Pas génial, mais j’étais pas spécialement inspiré.
Révolution
Qu’on se le dise, Link était un mauvais roi. Taxes écrasantes, pendaisons journalière, et lois impitoyables étaient les maîtres-mots en son noir pays d’Hyrule. Sa Majesté, comme il aimait se faire appeler, était un homme mal rasé, aux longs cheveux blonds filasses. Son long manteau vert brodé de fils d’argent était bien la seule chose qu’il parvenait à garder propre. En effet, aux quatre coins de la salle du trône qu’il présidait s’empilaient assiettes, os, restes, coupes de vin... La liste était longue, trop longue que pour être énoncée ici. Certaines mauvaises langues (et Din seule sait s’il y en avait) racontaient que Sa Seigneurie aurait même perdu sa couronne dans la crasse. Or, c’est faux. Il la laissa sur la table d’une auberge, après une petite fête copieusement arrosée, et la remplaçait depuis par un bonnet incrusté d’émeraude. Mais revenons-en aux faits.
Ce jour-là, Sire Link était, comme à son habitude, vautré dans son royal siège à écouter les jérémiades de ses sujets. Ses yeux bleus mi-clos contemplaient la jeune femme d’une vingtaine d’années à ses pieds avec une certaine... fascination. Les vêtements en haillons de la paysanne ne suffisaient pas à enlaidir son resplendissant visage au teint frais, illuminé par deux pupilles azur éclatantes. L’esprit pervers et retors du roi voyait déjà la fille dans son lit, menottée, une chaîne au cou. Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres du monarque, qui écouta soudain plus attentivement sa proie.
« - ... là où je voulais en venir, Votre Altesse, c’est que...
- Pas d’inquiétude, femme. J’ai bien entendu ta détresse... »
Le semblant de dirigeant se leva non sans difficultés et descendit la petite estrade qui le surélevait. La fille, autant intimidée qu’effrayée, baissa les yeux. Son roi la saisit peu délicatement par le menton et releva son beau visage. Il écarta quelques longues mèches blondes et approcha sa face de la jeune femme. Le cruel seigneur dévorait du regard les courbes généreuses de son interlocutrice. Déglutissant nerveusement, il demanda :
« - Dis-moi... Quel est ton nom ?
- Zelda, messire, balbutia l’intéressée.
- Bien, bien... »
La dénommée Zelda sentit monter en elle la nausée. En effet, le souffle alcoolisée de Link la dégoutait au plus haut point. Lorsque l’affreux bonhomme s’éloigna, l’air pensif, elle fut soulagée. Mais son calvaire ne faisait que commencer. D’un claquement de doigt, l’homme en vert la fit saisir par deux de ses gardes.
« - Vous savez où « Mademoiselle » logera, je suppose ? »
Des rires gras lui répondirent.
« - Allez, dépêchez. Vous savez que je n’aime point attendre. »
Ce fut donc trainée au sol, les yeux embués de larmes que sortit Zelda. Ses pleurs l’accompagnèrent tout le long de son trajet jusqu’aux appartements royaux. On la jeta sans ménagement sur le lit, avant de lui attacher les poings. Au bout de quelques minutes, elle se redressa, l’air déterminé. Ses yeux saphir animés par une rage nouvelle, elle défit ses liens d’un mouvement sec du poignet.
« Les imbéciles... Sans même me fouiller... »
Elle sortit une courte épée à la garde mauve d’un repli de sa tunique et s’attarda un instant sur l’inscription gravée dans la lame. « Excalibur ». Etrange nom pour une dague si répandue en Hyrule. La jeune femme repéra les lieux. Un lit à baldaquin, quelques sofas couverts de coussins et une armoire à double battant remplissaient l’espace de la chambrée.
Classique.
Zelda passa la tête par une des fenêtres en ogive qui laissaient passer quelques rayons de soleil dans la pièce et siffla longuement une étrange chansonnette rappelant bizarrement le bruit joyeux des oiseaux de la forêt. Aussitôt, un hululement semblable à celui d’un hibou retentit à-travers les rochers entourant le château d’Hyrule. Ganon était bien prévenu. La révolution allait commencer.
En réalité, la blonde était une sorte d’appât. Elle devait attirer le roi Link dans un lieu à l’écart pour discrètement l’assassiner, tandis que Ganon, son acolyte, se chargerait de rassembler des troupes de paysans prêts à renverser leur souverain. Après trois jours d’attente dans le hall du palais, elle avait obtenu une audience. Et Link était bêtement tombé dans son piège.
Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas entendu la porte s’ouvrir. Ce qui l’alarma fut le pas lourd, presque claudicant du monarque. Et accessoirement son haleine. D’un mouvement leste, elle bondit sur Sa Seigneurie, qui, surprise, tomba à la renverse. La belle serrait le cou de son suzerain de toutes ses forces, mais l’être abject la renversa et prit le dessus. Il roula en arrière et attrapa une torche qui illuminait l’endroit pour la lancer, assez mollement, avouons-le, sur son assaillante. L’artefact brûlant passa au-dessus de la jeune femme, qui profita de ce royal raté pour se jeter sur le monstre humain. Zelda raffermit sa prise sur Excalibur et frappa. Sa lame s’enfonça dans la gorge de Link comme dans du beurre. Le monarque tomba au sol sur un cri étouffé. Un léger gargouillement, et c’en fut fini. Tandis que le sang colorait le riche tapis sous ses pieds, la révolutionnaire se sentit libre, enfin. Débarrassée du poids du tyran.
Elle tomba à genoux, et pleura, de joie. Longtemps. Trop longtemps. Effectivement, une patrouille de garde passait faire une rapide ronde dans les appartements royaux. Et une femme seule ne peut rien face à cinq mastodontes en armure.
Ce jour-là, son corps passa au travers d’une fenêtre du roi, pour tomber au milieu des manifestant enragés qui détruisaient le château d’Hyrule pierre par pierre.
Et ce jour-là, grâce à ce sacrifice, un peuple fut libéré.