Lili agitait prestement sa main en ma direction, un sourire ouvert aux lèvres. Sale peste…
J’ai atterri la tête la première dans l’eau déchaînée. Avec horreur, j’ai remarqué que je n’arrivais pas à rejoindre la surface, malgré tous mes efforts pour remonter. Le courant était trop fort, et je me faisais emporter sous l’eau. J’en ai avalé pas mal… de l’eau usée…
Je me sentais m’évanouir. Cette fois, j’étais vraiment foutu.
Par miracle, mon corps a apparemment rejoint la surface. Une colonne de fer. Sauvé…
Je m’y suis agrippé tant bien que mal.
J’ai tenu quelques minutes à peine, à moitié inconscient. J’ai cru entendre mon nom dans un cri de désespoir, quand quelque chose m’a heurté de plein fouet, me faisant lâcher prise sous le coup de la douleur. Impuissant, je n’ai pu que laisser le courant m’entraîner Dieu ne sait où…
Après un long moment, mon corps s’est échoué sur un sol métallique. J’étais incapable de dire si j’avais de la chance ou non.
Mais j’étais toujours en vie.
J’ai aucune idée de la durée de mon inconscience. Mais au bout d’un moment, quelqu’un m’a fait asseoir et m’a fait cracher l’eau qui était restée dans mes poumons. Rebecca ?
C’était elle. Elle paraissait profondément soulagée.
Quand j’ai recouvré totalement mes esprits, j’ai remarqué devant nous deux une pile de squelettes dans un triste état. Ils étaient déjà en train de pourrir. Peut-être des cobayes ?
Celui qui avait fait ça allait payer. En mémoire des vingt-trois personnes d’Afrique.
Quand j’ai déclaré ça, Rebecca m’a regardé avec surprise.
Le 25 Juillet 1997. Je revoyais dans ma tête ce jour maudit. Là où tout a commencé… le visage convulsé des victimes, le sifflement des mitraillettes, l’odeur du sang…
Après m’être relevé, j’ai rapidement inspecté mes affaires. Le talkie-walkie était désormais totalement inutilisable. Inutile de s’en encombrer. Je l’ai jeté dans l’eau qui l’a emporté.
Mon flingue. C’était plus un pistolet à eau maintenant. Enfin, j’ai fait du mieux que j’ai pu pour en retirer un maximum. Mon journal… l’encre a coulé et les pages sont mouillées. Super.
- Qu’est-ce que c’est ? me demanda Rebecca.
Elle avait vu le bouquin. Je l’ai remis vite fait dans l’une de mes poches.
- C’est rien… au f…
Machinalement, j’allais m’apprêter à lui parler de ma rencontre avec Lili. Mais finalement, j’ai décidé de ne rien lui dire. Ce n’était pas la peine de l’inquiéter avec ça. Puis cette rencontre aura sûrement été la dernière.
Enfin, je supposais. J’espérais, plutôt. J’arrivais pas à la cerner. Qu’est-ce qu’une fillette comme elle faisait dans un endroit pareil ? Elle habitait ici ou quoi ? Elle avait l’air de tout connaître de moi, elle savait pour Rebecca…
Elle était si étrange…
Un crapaud géant. Ils auront vraiment tout fait. Cette saleté a voulu nous lâcher qu’après s’être mangé une rafale de balle dans le corps.
La montre de Rebecca indiquait 6h22 du matin. Et pourtant, on se sentait pas du tout fatigués. Au contraire, plus l’heure avançait, plus notre progression accélérait.
On enchaînait nos actions de plus en plus vite. Nous ne faisions que courir en explorant rapidement les environs à la recherche d’une issue.
Le neuvième niveau de l’usine. On marchait d’un pas rapide quand des bruits de pas se font entendre dans notre dos. Un monstre… encore. Mais celui-là était différent. Un espèce de zombie… il avait une silhouette humaine en tout cas. Son corps était blanc et couvert de plaques rouges. Son… cœur, si on pouvait appeler ça comme ça, était démesuré et battait avec force. Et il nous regardait d’un air terriblement féroce. Instinctivement, j’ai fait un pas en avant devant Rebecca.
Il aura fallu une bonne trentaine de balles pour qu’il s’écroule, sans compter le lance-grenade de Rebecca et le fusil à pompe. C’était limite, mais nous n’avions pas subi trop de dommages. Le monstre était assez lent et ses coups étaient prévisibles. Les poupées de Lili avaient été bien plus dangereuses.
La salle d’incinération. Ça aurait pu être un endroit tout à fait normal si la pièce n’était pas envahie par des sangsues. Tandis que je regardai autour de moi, sur le qui-vive, un homme roux tirant sur le brun apparut sur la passerelle au-dessus de nous.
Ce visage… je l’avais déjà vu, j’en suis sûr… c’était le visage de l’homme que j’avais aperçu à l’extérieur du train. Je lui ai demandé son identité, alors que Rebecca n’a pas ouvert la bouche, comme intimidée.
En guise de réponse, son visage s’est… vieilli, en l’espace de quelques secondes. C’était pas possible, je rêvais… c’était du fantastique que j’avais sous les yeux ! C’est techniquement impossible de faire une chose pareille !
