en esperant qu´il vous plaise...
Chapitre 32
Je m’étais rapidement éloigné des deux intrus, les laissant dépecer le géant ; les composants de monstres ne m’intéressaient pas plus que la vie…
Plongé dans mes pensées douloureuses, je ne m’aperçus pas du temps qui s’était écoulé lorsque je fus rentré à la guilde.
« Bah alors, Kenny, me dit Krimson lorsqu’il me vit, qu’est-ce qui t’arrive ? Et où elle est Pauline ?
- Je déprime parce qu’elle est morte justement… lui murmurai-je sans le regarder
- Elle est… Ah bah merde… Hum… Viens, suis-moi dans la cuisine, ça va te remonter le moral de voir toute cette bouffe ! »
Il se leva et, le regard vide, je le suivis jusque derrière le comptoir, et à travers une porte, pour ensuite me retrouver dans une immense pièce blanche remplie de diverses odeurs appétissantes.
Le plupart des cuisiniers étaient félins, mais il y avait quelques êtres humains ici et là.
« HENRY ! gueula Krimson par-dessus le bruit des casseroles et des couteaux
- Oui ? répondit un petit homme d’environ trente ans depuis l’autre côté de la pièce
- Ah ok, t’es là bas. remarqua Krimson, qui continua de parler une fois que l’on était près de l’individu. Je te présente Kenneth, il a pas vraiment le moral là, alors je me demandais si tu pouvais pas lui préparer un petit truc pour lui remonter le moral ?
- Je crois avoir ce qu’il faut… Hank ! appela-t-il. Hank !
- Nia ? lui fit un melynx que je n’avais pas remarqué alors qu’il était juste à côté de moi
- Vas me chercher le prototype, ET PLUS VITE QUE ÇA !
- Prototype ? demandai-je
- Oui, c’est un aliment que j’ai plus ou moins inventé, mais je sais pas s’il est encore au point… C’est fait à bas d’un étrange légume – un peu comme une pomme, sauf que ça pousse dans la terre – et je le coups en petits bâtonnets carrés, je les fait frire, et je les sale un peu.
- Ça a l’air dégueu, répondis-je. Et puis c’est une plante ! Ça se mange pas une plante, c’est… vert ! Ou des fois ça l’est même pas !
- Kenneth, me dit Krimson, je sais pas comment te le dire, mais… Y’a des gens qui mangent des plantes…
- BEEEERK !
- Eh ouais…
- Nia, voici le plat, Monsieur Henry. fit le chat qui, apparemment, était revenu
- Voilà, goûte moi ça avant de dire d’autres conneries ! » de fit le cuistot
Je pris un des bâtonnets du bout des doigts et, lentement, mordis dedans, pour m’apercevoir, dès que l’aliment rentra en contact avec ma langue, que c’était tout simplement délicieux.
Je termina en une demi bouchée ma frite – c’est un bon nom ça, ‘‘frite’’ – et, prenant le plat d’une main, je me goinfrais de ces délicieuses choses qui me faisaient presque oublier mon désespoir.
En deux minutes, l’assiette était vide, et Henry en conclu qu’il pouvait rajouter les frites – lui aussi il aimait bien le nom – au menu.
« Z’êtes un bon cuisinier. dis-je à Henry. Vous m’avez fait aimer les plantes… Même si maintenant je déprime encore plus parce que y’a plus de frites.
- Je t’en ferais à mon retour, t’inquiète pas !
- ‘‘Retour’’ ? Vous allez où ?
- Moi et Hank on va chasser un kut-ku bleu, on en trouve que dans la région de Kokoto, alors je serais pas là pendant quelques jours, et…
- Kokoto ?
- Oui, c’est cela même, et…
- Bah je vous accompagne ! Je viens de Kokoto et j’ai bien envie d’y retourner un p’tit moment !
- Ah oui ? Tant mieux, je ne connais pas vraiment la région, tu pourras bien me guider ?
