Chapitre premier : Mémoires
"Aujourd'hui, la fièvre ne m'a pas quittée. Une nouvelle fois... Je pense que ma fin approche, toute chose m'entourant tente désespérément de m'en avertir. Aussi, durant ces heures qui seront mes dernières, je vais décrire la vie que j'ai menée, les bons moments comme les mauvais. Plus rien ne me retient désormais. Il est l'heure d'expier mes péchés, de repenser à mes crimes, mes folies. Les derniers fantômes qui me hantent vont être couchés sur papier.
Pentol."
Je naquis un jour de pluie, dans le beau pays de Zaël. À cette époque, cet endroit que l'on a injustement nommé "district", tel un lieu de réclusion, rayonnait de vie, de santé et de plaisir... Les villages prospéraient dans la paix, chacun aidait son prochain... Aussi, quand ma mère, Lalia, mourut en couche, mon père ne fut pas seul à m'éduquer. Le brave homme fut aidé par Calpurnia, un jeune femme de dix-sept ans, nourrice attitrée de la famille des Gerudos. À l'époque, elle allaitait l'unique enfant de la famille, Ganondorf Gerudos. Le bébé avait le même âge que moi, et le fait de téter au même sein nous rapprocha, si bien que notre amitié démarra ainsi. Jusqu'à nos quinze ans, nous effectuâmes les mêmes travaux, suivîmes la même éducation, nos vêtements semblaient provenir du même couturier. Mais ce jour là, Ganon et sa famille furent atteints par une terrible maladie qui n'épargna que lui. Calpurnia et mon père lui prodiguèrent les soins nécessaires afin qu'il puisse oublier ce terrible souvenir. Mais le virus lui laissa une terrible séquelle; la peau de mon ami perdit sa couleur blanche pour noircir, ses cheveux bruns devinrent roux, ses traits prirent l'apparence de ceux d'un démon. Mais il obtint tout de même de ce mal une récompense, le pouvoir de maîtriser une magie aussi sombre que la maladie qui l'avait rongé. Sa puissance devint celle d'un ours et chaque partie de son corps devint aussi dure que de la pierre. Les ans passèrent, calmement. Mes cheveux bruns devinrent très longs et je laissai une petite barbe venir piquer mon menton. Je ne fus jamais aussi musclé que Ganon, mais je compensais cette faiblesse par une grande intelligence et des dispositions importantes à la magie. Je m'amusai à enchanter plusieurs objets, dont une carafe que j'offris à mon père. Le pauvre homme mourut jeune, ne nous laissant que Calpurnia en guise de mère. À l'aube de ma vingtième année, l'ensemble de Zaël apprit que les autres états de ce bas monde déclaraient la guerre à notre belle nation. Étant les deux plus grands guerriers, Ganon et moi fûmes obligés de former des jeunes enfants au combat... Link, Ike, Orco, Banos... Je ne les citerai pas tous car je sens que mes larmes ne vont pas tarder à couvrir ce parchemin... À cette époque, je tuai quelqu'un pour la première fois... Une nuit, un groupe d'assassins pénétra dans la caserne où nous entrainions les jeunes. Le petit Banos tenait absolument à bien maîtriser la lance, aussi j'étais resté tard là-bas. Il frappait de toutes ses forces un mannequin quand une boule de feu surgit de la pointe de son arme. Il criait sa joie quand les ennemis entrèrent. Le gosse, enhardi par sa performance, tenta de réitérer l'exploit, mais une dizaine de flèches vinrent se planter dans son petit corps. Il tomba à genoux et deux larmes roulèrent sur ses joues enfantines. Ma rage monta en moi, et un pouvoir qui m'était inconnu éclata au grand jour. Une gigantesque lame sombre sortit de terre, et je fis sortir de sa lame un torrent de flammes. Tous les assassins moururent brûlés. Une fois la menace écartée, je me jetai sur Banos, mais la vie l'avait déjà quitté. Je passai la nuit sur son petit cadavre à pleurer...
"Je termine ainsi ce premier chapitre de mes mémoires... Toi qui me liras dans le futur, es-tu certain de vouloir connaître la suite de ce maelström que fut ma vie ? Je m'excuse des traces de sang que tu peux voir à cet endroit sur cette page, mais une quinte de toux me prend à l'instant... J'aurais dû écouter Ganon et me reposer..."