TEMOIGNAGES DE SURVIVANTS :
BILL TURNER (1ère partie) :
« Nan mais c’est quoi ce truc de dingue ! Je viens de passer deux jours dans ce merdier et vous voulez que je vous ressorte tout maintenant ?! J’ai vraiment pas la tête à ça là, je préfèrerais oublier si ça ne vous dérange pas…
Bon bon bon, ok ok je vais tout vous raconter, plus vite ce sera fait, plus vite je passerais à autre chose…
Pfffff, il devait être… ouais, 19h vendredi soir.
On était tous à table, on a une réunion avec tous les bûcherons de Bodie chaque mois, et une fois par an on a pour coutume d’abattre un arbre tous ensemble, une sorte de pacte si vous voulez, et c’était justement ce vendredi.
Donc on était tous à table… Nan pas tous, il manquait Franck, il est arrivé en retard, vers 19h.
Il est arrivé avec un bras bandé, il s’était fait « mordre », apparemment il s’était bourré en venant, et s’était fait attaquer, il ne savait pas trop par quoi, il avait pas les idées claires à ce moment-là.
Bon je passe les détails du repas, rien d’intéressant…
Arrive le moment où l’on doit abattre l’arbre, tout le monde se lève, prend sa hache, et l’on va vers l’arbre en question.
À ce moment-là… À ce moment-là Franck s’écoule par terre, il a des convulsions, il se débat, on aurait dit qu’il luttait contre quelque chose qu’on ne voyait pas.
On a essayé de le maintenir en place, mais il avait une de ces forces… Impossible, même à trois.
Et puis il est retombé… Mort… Du moins c’est ce qu’on pensait.
Son cœur ne battait plus, il devenait déjà froid, mort quoi.
C’est là qu’il s’est relevé d’un bond, il s’est mis sur ses pieds et il a sauté à la gorge de Harry, en lui arrachant la carotide. Le sang giclait de partout, et Dieu sait que ça gicle loin quand ça sort par là… Une véritable douche sanglante.
Harry est tombé, agonisant et se vidant de tout son sang, et Franck s’est jeté sur Al, et a refait pareil. On était tous sous le choc, incapable de faire quoique ce soit, et Franck sautait déjà sur Joe.
Ensuite ce fut au tour de Harry de se relever, et de la même manière, il se jeta sur un autre d’entre nous, et tous ceux qui tombaient se relevaient quelques instants après leur mort.
Ils avaient les yeux vitreux, poussaient des cris stridents, insupportables, et étaient d’une agressivité sans pareil. Ils devaient tuer… Et surtout, ils devaient manger.
C’est au moment où Al se releva et couru dans ma direction que je pris conscience de ce qu’il se passait et pus enfin bouger…
J’ai levé ma hache et je l’ai rabattue de toutes mes forces sur son crâne, le fendant en deux comme on coupe du beurre, et une giclée de sang me sauta au visage. La peur, sans doute, m’avait donné une force admirable.
Mon regard était bloqué sur le corps inerte d’Al, la tête fendue en son milieu.
Je ne faisais même plus attention à mes amis qui se faisaient massacrer à côté de moi…
J’ai alors voulu fuir, mais je n’avais pas vu le corps de Pete allongé par terre et j’ai trébuché, et ma hache m’a glissée des mains.
En me relevant, j’ai vu qu’il en faisait de même, j’ai alors bondi sur ma hache et je l’ai frappé en plein dos. Plus j’y repense, plus je me demande s’il était vraiment devenu l’un d’entre eux, au regard qu’il m’a lancé au moment où j’entendais craquer sa colonne vertébrale…
Je suis un assassin de toute façon.
J’ai couru vers la route principale, c’était à cinq minutes, même pas, et j’ai lancé un dernier regard à mes ex-compagnons, s’entre-dévorant.
En arrivant sur la route, j’ai vu deux silhouettes arriver vers moi en courant, j’étais tellement paniqué, je n’ai pas cherché à savoir qui c’était, je leur ai foncé dessus en brandissant ma hache, mais j’ai encore trébuché, sur un caillou cette fois-ci je pense.
J’ai vite vu que j’avais fait une erreur quand j’ai reconnu le vieux Bob, à sa voix, et sa femme, Martha.
Je lui ai raconté ce que je viens de vous raconter, et ils m’ont appris qu’ils avaient vécu quelque chose de similaire. On a alors décidé de rester ensemble.
Ils voulaient rejoindre le centre-ville, je n’ai pas vraiment cherché à savoir pourquoi, mais je les ai suivis. »