- Bien su…
- Hem ! fit Krimson, qui se sentait un peu hors sujet
- Donc, comme je disais, bien sûr, faut juste que j’aille faire un truc et j’arrive. »
Je sortis de la cuisine, à la fois enthousiaste mais triste, rentrai dans ma chambre – facilement reconnaissable, y’a ‘‘MAX’’ écrit en gros sur la porte – et en ressortis avec une armure – ou plutôt un manque d’armure – qui exprimait bien mon désir de mourir : je ne portais qu’un simple pantalon noir, et mes lunettes. J’avais pas l’air con.
En arrivant en bas, je vis que Henry avait lui aussi changé d’accoutrement : il portait à présent un immense toque, avec un motif de patte de chat, un beau tablier propre, avec le même motif, et divers outils de cuisine étaient accrochés à sa taille. Hank, quand à lui, n’avait qu’un gros couteau comme arme, une espèce d’énorme hachoir.
Krimson, vêtu de son habituelle armure de khezu rouge, était assis à une table, parlant à Grégory :
« Y’a des gens qui passent leur vie entière dans un bar… Rien qu’hier y’a un mec il est resté assis onze heures à côté de moi !
- On est prêt ! » s’écria Henry, caressant sa fine moustache du bout de ses doigts – eh bah oui, il a moustache
Il ramassa un lourd sac, et le jeta a Hank, qui semblait devoir s’occuper de toutes les taches de ce genre…
***
Le désert ne fut pas dur à traverser, et je pus goûter aux sushi de cephadrome.
« Le seul plat de viande qui se mérite d’être mangé cru ! » avait-il même dit, contre mon opinion.
Lorsque nous arrivâmes à Kokoto, par contre, sa joie et sa bonne humeur le quittèrent tout de suite, et mes pensées sombres ne firent que s’aggraver : le spectacle n’était pas très plaisant à voir.
Toutes les maisons, tous les bâtiments, eurent étés brûlés, ne laissant que des ammassis de poussière, de cendre, et de bois là où je les avais vu la dernière fois…
Tous les habitants étaient morts, certains brûlés, mais la grande majorité d’entre eux avait été étripée, massacrée… Certains corps portaient même des traces évidentes de torture !
Je vis les corps de toutes les personnes que je connaissais, y compris l’Ancien, Alex, Milo et Korlash !
Il y avait du sang et des tripes partout, et, ayant l’impression d’avoir déjà vu ça quelque part, je me dis également que ça avait l’air récent, peut-être assez récent pour…
Je m’approchais du cadavre d’une jeune femme – celle qui habitait derrière chez moi et qui restait tout le temps debout devant sa porte ouverte, comme une cruche – lui déshabillai le bras, et enfonçai profondément mes dents dans sa chaire molle et juteuse, n’écoutant pas les blasphèmes d’Henry à mon égard…
« … Barbarie ! Non mais quelle barbarie ! En plus d’être sadique il est cannibale ! Et en plus il mange sans faire cuire sa viande ! Sans accompagnements ! Sans ces p’tits oignions qu’on fait frire pour aller avec le steak de gypcéros ! Oh mon Dieu quelle barbarie ! Et entre les repas en plus ! Sans même se laver les mains avant !
- T’as goûté au moins avant de l’ouvrir ? lui rétorquais-je, passant à l’autre bras
- Quoi ? Non mais Hank, tu te rends compte ? il regarda autour de lui. Hank ?
- Nia, mais il a raison, c’est délicieux ! s’exclama le melynx, assis près de moi
- BLASPHEME !
- Ta gueule, j’essaye de me souvenir où j’ai déjà vue une tuerie dans le même genre...
- Oh, parce qu’en plus Monsieur a vu tellement de tueries qu’il ne sais plus laquelle ressemble à celle-ci !
- Aha ! Je me souviens ! m’écriai-je en me levant, laissant tomber l’avant bras entamé au sol
- Ben voyons… fit Henry, sceptique
- C’était justement dans le désert qu’on a passé ce matin, tout était mort, comme ça, sauf que c’était des genpreys, des apceros, et des chats…
- Nia ?
- Exactement. Et ici c’est assez frais, alors la chose qui a tué tout ça ne doit pas être bien loin…
- Eh eh ehhh !
- Ta gueule Toutu… TOUTU ?!
- Lui-même ! fit le chasseur en armure garuga et en peignoir rose
- Pourquoi t’es parti l’autre fois ? Et pourquoi t’as pris mon arme ?
