Voila, je vous avais proposé une petite histoire sur l´un de mes personnages abordés dans mon récit de Venise dans ces pages :
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Alors voici l´histoire de Giovanni Daleva, le Sicilien. En ésperant que ça vous plaira.
Première Partie : Palerme
Chapitre I
Du sang, les rues en étaient pleines, coulant au milieu de la rue, une rivière rouge s’écoulait paisiblement. Giovanni marchait au milieu des cadavres, il n’y avait pas un vivant autour de lui, seulement ces centaines de cadavres et tous les regardaient de leurs yeux morts, une expression de haine sur le visage. Ses forces l’abandonnèrent et Giovanni tomba à genoux sur les pavés tachés de rouge, juste devant lui, un corps vêtu d’une lourde armure et d’un heaume ne laissant pas paraitre son visage était allongé, un vouge lui transperçant le ventre.
« Mon roi, pardonnez moi… » Murmura Giovanni.
Brutalement, le corps se redressa et empoigna le jeune garçon par le col, l’entraînant vers lui avec force. Du sang commençait à s’écouler en abondance du heaume du roi qui l’appela par son nom plusieurs fois d’une voix lointaine, puis avec plus de force.
« Traitre ! »
Giovanni se réveilla en sursaut, couvert de sueur de la tête aux pieds, tremblant de tous ses membres, et vomit. Le jeune garçon n’avait guère mangé la veille au soir mais cela ne l’empêcha pas de régurgiter encore deux fois avant de finalement reprendre le contrôle de son corps et surtout de ses boyaux. Il resta allongé plusieurs minutes dans le noir, serrant contre lui sa fine couverture prise dans une habitation abandonnée de Palerme, où bien peut-être les habitants avaient ils été occis comme tant d’autres, tant de siciliens étaient morts, ses propres frères, et lui y avait participé, il avait assassiné son roi. Giovanni aurait voulut pleurer encore un peu, mais ses yeux étaient désespérément secs, il n’y aurait plus de larmes à verser.
« Ca va mieux fils ? » Demanda une voix derrière Giovanni.
Francesco, son « sauveur » de la veille était assit non loin de lui, sur l’un des créneaux de la muraille. Il l’avait emmené sur une portion de la muraille de Palerme, à l’abri des regards des vénitiens et le plus possible à l’écart des atrocités qui avaient suivit la prise de la citadelle. Comme dans tout siège, l’assaillant avait droit à quelques privilèges après la victoire, ou plutôt s’octroyait le droit de commettre des forfaits parmi les plus pervers, Francesco avait estimé qu’en un jour, Giovanni en avait déjà que trop vu. Le vieux soldat se sentait responsable de ce jeune garçon qui lui rappelait douloureusement le sien, mort des années auparavant, emporté par la maladie. Pour l’heure, les jours du garçon n’étaient pas en danger, le choc avait été brutal mais il allait vite le surmonter pour devenir un homme…ou bien le mal allait tout aussi rapidement le détruire, c’était l’un ou l’autre.
« Je veux rentrer chez moi. » Murmura le jeune homme en se rendormant. « Il faut que je rentre… »
Francesco resta muet, observant avec chagrin Giovanni se rendormir, le visage dans son propre vomi.
« D’accord, nous allons rentrer tous les deux. » Dit Francesco au bout d’un moment.
Bien sûr, Giovanni n’avait pas entendu, il s’était rendormit, et cette fois-ci, son sommeil ne serait troublé par aucun cauchemars. C’était plus une promesse faite à lui-même, il allait aider ce garçon à rentrer chez lui, il n’avait rien à faire sur le champ de bataille, il était encore temps de le sauver.
Le lendemain, le jeune garçon se leva en même temps que l’aube, le soleil s’élevait paresseusement à l’est tandis que Palerme pansait ses blessures. En bas des murailles, les habitants s’affairaient à ramasser les cadavres des siciliens sous la surveillance attentive de soldats vénitiens qui ne se privaient pas de les tourmenter, d’autres s’affairaient déjà aux portes de la cité qui avaient été détruites.
