Chapitre XX
Partie 1: La Ville du Désert
Apres cinq jours de marche, nous atteignîmes les portes de la ville du désert. En entrant, je pus constater que les rues n´étaient pas pavées -le sable n´étant pas un support de construction très stable- et que les bâtiments étaient faits de briques d´argile, ce qui leur donnait à peu près la même couleur que le désert environnant. Cette ville avait un charme bien particulier, dommage que je ne puisse y rester qu´une journée...
Trear partit vers la place de la Ville pour acheter de l´équipement tandis que je me dirigeai vers le comptoir de la guilde en compagnie de Pepito et de Nalia. J´allai franchir la porte quand un sinistre individu bondit en travers du passage, me barrant la route. Il était drapé dans une cape noire dont la capuche cachait une partie de son visage, et dont les formes laissaient à penser que des armes étaient dissimulées au-dessous. Il leva la tête, et je pus apercevoir ses yeux, des yeux brillants qui n´inspiraient pas confiance... Je m´apprêtais à dégainer quand il prit la parole:
-"Hé, mon gars, t´as pas 50z pour un pauvre homme dans le besoin qui peine à nourrir sa famille?
-Gné? Heu, attends, je vérifie...
Je fouillais dans la petite sacoche accrochée à ma ceinture et en sortis... 8z. Pas de bol, j´étais fauché.
-Ben, non, j´ai pas assez d´argent... Par contre, je peux te donner ceci, c´est de la nourriture.
Je sortis une petite boite faite de paille et de feuilles séchées et la lui tendis.
-Merci bien mon gars!
-C´est naturel...
L´individu s´écarta, nous laissant entrer dans le hall.
-Je te trouve bien généreux aujourd´hui..." remarqua Nalia.
-"Bah, tu sais, la boite que je lui ai donné...
-Oui?
-C´était une ration! J´aimerais bien voir la tête de ce pauvre homme quand il va y goûter! C´est nourrissant, mais... Beurk!
-... C´est pas malin.
-Tu manques d´humour...
Pépito scruta la salle en caressant ses moustaches:
-Il n´y a pas l´air d´y avoir beaucoup dé places... Yé vé chercher à boire, en attendant, trouvé oune table libre...
La salle étant bondée, je ne trouvais aucune place libre. Me dirigeant vers le fond, j´aperçus une petite table occupée par un chasseur seul, qui semblait broyer du noir. Je le reconnus immédiatement. Il s´agissait du lancier que j´avais rencontré dans la Ville du Sud... Argo! Je m´asseyais en face de lui:
-Salut!
-Ksaï? C´est bien toi?
-Hein? Attends.
Je pris une petite cuillère et y mirai mon reflet.
-Ouf, tu m´as fait peur, un moment j´ai cru que ce n´était pas moi...
-...
-Hem... Bon. Et qu´est-ce que tu fais si loin de chez toi?
-Maintenant, chez moi, c´est ici...
-Tu habites dans cette ville?
-Non...
-Tu ne m´as pas l´air bien bavard... Aurais-tu des problemes?
-On peut dire ça...
-Explique, je pourrais peut-être t´aider...
-J´en doute, mais si tu insistes...
-J´insiste.
-Bon. Je vis dans un petit village construit près d´un oasis, dans le désert. Il est assez isolé, et la Guilde n´y est pas présente. Depuis quelques temps, un seigneur de guerre sévit dans cette région... il a monté une armée puissante, et il s´empare de tous les points d´eau de la région. Le plus aberrant est que la Guilde ne fait rien pour le stopper. Il a déjà détruit plusieurs villages. Et il y a deux semaines, un de ses messagers est venu trouver notre chef. Il lui a dit qu´on avait quinze jours pour quitter les lieux. Evidemment, le chef a refusé. Cet oasis est le seul point d´eau à des kilomètres, nous ne pourrions pas survivre sans. Demain à midi, les quinze jours seront écoulés, et l´armée ennemie donnera l´assaut. Je suis venu ici pour chercher de l´aide auprès du responsable de la Guilde, ou, au pire, réunir assez de chasseurs pour former un groupe capable de résister...
-Il n´y a pas de chasseurs dans ton village?
-Si. Trois. Le chef, moi, et un autre gars. Cela fait peu, non?
-En effet. Et tu as trouvé des gens prêts à t´aider?
-Non. La Guilde ne veut pas s´en mêler et les chasseurs craignent de se faire tuer pour une cause qui n´est même pas la leur. Je suis seul.
-C´est bon, je t´aiderais.
-Merci, mais non. A deux, on ne pourra rien faire. Tu tiens vraiment à mourir inutilement?
-J´ai dit que je t´aiderais, donc je t´aiderai. On est ami, non?
-... Merci.
