allez, la suite, et bonne lecture
Chapitre 6
Une fois ma main désinfectée, soignée, et bandée, je me mis en route pour l’armurerie, où Korlash et Karen devaient m’attendre. Au moment où je rentrais, Alex, l’armurier, donnait une tassette à Karen, elle semblait être faite à base de gigantesques plumes. Karen l’enfila, et, remarquant que ce dernier élément complétait bien son armure, je restais là, à la fixer, immobile. Elle me vit et avait soudainement l’air mal à l’aise et quitta l’armurerie. Bizarre.
« Qu’est-ce que tu fais ? me demanda Korlash.
- Hein, euh, rien. Tu voulais qu’on fasse quoi ici ?
- Bah, passe moi tes morceaux de vélocipreys. »
Je le fis, et il les donna à Alex, lui parlant à voix basse.
Ce dernier approuva d’un hochement de tête, et me dit :
« Viens, Kenneth, suis moi jusque dans la salle de derrière. »
Je suivis mon ami, et, avec une espèce de tube par lequel s’échappait une flamme bleue, commença à fixer les écailles de vélociprey sur mon armure. Etrangement, je ne sentais pas la chaleur, alors que le métal est un bon conducteur de chaleur… Deux heures plus tard, il avait fini, les écailles étant passé d’un leu vif à un bleu très sombre, à cause du feu. Il sortit un miroir d’une autre pièce et me laissa me contempler ; quel changement ! J’avais l’impression d’être soudainement plus fort, plus résistant…
« Considère ça comme un cadeau, parce que t’es un ami.
- Mais… t’avais fait payer la dernière fois, non ?
- Ouais, mais là c’est lui qui payait, et c’est juste parce qu’il est désagréable.
- Ah d’accord, mais il est pas si chiant que ça quand on le connaît…
- Tu le connais ?
- Non.
- Alors tu le trouves soûlant ?
- Oui.
- …
- Quoi ?
- Non, rien… Sinon, t’as déjà vu son visage ? »
J’y réfléchis un moment, puis lui répondis que non.
Changeant de sujet, Alex me dit : « Tiens, c’est pour toi, je l’ai faite à partir des peaux de vélociprey que tu l’a ramené… » tout en me tendant une magnifique cape de voyage bleu vif. Elle était bien faite, prenant la forme des épaules, avec une espèce de col qui remontait jusque derrière ma tête, et dont les extrémités avaient une forme de pointe. L’intérieur de la cape était beige, comme le ventre des vélocipreys ; et je pouvais la retourner, pour que le beige soit à l’extérieur, ce qui faisait plus ‘‘camouflage’’ à mon goût.
« Merci. » était la seule chose que je trouvais à dire, alors je la dis.
Une fois de retour dans l’autre pièce, Korlash me dit que j’avais une meilleure apparence qu’avant ; je considérais ces mots comme un compliment, venant de lui. Puis il demanda à l’armurier :
« Ca fera combien ?
- 5000 zenis pour son armure, plus 9500 pour la tassette de la jeune fille qui est partie sans payer.
- Hum ? J’accepte ton arnaque, je l’ai vu payer, mais je veux pas d’embrouilles avec le seul armurier du village. »
Alex, avec le sourire aux lèvres, accepta l’argent et nous dit au revoir lorsqu’on partait. Mon instructeur me dit :
« Il est proche du fric ce mec, tu trouve pas ?
- Nan, il est sympa.
- …
- Quoi ?
- Non, rien. »
Il me dit qu’il valait mieux rentrer et se préparer pour le départ du lendemain ; puis il trouva une chambre de libre à l’auberge – elles l’étaient toutes – et me dit qu’il valait mieux que je rentre moi aussi.
Je commençais à rentrer chez moi quand je me souvins spontanément que ma maison n’était plus. Je pris donc la direction de la maison de l’Ancien. En chemin, je croisai Karen, qui avait acheté des préparatifs pour notre voyage.
« Tu veux qu’on fasse la fin du trajet ensemble ? lui demandais-je.
- Non, j’ai encore des trucs à faire… » me répondit-elle sèchement. Je restais là, immobile, pendant un petit moment avant de m’en remettre. Au bout de vingt minutes, j’étais chez le chef du village, qui me dit qu’il m’avait acheté des objets pour mon départ, qu’ils étaient sur mon lit. Je le remerciai, surpris qu’il n’avait pas remarqué mon armure – mais peut-être le faisait-il exprès, pour pas que je ne me sentes trop fort – et monta dans ma nouvelle chambre, trouvant sur mon lit les mêmes objets que ceux qu’il m’avait donné auparavant avec quelques autres : des espèces de fioles grises avec une ficelle qui dépassait – mieux vaut ne pas tirer dessus – d’autres fioles de potions et autres breuvages dans le genre, ainsi qu’un étrange accessoire qui était en réalité formé de deux espèces de poches de verre grossissant, aplatis devant et reliés entre eux par des épais filaments d’une matière douce et élastique. Je les enfilais, et, comme par magie, ma vue était nette ! Je ne voyais plus flou, c’était parfait !
Je descendis jusqu’au hall, pour remercier le chef, et m’aperçu que Karen était rentrée. Elle me regarda, puis éclata de rire, tombant par terre, se moquant toujours de moi… D’un certain point de vue, c’était moi qui l’amusais, alors je souriais bêtement, en la regardant rigoler jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus ; elle se releva, me regarda encore, et sourit à son tour, mais probablement pas pour les mêmes raisons…
L’ancien nous expliqua à tous les deux sa dernière invention – qu’il appelait ‘‘lunettes’’ – et comment il avait pris les verres d’une paire de jumelles, les tordant à la chaleur pour leur donner la forme voulue, et les accrocher ensemble avec du cuir de gypcéros. A vrai dire, Karen et moi n’en avions absolument rien à faire, mais on faisait semblant d’écouter quand même.
On dîna, parla un moment du voyage du lendemain, puis Karen et moi allâmes nous coucher ; sa chambre était juste en face de la mienne.
En m’endormant, mes dernières pensées furent un mélange de mon départ, de Karen, et d’un superbe sandwich au saucisson de mosswine.
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notes:
-les lunettes, si vous avez du mal à vous les imaginer, sont comme des lunettes d´aviation 