CHAPITRE 12 : Assassins
Midona se laissa tomber su le divan, lasse.
Cela faisait presque un mois qu’elle n’avait pas bénéficié d’une vraie nuit de sommeil. Tout d’abord, la mort de Link l’avait profondément troublée et attristée. Et dire qu’elle n’avait pas pu revoir celui qu’elle aimait de tout son coeur. Puis elle l’avait vu, lui, son fils… son portrait craché… Elle avait failli perdre tout contrôle, mais heureusement, elle s’était retenue. De quoi ? Elle n’en savait rien au juste, à part que ce n’était pas bon.
A ses problèmes personnels venaient s’ajouter les ennuis que subissait son royaume. Le Crépuscule était agité, incertain. Des mouvement de protestation avaient eclaté aux quatre coins du pays, et le Palais semblait moins sûr que jamais. Sans compter l’apparition de cet homme étrange, Nightmare comme il se plaisait à s’appeler lui-même. Un twilien qui portait une armure d’un bleu azur inquiétant, semblant receler des mystères et des secrets inavouables.
Oui, c’était une époque troublée.
Trois coups, frappés séchement à la porte, tirèrent la twilienne de ses sombres pensées.
- Majesté, dit une voix venant du couloir, nous avons besoin de vous de toute urgence au sous-sol.
Puis elle l’entendit tourner les talons.
Poussant un soupir de grande lassitude, Midona se releva lentement et enfila un long manteau. Elle chaussa ses bottes, et prit son épée -on était jamais trop prudent !- . Elle se dirigea ensuite vers la porte à pas mesurés, comme une vieillarde, et tourna enfin la poignée.
Elle traversa les couloirs silencieux du Palais et descendit plusieurs volées d’escaliers. Les gens la regardaient passer, plongés dans un mutisme angoissant. Ils ne l’acclamaient plus comme il y a peu. Ils ne lui réservaient plus d’ovation comme avant. Désormais, elle était seule.
Quelques minutes plus tard, elle sortit à l’air libre, respirant avec plaisir la douce senteur qui s’élevait des cuisines. Le soleil dardait ses derniers rayons sur les balcons et les jardins, et tous les courtisans se préparaient pour le dîner. La twilienne inspira profondément et repartit.
Elle arriva dans une petite galerie donnant sur un jardin où elle aimait à se promener le soir. Elle s’arrêta à nouveau, contemplant avec nostalgie l’herbe verte et le bassin d’eau douce dans lequel elle trempait ses pieds. Mais tout cela, c’était avant. Avant que Link ne meurt, avant que son royaume ne commence à défaillir, avant qu’elle perde goût à la vie même.
Midona s’approcha lentement du jardin. Arrivée sur l’herbe, elle enleva ses bottes et continua d’avancer, pieds nus. Les brins d’herbe entre ses doigts étaient si doux ! Elle fit quelques pas en direction du bassin et regarda son reflet qu’aucune onde ne venait troubler. Un visage beau, altier, royal. Un visage qui était également fatigué, avec des traits tirés et d’immenses cernes sous les yeux. De grands yeux fauves.
Mais alors que’elle se contemplait, elle vit arriver deux hautes silhouettes dans son dos. L’une d’elle tenait une épée…
Parcourue d’une brusque décharge, la twilienne s’écarta juste à temps pour éviter la lame qui allait la pourfendre. Elle se leva prestement et tira son arme d’un geste souple, prête à se défendre. A deux contre un, elle pensait pouvoir l’emporter. Seulement…
Six autres personnes sortaient des ombres du jour déclinant. Toutes étaient encapuchonnées et calfeutrées dans de longues capes noires.
- Prête à mourir, traitresse ? demanda l’un d’eux en partant d’un rire dément.
Une vague de haine traversa la twilienne et elle se redressa, en garde. Refoulant sa fatigue, sa peine, ses sentiments, elle se jeta sur le premier assassin. Celui-ci, surpris par tant de mordant de la part de sa reine, qu’on disait déséspérée, n’eut pas le temps de se défendre et tomba à terre, du sang giclant à gros bouillons de son ventre.
Ne perdant pas de temps, les sept compagnons restants resserrèrent les rangs, prêts à une nouvelle attaque. Devant le cercle qui commençait à se former, la twilienne reculait peu à peu, parant de petits assauts de la part de ses assaillants. Enfin, elle atteignit le mur du fond contre lequel elle butta. Les sept lames se levèrent en même temps, quand soudain…
- Assez.
