Chapitre 48: L'amour triomphe de tout.
[Chanson thème : l’Aventurier – Indochine]
Lorsque je m’élance sur la piste, tu apparais.
Avec tant de netteté que j’ai l’impression de pouvoir te toucher.
Ne t’en fais pas.
Je gagnerai.
Pour toi.
Nous bondîmes à l’unisson sur la piste sableuse, nos foulées dévorant l’espace.
Départ foudroyant.
Nous étions coordonnés, presque symétriques. Les cris d’encouragements de Lugia Shiny s’estompèrent rapidement, bientôt couverts par le mugissement du vent. Ce même vent qui transformait mes crins en tornade enflammée mais qui n’effleurait qu’à peine Azur.
Nous galopâmes durant un bon kilomètre sans que personne n’arrive à devancer l’autre. Nous étions unis, nos paturons labouraient avidement la piste.
« Tu es bien mon clone », voulus-je dire à Azur.
Lugia avait visé juste en créant ce « Ponyta aquatique ». Notre plus grand adversaire n’étant pas nous-mêmes ?
C’est alors qu’un fleuve aux reflets turquoise se forma devant mes yeux ébahis. Oui, une masse aquatique aux méandres sinueux. Aucune échappatoire possible. Rien que de l’eau. Pour me déstabiliser. Vous ne pensiez tout de même pas que c’était destiné à Azur, non ?
J’évaluai la distance qui me séparait de ce « piège » ; ce serait tout juste, étant donné la vitesse à laquelle nous progressions. Au même moment, j’aperçus trois charognards planant au dessus de nous et poussant des cris stridents. Ah, saletés de Rapasdepics ! Sûrement pour moi. Tss… D’une rapide Danseflamme j’en envoyai un choir au sol. L’autre fut plus coriace ; il esquivait, insaisissable. Alors je m’énervai et le fis culbuter avec une Déflagration. Cette soudaine dépense d’énergie me fit ciller. Mon adversaire en profita pour prendre une bonne longueur d’avance.
Mon regard revint sur la piste. L’obstacle se dressait devant moi et j’eus à peine le temps de prendre mon appel pour survoler l’immensité liquide. Quelques Carvanhas sautèrent, tentèrent de saisir mes boulets… Un Ecrasement les calma.
Je constatai avec effroi que la distance me séparant d’Azur grossissait à vue d’œil. Mais avec tous ces obstacles… Lui vainquait tranquillement ce fleuve, les piranhas ne l’attaquaient pas… Eh, ça fait un peu trop de coïncidences, là !
Raaah… Evidemment, c’est un coup à la Lugia ! Toujours prête à tricher, celle-là !
Je tentai de rattraper Azur, m’enlevai d’un effort si désespéré que mes sabots arrachèrent le sol et le firent voler autour de moi. Je tendais chacun de mes muscles pour le suprême effort.
Pour toi, Tornade, je vaincrai.
Je repousserai le Peuple de la Mer pour entendre ta voix.
Dans le milieu d’un tournant, ma tête se rapprocha de plus en plus de la croupe de mon adversaire. Courage…
« Flamme », murmura une voix dans ma tête.
Tornade. Impossible. Elle ne pouvait me parler. Elle était avec le troupeau, peut-être à des milliers de kilomètres de là.
« Flamme, répéta mon hallucination de sa voix douce.
- Oui ? »
Azur me jeta un regard étonné. Ce n’était pas vraiment le moment de taper la bavette, j’en convenais.
« Flamme, je suis et serais toujours avec toi.
- Si on se revoit, ma bien-aimée…
- Nous nous reverrons, j’en suis sûr », intervint quelqu’un d’autre.
Waty. Le Kaiminus optimiste. Comment l’oublier ? Cendré se joignit à la conversation :
« Tu vas y arriver, Flamme.
- Pour nous, renchérit Waty.
- Pour le troupeau, corrigea Tornade.
- D’accord. Je vais essayer, promis-je.
- Va-y mon fils. »
Braise. D’une voix puissante mais légère comme une plume. Ainsi, il m’observait. Il comptait sur moi. Tous comptaient sur moi. Moi, le futur chef.
Je m’embrasai littéralement, usant de ma Boutefeu pour rejoindre Azur. Se sentant talonné, il s’affola et exécuta Aqua-Jet.
Boutefeu, Aqua-Jet.
Flèche de feu, siphon déchaîné.
Galopent.
Jusqu’au bout du monde.
Dans un élan fou, j’accélérai, jetant à tous vents mes ultimes ressources.
Les hennissements de Tornade me parvinrent, ses prunelles scintillantes m’électrisèrent.
La force de l’Océan surpassait-elle celle de l’Amour ?
Non, j’en étais convaincu.
C’est pourquoi les foulées d’Azur devinrent moins souples, son galop perdit en aisance.
C’est pourquoi je gagnai du terrain et me retrouvai à la hauteur de mon adversaire.
C’est pourquoi une nouvelle détente, plus puissante encore, me propulsa en avant, sur cent mètres de piste déserte.
Cent mètres.
Interminable.
Mais tellement court.
Mes foulées ne cessaient de croître, le paysage devint flou. Azur lâcha pied et hocha la tête, dans un geste aussi élégant que loyal. Lugia avait cessé de vociférer sur son champion, tout le monde s’était tu. Plus un mot, pas un cri. Cet hommage muet m’accompagna lorsque je franchis la ligne d’arrivée et que l’Hélédelle abaissa son aile.
Je ralentis et raccourcis mon galop. Là seulement je m’arrêtai et mon regard croisa celui de Ho-oh.
« Bravo, Flamme. Tu as été aussi énergique, aussi courageux que l’a été naguère ton père, le grand Braise, le célèbre étalon de feu », disait ses prunelles bienveillantes.