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps,
Cette soif à gâté de fort honnêtes gens.
Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre,
Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.