Francesco présenta sans un mot un seau d’eau devant Giovanni qui but abondamment et se lava le visage. Il fallut plusieurs minutes au jeune garçon pour se remettre les idées en place, pour faire le vide en lui et assimiler à nouveau ce qu’il avait vécu la veille. Curieusement, la tristesse était remplacée à présent par une douloureuse résignation. Mais soudain, des cris attirèrent son attention.
En bas, un soldat venait d’attraper une jeune fille par les cheveux et la tira brutalement, l’entrainant dans une ruelle, sous les hurlements de rires des autres vénitiens. Le visage de Giovanni se crispa, la colère montait en lui, il n’avait jamais souhaité la mort de quelqu’un jusqu’à aujourd’hui, mais cet homme, il voulait le tuer, et dans les pires souffrances, combien n’aurait-il pas donné pour que cet homme se soit fait tuer la veille, pour que ce soit lui et non le roi qui se soit fait transpercé par son vouge.
« Si tu le tuais, toi aussi tu mourrais, les autres se jetteraient sur toi avant que le premier ne soit mort, et un autre remplacera cette ordure dans la ruelle, tu ne peux rien y faire Giovanni. » Lui dit Francesco, lisant dans ses pensées.
« Je ne peux pas accepter une telle chose. » Répondit Giovanni avec colère. « Cette pauvre fille ne mérite pas ce qui lui arrive. »
« Tu dis cela parce qu’elle est une de tes compatriote, si elle était dans le camp de l’ennemi tu ne le penserais pas, tu serais même peut-être avec cet homme là en bas. »
« Non ! » Hurla Giovanni, dégouté par les propos de Francesco qu’il pensait être de son côté.
« Tu es encore jeune, la tête encore pleine des sermons des prêtres et de ta mère, la noblesse n’a jamais sauvé personne Giovanni. Personne ne nait mauvais mon garçon, on le devient, certaines personnes plus rapidement que d’autres, mais au final, tout soldat devient un jour ou l’autre comme cet homme là en bas. Lorsque quelqu’un voit les choses que nous avons vu, fait ce que nous avons fait, passe autant de temps si loin des siens, il est inéluctable qu’il devienne comme cette pourriture. »
« Plutôt me trancher la gorge que de devenir ainsi, et cela voudrait-il dire que vous aussi êtes comme lui ? » Demanda Giovanni.
« Oui, je pense que je suis depuis longtemps devenu ainsi, j’ai combattu bien des années pour la Sicile avant d’être enrôlé par les vénitiens. Dit toi bien une chose, d’un côté ou de l’autre, la guerre est pareille, il n’y a pas d’atrocités que les vénitiens ont commit que nous même avons fait. Et une dernière chose, à présent, les vénitiens sont les nôtres, la Sicile a disparut, ce n’est plus qu’une province de Venise, cet homme en bas est ton compatriote. »
« Plutôt me trancher la gorge. » Répéta Giovanni.
Les deux hommes n’échangèrent pas un mot pendant un long moment, en bas, le soldat vénitien sortit de la ruelle, un affreux sourire sur le visage, suivit peu après par la jeune fille qui s’essuyait les yeux et retourna aider les siens à dégager les cadavres des rues.
Des corbeaux croassaient au-dessus d’eux, descendant par moments pour tenter de tirer quelques morceaux de chaire sur les cadavres.
« Hier, tu m’as dit que tu voulais rentrer chez toi gamin, c’est toujours ce que tu souhaites ? » Demanda Francesco au bout d’un moment.
« Plus que jamais. » Répondit Giovanni en détournant son regard du triste spectacle qui se déroulait dans la rue.
« Je m’occuperais de tout, nous rentrons fils. »