Des zombies, des monstres, des jouets vivants, des transformations… si j’avais pu imaginer une seule seconde que toutes ces conneries étaient en fait… réelles…
Finalement, l’homme s’est transformé en véritable vieillard. Même sa voix. Il a prononcé un long discours sur son passé que j’écoutai à moitié, les sens en alerte.
« Bon ! Pour rejoindre l’usine du vieux Marcus, il faut aller par là… »
Ces paroles me revinrent en tête. Cet homme serait-il celui dont Lili parlait ?
Mon hypothèse se confirma. Il annonça solennellement s’appeler James Marcus. Apparemment, il s’est fait assassiner, mais ses sangsues intelligentes ont pénétré dans sa bouche et l’ont… ressuscité... lui donnant la faculté de vieillir ou rajeunir à sa guise.
Un vrai film…
Il veut se venger des hommes qui l’ont tué. Avec ses sangsues, il a déclaré qu’il les retrouvera, et peu importe le nombre de vies gâchées pour ça. J’étais indigné et je me gênai pas pour lui dire clairement ce que j’en pensais. Il n’a pas fait attention à ma remarque et s’est mis à rire.
Un rire qui s’est transformé en une grimace. Rebecca a mis sa main sur sa bouche. Marcus a commencé à cracher un filet de liquide visqueux, vomissant quelques sangsues au passage.
Des dizaines d’autres sangsues sont sorties de sa bouche et se sont jetées sur le corps de leur maître. La fusion a donné un monstre difforme, semblable au « zombie-sangsue » qui avait attaqué Rebecca dans le train, mais il dégageait une puissance bien plus terrible encore. Dans un cri inhumain, il a sauté par-dessus la passerelle et s’est préparé à l’attaque.
Moi aussi, j’étais prêt à en découdre. C’était l’heure d’en finir. Rebecca a hoché la tête et on a foncé.
Pas simple… le truc crachait de l’acide à chacun de ses mouvements et il se servait de ses tentacules comme de véritables fouets.
Notre survie ne dépendait que de nos capacités.
Sans réfléchir, je vidai et rechargeai mon revolver dès qu’il en avait besoin. Le monstre se rapprochait mais je ne cherchai même pas à m’enfuir. Au contraire, plus le danger était imminent, plus les balles volaient de plus en plus vite en s’enfonçant dans son corps flasque.
Trois chargeurs de fusil, huit de pistolets, cinq grenades… il s’est enfin écroulé. Juste au moment où ma dernière balle partait. Quelle veine…
Des clés ont brillé par terre. On les a prises et utilisés sur l’ultime porte de sécurité de la pièce.
Un monte-charge. Rebecca s’y est précipitée. Moi, j’ai inspecté vite fait aux alentours, où se trouvait une étagère gorgée de munitions. Je m’en suis emparé et en ait donné à Rebecca.
Elle a poussé un soupir de soulagement et a actionné la machine, qui a commencé sa longue montée.
Lentement. Trop, peut-être. La porte qu’on vient d’emprunter s’est faite défoncer par la créature qu’on croyait morte. J’ai poussé un juron en voyant qu’il n’y avait aucun moyen de faire accélérer cette maudite machine.
Et le monstre gravissait la pente tellement vite que le choc fut inévitable. On se fit éjecter de l’appareil en atterrissant dans un héliport. En même temps, une alarme s’est déclenchée et une voix féminine a annoncé la destruction imminente du secteur. Génial.
J’ai l’impression que le truc a doublé de volume. Encore plus lent mais plus dangereux.
J’ai bien fait de prendre les munitions, et quand j’allais tirer, un rayon de soleil a éclairé le monstre qui s’est convulsé dans des cris perçants. Le toit de l’héliport s’était entrouvert. Rebecca m’a aussitôt fait la remarque que la reine sangsue, comme elle l’avait baptisé, était apparemment sensible à la lumière du soleil. Je lui ai proposé qu’elle ouvre totalement le rideau de fer pendant que moi, je distrayais la reine. Elle a accepté avec une lueur d’inquiétude dans les yeux.
Pendant quelques minutes qui me paressèrent une éternité, je devais éloigner le monstre de Rebecca, en priant pour qu’elle fasse le plus vite possible.
Quatre ou cinq minutes plus tard, il ne restait plus qu’une manivelle à actionner. Mais je me suis rendu compte avec horreur que je n’avais plus de munitions. Et la créature se dirigeait droit sur Rebecca. Heureusement, elle a activé le dernier mécanisme juste à temps. J’ai vraiment cru que c’était fini pour elle.
Le rideau de fer s’est enfin écarté et la lumière du jour a envahi toute la pièce. Le monstre a commencé à se décomposer lentement, mais il ne mourrait pas. Par contre, il se tordait dans tous les sens et a fini par nous propulser aux coins de la pièce, dans un accès de rage. Je me suis relevé et j’ai vu Rebecca, triomphante, m’appeler en me lançant un Magnum de puissant calibre. Il était magnifique, mais je ne me suis pas attardé plus longtemps sur l’objet. Le compte à rebours annonçait une minute. Sans perdre de temps, j’ai visé la créature qui s’était retournée vers moi, et ait pressé la détente.