Ce simple mot, prononcé par un homme de haute stature qui se trouvait dans le dos du groupe, sembla pétrifier les assaillants. Les yeux pleins de larmes, Midona leva les yeux vers ce sauveur mystérieux.
Grand, enveloppé d’un long manteau, il portait en dessous de celui-ci une armure argentée. Il était négligemment appuyé sur une flamberge absolument gigantesque. Ses traits étaient dissimulés par une capuche à bords de fourrure noire. Mais le plus impressionnant était le loup qui se trouvait être à ses côtés. Un loup blanc comme la neige aux yeux de braise. Un loup dont le besoin de sang était presque aussi palpable que celui de son maitre, ce grand chevalier.
- Tu veux ta part de la traitresse, c’est ça ? demanda d’un ton faussement enjoué l’un des assassins.
A présent, l’angoisse de ces derniers était devenue une véritable inquiétude. Qui était donc cet empêcheur d’assassiner en rond ? Mais surtout, comment se battait-il ? Ce qui était sur, c’est qu’il devait peser son poids le bonhomme, sans compter le loup qui se trouvait à son côté. Ils dégageaint tous deux une aura de froide colère et de force absolument effrayante. Et puis, la vue de cette énorme flamberge de laquelle il se servait comme d’une canne était… une source de peur assez compréhensible.
- J’ai dit : assez, répéta l’autre avec un léger accent impatient qui fit tressaillir ses interlocuteurs.
- Mais qui es-tu d’abord ? J’aime savoir qui je vais tuer ! s’exclama d’un ton arrogant celui qui se trouvait le plus près de Midona.
Il se produit un subtil changement dans l’attitude de l’étranger, comme s’il commençait à prendre goût à ce qu’il appellerait une farce.
- Je suis Jaime, comte de LostWood, meilleur épéiste du royaume.
Ce nom ne provoqua une réaction que chez la twilienne qui avait été instruite des vieilles légendes. LostWood… une contrée qui se trouvait à la frontière du royaume de la Lumière. Une contrée perdue depuis longtemps, qu’habitait les légendaires comtes, les meilleurs combattants du royaume. Quelle n’était donc pas la surprise de Midona quand elle entendit son sauveur se présenter sous ce titre.
Devant l’absence de réaction de ses ennemis, Jaime s’activa et enleva sa capuche, révélant ainsi son visage. Il avait de beaux cheveux blonds qui lui tombaient sur les épaules. Ils encadraient un superbe visage de la peau bleue des twiliens. Son nez était assez petit. Ses yeux kakis brillaient d’intelligence et semblaient froids.
Le comte poussa un petit soupir puis tira son épée. Aussitôt, le loup retroussa les babines, tous crocs dehors. Dans le même temps, leurs adevrsaires s’étaient scindés en deux groupes, l’un de trois hommes faisant face à la twilienne, l’autre, de quatre hommes, faisant face à Jaime. Le combat s’engagea et… se termina presque aussitôt.
Le comte et le loup s’éataient jetés sur les assassins et avaient déjà éléminé deux hommes. Les deux autres eurent à peine le temps d’hésiter avant de subir le même sort. Quant à la twilienne, elle valait bien son sauveur. Elle tua un premier ennemi d’un large mouvement d’épée, amputa une jambe et contra un dernier assaut avec tant de force que l’autre partit dans le mur que sa tête heurta avec un bruit sourd.
Le court silence qui suivit contrasta étrangement avec le fracas des armes. Midona jeta un regard furtif au comte qui s’occupait à présent de son loup.
- Bravo Fantome, le complimentait-il, tu t’es bien battu.
Puis il se tourna vers la reine et la regarda un instant avant de s’incliner. La twilienne s’empressa de le relever et de dire :
- Comte, je vous remercie du fond du coeur d’avoir sauvé ma vie. Que voulez-vous, en récompense de votre courage ?
- Je n’ai fait que mon devoir, ma reine, s’inclina encore une fois le comte avec un petit sourire suffisant aux lèvres. Et, ma foi, je ne veux rien, sinon un entretien avec vous au sujet d’une affaire qui nous concerne tous deux.
- Très bien, déclara la twilienne d’un ton sec, dans ce cas, suivez-moi.
Sans regarder si Jaime la suivait, elle ouvrit une porte que le comte referma sur la nuit noire et les huit cadavres des assassins.