- Bah en fait j’avais faim en plein milieu de la nuit, alors j’ai tâté autour de moi, pour trouver un truc, et ma main est tombée sur quelque chose de long et de dur… Alors, comme j’étais à moitié endormi, bah j’ai mangé ton épée et, honteux, je me suis enfui…
- T’inquiètes pas, ça arrive à tout le monde…
- Non mais c’est quoi ces conneries ?! s’écria Henry
- Eh eh ehhh ! lui fit Toutu, puis, se tournant vers moi : Alors, vous faites quoi ?
- Bah on cherche la connerie qui a tué tout ça…
- Ah, euh…
- Oui ?
- Nan, rien…
- Bon, Henry, on a un kut-ku à chasser, non ?
- QUOI ?! TOUS CES MORTS ET TU VEUX QU’ON AILLE CHASSER UN KUT-KU ?!
- Bah ils sont morts, on peut plus rien y faire…
- Eh eh ehhh. rajouta Toutu, soulignant mes paroles
- … Bon, merde ! Hank ! Prends le sac ! »
Le monstre n’était, évidemment, pas dans son nid, même si c’est la que, comme d’habitude, nous restâmes, préparant un piège.
La grotte était une grotte typique pour les nids de wyverns, large, ouverte en haut, une corniche sur le côté, et une meute de vélocipreys l’occupait.
N’ayant – volontairement – pas pris mes armes, je tuai, sous les ‘‘barbarie’’ de Henry – qui se battait avec ses ustensiles de cuisine, allez savoir lequel est le plus barbare – les monstres à mains nues, et, alors que je plantais mes doigts dans les yeux du dernier et que le cuistot plantait sa spatule dans son crâne, Toutu s’écria :
« Ça y est ! J’ai fini le piège ! » en se poussant sur le côté, révélant une fosse, avec des pieux au fond, recouverte de branchages, puis de saletés, avec un fabuleux appât tout en haut : Hank, ligoté, bâillonné, forçant des ‘‘Nia’’ et des ‘‘Je suis pas assez bien payé pour ça’’.
« C’est parfait, y’a plus qu’à attendre le zozio ! » m’écriai-je, quelque peu réjouit par la très proche mort du kut-ku…
***
Il fut plus long à venir qu’on ne le pensait, et on attendit bien cinq heures, tous les quatre : Hank bâillonné, Henry plongé dans ses pensées, comme pour ne pas voir les ‘‘horreurs’’ que Toutu et moi commettions : il jouait avec les cadavres pendant que je les mangeais.
Enfin, nous entendîmes un cri strident, provenant d’en haut – bah il va pas venir par en bas le piaf – et, alors que nous savions ce qui arrivait, nous levions tous le regard, par simple curiosité – à l’exception de Hank, qui avait l’air de vouloir surveiller le kut-ku.
Lorsque la bête eût atterri, je pris une pierre, relativement grosse, et courus vers le kut-ku, plus vite qu’à mon habitude, car je n’avais plus d’armure pour m’alourdir.
Toutu, dégainant son épée courte, sautillait joyeusement vers le monstre, alors que le cuisinier, sortant divers ustensiles, fonça droit sur la bête, bien décidé à ne pas me laisser m’en charger, car il fallait bien que le monstre soit en état mangeable, non ?
L’oiseau bleu, qui n’était intéressé que par le chat ligoté par terre – et incapable de ramper car Toutu avait fixé les cordes et les branchages ensemble en entortillant les couverts du sac autour – ne vis pas ma pierre venir, et mourut d’un simple coup sur la tête.
« Ah nan ! C’est pas marrant là ! hurlai-je, déçu
- Bon, au moins j’aurais assez de viande pour le kut-ku bleu au curry… murmura Henry
- Nia ! Quelqu’un pourrait venir me détacher ?
- Tais toi, Hank, je réfléchis ! cria le cuistot
- On va p’tet’ se barrer, chuchotai-je à Toutu, lui montrant que j’avais déjà les yeux du wyvern dans la main
- Ça serait pas une mauvaise idée… » me chuchota-t-il en retour
Et c’est sur la pointe des pieds que nous quittâmes le repère du monstre, mâchant chacun un de ses globes oculaires…