Nalia s´assit à la table, suivie de Pépito qui portait un tonneau de bière et trois choppes.
-Argo, je te présente Nalia et...
-PEPITO!!!
-ARGO?
-Vous vous connaissez?
-On habite le même village!
-Je vois... C´est lui le troisième chasseur.
La conversation s´engagea. Quand il apprit la nouvelle Pepito bondit sur ses pieds -se trouvant dans le désert au moment des évènements, il n´avait pas été prévenu- :
-Cé oune catastrophe! Lé village va être détrouit! Comment il s´appelle, cé seigneur dé guerre?
-Il a de nombreux noms. Ses partisans l´appellent "le Roi Wyvern"; nous, on l´appelle... Jonhy.
-Jonhy? Etrange... Bon, trêve dé discoussions, il faut partir tout dé souite!
Je me levais:
-Pas de problème. Nalia, tu viens?
-Où tu iras, j´irais.
-Formidable! Qu´est-ce qu´on attend?
Nous sortîmes du hall, direction la place de la Ville pou récupérer Trear. En chemin, je fus arrêté par le mendiant.
-NON MAIS CA VA PAS DE ME DONNER UN TRUC AUSSI DEGUEULASSE?
-Du calme, c´était une petite blague...
-UNE BLAGUE? JE N´AI JAMAIS RIEN MANGé D´AUSSI INFECT! J´AI FAILLI VOMIR DES LA PREMIERE BOUCHéE!
-Tu veux manger? T´as qu´à travailler.
-Mais j´ai un travail! Je suis chasseur, moi aussi!
Il ôta sa cape. Il semblait radicalement différent sans. Pour le décrire, je dirais qu´il était petit, barbu et bedonnant -ça veut dire "avec un gros ventre"-, il portait une armure qui lui donnait l´air d´un vélociprey -avec un gros ventre...- et il était armé de deux énormes couverts -un couteau, une fourchette...-.
-Permettez-moi de me présenter; je suis Monsieur Chereau, mais ici, on me connait mieux sous mon nom de chasseur... Stalker.
-Vous avez une armure bien étrange...
-Ah, c´est tout une histoire... J´étais jeune chasseur, et je me suis fait prendre par surprise par un Velociprey, qui m´a avalé d´un trait! Comme j´avais faim, je l´ai à mon tour mangé de l´intérieur, ne laissant que sa peau, que j´ai utilisé pour me confectionner cette armure! Incroyable, non?
-Tellement incroyable que j´y crois pas...
Il ne prêta pas attention à ma remarque.
-Voyez-vous, je suis un épicurien. Je parcours le monde à la recherche des mets les plus délicieux. L´epicurie est ma religion, la table est mon lieu de culte, la nourriture et la boisson sont mes divinités. D´ailleurs...
-Oui, bon, c´est pas qu´on a pas le temps, mais... On a pas le temps. Donc voila ce que je te propose. Nous allons dans un endroit où la boisson coule à flots et où la nourriture est divinement bonne. Cela te dirait de nous accompagner?
-S’il est question de manger, la réponse est oui!
Et voila, un nouveau chasseur de recruté pour défendre le village. Il y a des fois ou je m´impressionne.
Sur la place de la ville, c´était la pagaille. des mosswines couraient dans tous les sens, les gens tentaient de les éviter, des débris de bois jonchaient le sol...
Trear se dirigea vers nous:
-Salut! Quand est-ce qu´on part?
-Trear... C´est toi qui...
-Ah, ça? Oh, c´est rien... Aujourd’hui, c´est le jour du marché, et y´avait un gars qui vendait des mosswines... Tu sais à quel point je déteste ces bêtes là... Je n´ai pas pu me retenir, j´ai tiré dans le tas -de mosswines-, ils se sont échappés, et... Voila. Je ferais mieux de pas m´éterniser ici...
-Ca tombe bien, on y va.
-On va toujours au village de Pépito?
-Oui, oui...
-Génial!
Nous passâmes les portes de la ville. Au moment de se mettre en route, je posai ma main sur l´épaule d´Argo:
-Au fait, qu´est-ce qui t´oblige à défendre ce village? Qu´est-ce qui t´empêche de le quitter? Tu n´y es pas né, si?
-J´ai... J´ai une femme, la bas. Elle est tout pour moi. Je ne pourrais pas l´abandonner.
-Je n´ai pas tout compris mais bon... Allons-y.
Nalia sourit:
-Ah, l´amour...
-A tes souhaits.
-Quoi?
-Quand quelqu´un sort un mot difficilement prononçable ou qui n´existe pas, il faut lui dire "à tes souhaits"!
-Mais "amour" n´est pas imprononçable!
-Non, mais c´est un mot qui n´existe pas, non?
-...