L’homme que j’admire :
- Oncle Shinon ! Oncle Shinon !
C’était une magnifique journée de printemps. Le soleil brillait, entouré de quelques nuages qui s’étiraient paresseusement. La lumière illuminait particulièrement une clairière, en plein milieu de la forêt. L’herbe, encore gorgée de rosée, se balançait au rythme d’une douce et légère brise. Les arbres, sur lesquels se perchaient les oiseaux, étendaient timidement leur ombre bienfaisante. L’air avait le parfum particulier du matin, un mélange d’herbe et de fleurs. Ces effluves, portés par le vent joueur et les chants des oiseaux, embaumaient la clairière tel un cocon protecteur.
C’était là que Shinon aimait s’entraîner. Il avait placé une cible sur l’arbre et décochait maintenant flèche sur flèche, ces traits de bois filant se ficher profondément dans la cible de chêne.
Mais ça, c’était avant l’arrivée de Rolf.
L’enfant aux cheveux verts arrivait comme une fleur, courant gaiement à travers la clairière. Son sourire éclatant de joie dissuada Shinon de le réprimander pour sa bruyante entrée. Après tout, pensait-il, ce n’est qu’un enfant. Il apprendra de toute façon le silence plus tard.
- Qu’y a-t-il Rolf ?
- Tu ne sais pas ?
- Pourquoi devrais-je le savoir ? Répondit, peut-être un peu sèchement l’archer.
Pas démonté par la rudesse de son ‘’oncle’’ pour un sou, le petit garçon lui répondit :
- Ben, parce que tu m’as dit que tu m’apprendrais à tirer à l’arc aujourd’hui !
Tiens, c’était vrai ça. Il y avait pensé en partant, c’est pourquoi il avait emporté l’arme qu’il avait conçue pour Rolf, adapté à sa taille et à son âge.
Shinon était très fier de son travail. Le bois, prélevé sur un arbre naissant, donc de bonne qualité, taillé en une souple tige lisse n’était ni trop courbé pour que le tir ne soit difficile, ni trop droit pour perdre en portée d’attaque. La corde venait d’un de ses propres arcs, dont il s’en était assuré la solidité. Il y avait ajouté des bandes de tissu pour éviter le frottement direct de la main contre le bois, comme il le faisait sur ses armes. Shinon savait bien que ce n’était qu’un arc d’entraînement, mais il n’avait pu s’empêcher d’y apporter un soin particulier. D’ailleurs, c’était la meilleure arme qu’il n’avait jamais fabriquée. Et ce n’était même pas pour lui. Peut-être, se disait-il, qu’il s’attachait un peu à ce gamin…
Rolf. Des yeux d’un vert clair, un peu trop grands et trop naïfs. Une faible carrure. Jamais il ne pourra être aussi fort physiquement que ses deux frères. Frapper sur quelqu’un nécessitait la force de tout le corps. Tirer une flèche demande moins d’efforts, mais davantage de précision. Le gosse pourrait faire un bon archer, avec de l’entraînement. Il deviendra sans doute mercenaire, pour suivre les autres. L’archer aux cheveux écarlates espérait juste qu’il pourrait tenir le coup mentalement. Mais il devait avoir confiance en lui.
C’est pour ça, qu’avec toute la patience et la pédagogie qu’il possédait, il entreprit d’expliquer à Rolf le maniement d’un arc. Puis il le regarda essayer de tirer dans la cible, sans grand succès.
Mais il progressera…
O0O
- Youpiii ! J’airéussiii !
Ce cri tira Shinon de ses pensées. L’archer était en train de nettoyer son arc que le sang d’un bandit avait Sali. Mais la voix de Rolf l’appelait déjà. Il posa son arme sur la table et se leva pour voir le petit garçon débouler dans la chambre qu’il partageait avec Gatorie, fou de joie et heureux.
Dans ces moments-là, Shinon pensait souvent qu’il était l’incarnation de la joie de vivre.
L’une des choses qui lui manquaient.
Alors il espérait que son protégé gardera la sienne.
Car qu´est-ce qu´une vie sans joie?
- Oncle Shinon ! Viens voir ! Viens voir !
Rolf agrippa sa main rendue rugueuse avec un contact prolongé contre le bois et les cordes et le tira vers le camp d’entraînement des mercenaires. Mais personne n´y était à cette heure.
Et là, l’archer aux cheveux rouges comprit.
-Bravo Rolf.
- C’est bien hein ?
- Très bien même. Avec de l’entraînement, tu atteindras peut-être mon niveau.
- Tu penses vraiment que je le pourrai ? Demanda le petit garçon, ses grands yeux le regardant, avec une étincelle de joie.
- Bien sûr. Mais il te faudra travailler.
-Je le ferai.
La flèche de l’enfant, décochée grâce à l’arme de l’homme, se dressait fièrement en plein centre de la cible.
Comme une stèle gardienne de leurs vies.
Et voilà. La 1ère partie n´est pas finie, je posterai la fin soit ce soir, soit dans les jours à venir.