Chose promise, chose due !
Chapitre 10 : Knig Messager
Je ne parle pas beaucoup durant le repas. Mon voisin de tablée m'impressionne trop pour que je puisse émettre le moindre son. Arang, lui, s'exprime s'une voix calme et posée. Tout le monde l'écoute, quoi qu'il dise. La présence d'Ike à ma droite me rassure tout de même quelque peu. Je termine d'avaler une cuillerée de ragoût quand Orco frappe du poing sur la table. Il désigne du doigt quelque chose derrière moi. Je me retourne lentement et une vision d'horreur s'offre à mes yeux.
Une créature reptilienne de plus de deux mètres de long est dressée sur ses pattes antérieures. Son échine est couverte d'une fourrure argentée. Lorsqu'il darde son regard sur moi, je peux contempler son faciès hideux. Moitié humain, moitié lézard, il est secoué de tics nerveux. Ses deux grands yeux noirs dénués de pupille clignent à intervalles irréguliers.
Ma respiration s'accélère et l'envie de sortir mon fauchon me prend, mais Ike se lève, accompagné par Link. Le guerrier vert prend la parole.
- Que se passe-t-il Granos ?
La créature détourne ses globes oculaires de mon visage terrifié et fait claquer sa langue fendue avant de répondre d'une voix étrangement douce :
- Le Conseil des Knigs a parlé. Les règles des Jeux ont changé.
- En quoi ?
Le monstre s'éclaircit la voix.
- Votre champion ne pourra participer. Aussi, nous vous soumettons un dilemme. Soit l'ex-Knig Observateur Arang participe aux Jeux, soit le District de Zaël ne pourra plus jamais obtenir des bénéfices du Palais au cas où il viendrait à remporter le tournoi.
L'annonce jette un froid sur les combattants. Zelda se lève, mais Arang la saisit par le bras et la force à se rasseoir. Il quitte le banc et vient se planter devant le dénommé Granos.
- Dans ce cas, je participerai. Mais pourquoi ma femme ne peut-elle prendre part aux Jeux ?
- Ordre du Conseil.
- Je suppose qu'on ne peut rien y faire. Mais je veux récupérer mon instrument de guerre.
Granos colle ses pattes griffues, puis les écarte doucement. Au fur et à mesure qu'il éloigne ses paumes écailleuses, une énorme arme apparaît entre ses mains. Il plante l'épée nouvellement apparue dans le sol. La forme de l'objet est étrange, on dirait une canine. Mais une canine d'un mètre et demi au tranchant affûté.
- Je te remets Kenogan, Arang. Au revoir, habitants de Zaël.
Soudain, le Knig prend son élan et fait un bond gigantesque. De son dos poilu surgissent deux ailes de cuir tanné et le monstre s'éloigne dans les airs.
Arang reste figé un instant. Zelda s'approche de lui et le prend dans ses bras.
Ike et Ganon, qui n'ont pas soufflé un mot depuis l'apparition de Granos, se redressent et frappent du poing en hurlant que c'est inadmissible.
Orco et les trois sœurs Klen se lancent des regards inquiets. Kirby, lui, saute sur le banc à mes côtés et montre mon assiette entamée.
- Drake fini ? Kirby encore faim !
Je pousse le récipient dans sa direction et il sourit. Ensuite, il saisit la gamelle, ouvre une énorme bouche et engloutit tout le contenu. Ike et Ganondorf ont fini de râler et lancent avec rage qu'ils retournaient chez eux avant de s'éloigner à grand pas.
Link vient s'asseoir près de moi.
- Ne t'inquiète pas. On remportera quand même les Jeux !
Je secoue la tête.
- Il n'y a pas moyen de les faire changer d'avis ?
Le jeune homme hausse les épaules.
- Je ne crois pas. De toute façon, les Jeux n'ont lieu que dans un mois. Arang peut encore s'entraîner avant le début de la rencontre.
Il retient un bâillement.
- Tu devrais aller te coucher Drake. Demain, tu viendras avec moi pour aider Arang à récupérer ses réflexes de guerrier.
- D'accord... J'espère ne pas être un poids pour toi, ou pour le District en général.
Link sourit.
- Absolument pas. Notre groupe a besoin de voir de nouveaux arrivants...
Rassuré, je me lève et je serre la main de mon ami.
Kirby sautille sur place et m'accompagne jusqu'à ma maisonnette.
- Maison de Drake ! Maison de Drake !
Je tape dans la petite main que la boule rose me tend et il s'en va en courant, tout fier de lui. Je pousse la porte de chez moi en je peux observer l'intérieur. J'ai droit à un intérieur semblable à celui d'Ike. La pièce ronde possède aussi une cheminée où crépite déjà un feu. Je ne sais pas qui l'a allumé, mais je lui en suis reconnaissant.
J'ôte mes vêtements et je me glisse dans mes couvertures pour m'enfoncer dans un profond sommeil.