CHAPITRE 11 : L’Archipel oublié
<<Le roi Shiro décida donc de clore l’accès à la Grande Mère, la Grande Soeur comme l’appellent les Zoras, afin d’éviter un nouveau raid de pirates.
Peu de gens furent mis au courant, et grâce au pouvoir de la Triforce, le roi parvint à faire oublier aux gensl’existence de cet archipel. La royauté fit passer l’éboulement d’un pan de la falaise du Lac Hylia pour un accident naturel, et l’affaire fut entendue.
Etant l’un des responsables de cet “accident”, je suis au courant et je me souviens fort bien de cet archipel.
Parmi la cinquantaine de petites îles, trois se distinguaient par leur taille et leurs nombreux occupants.
La première, sobrement baptisée Crique Royale, est occupée par des parents de la famille royale d’Hyrule. Les coutumes de ses habitants sont, à peu de choses près, les mêmes que les notres. [la fin du paragraphe est brûlée]
La deuxième, nommée Baie des Pirates, abrite le repère d’un très grand nombre de pirates qui pillent l’archipel et qui ont fait de même avec Hyrule, il y a peu. Les hommes sont violents, brutaux, bref, des “barbares” en quelque sorte. On leur attribue le sac de [à cet endroit, le parchemin est tâché de sang] bien étranges coutumes.
La troisième, appelée Ile de la République, est un mini-Etat opposé à la monarchie et aux pirates. Du fait de cette double opposition, l’histoire a maintes fois vu l’Ile s’associer à la famille royale ou aux pirates pour des raisons stratégiques. Les républicains, comme ils s’appellent eux-mêmes, élisent leurs chefs et n’ont jamais dérogé à cette règle. [à partir de là, le parchemin est recouvert d’immondices]
Sans m’étendre sur la façon dont je procédai pour boucher l’entrée, je dirai juste que ladite entrée se trouve dans la paroi est du Lac Hylia. >>
Tiré de “Règne et Secrets du roi Shiro” , par Likto. Traduction de l’hylien par Florence NAJIN.
* * *
Tout l’équipage observait leur capitaine avec curiosité.
A vingt cinq ans, Ivy était de taille moyenne. Ses yeux très bleus, froids et calculateurs étaient toujours en mouvement. Elle arborait un petit sourire méprisant que ses lèvres pleines et sensuelles rendaient un tantinet provocateur. Son grand nez aquilin s’intégrait bien dans l’ensemble. Ce beau visage était encadré par de longs cheveux châtains et bouclés. Cette chevelure était elle-même surmontée par un magnifique tricorne. Son corps fin et musclé semblait toujours en alerte et prêt à bondir. Un corps de princesse…
En effet, Ivy était le capitaine du Cavalier des Mers, le plus beau navire de la flotte et la princesse de la Crique Royale. Son père, l’Amiral Mitsuki, l’avait envoyée en mission de reconnaissance près de l’Ile de la République. Cette mission avait bien débuté mais commençait à mal tourner.
Le Cavalier des Mers avait été encerclé par quatre navires : un devant, un sur chaque côté, un autre qui le talonnait. Cette situation assez incofortable rendait l’équipage d’autant plus nerveux qu’Ivy tardait à donner ses ordres.
Celle-ci, loin de s’affoler, réfléchissait tranquillement, une main négligemment posée sur la garde de son sabre. Elle savait, par expérience, que tout allait se jouer sur la première action. Elle se sourit à elle-même et parla de sa voix froide et posée :
- Double canonade. Nous allons aborder les deux autres bateaux.
Ces ordres, d’une audace incroyable, firent naitre des protestations.
S’attendant à cela, Ivy calma le jeu en tirant deux coups de feu en l’air. Aussitôt le silence se fit et le capitaine sauta sur l’occasion pour motiver ses troupes.
- Allons, mâtelots, vous ai-je déjà mené à la mort ? Mes plans ont-ils déjà échoué ? N’avez-vous pas le meilleur capitaine qui ait été vu depuis trois décennies dit-on ?
Ces quelques mots, prononcés d’un ton assuré, firent s’élever une grande clameur du pont.
- Tous à vos postes ! cira-t-elle d’un ton enjoué.
Bientôt, tout le monde fut à la tâche et Ivy tenta de calmer les battements de son coeur. Ce plan était de la folie ! Leurs chances de l’emporter étaient presque nules. un contre quatre ! Tout miser sur cette double canonade ! Elle était folle ! Finalement, tout allait dépendre du moral des troupes et des toutes premières minutes de combat.
Cinq minutes plus tard, celui-ci commença.
Tous les canonniers avaient ouvert le feu simultanément sur les deux bateaux à portée de tir. Miraculeusement, les boulets touchaient tous au but et les deux navires ne furent bientôt plus que deux épaves.
Dans le même temps, le reste de l’équipage s’était séparé en deux, prêt à aborder les deux navires restants.
Ivy, le coeur battant la chamade, deux pistolets en mains, dirigeait le premier groupe qui allait attaquer le bâteau qui les talonnait. Le plus rempli… La jeune femme savait qu’elle devait faire le vide, se décharger de toute émotion. Elle allait se transformer en machine à tuer, une fois de plus… Elle ferma les yeux et les rouvrit quelques instants plus tard. La passerelle était tombée. L’heure de l’attaque avait sonné.
Sans plus réfléchir, Ivy s’élança en poussant une clameur sauvage reprise par tout l’équipage. A peine était-elle arrivée sur le vaisseau ennemi qu’elle avait déjà tué deux hommes de ses pistolets et tiré son sabre. La jeune femme transperça un nouvel opposant et dégaina un autre pistolet. Elle para un assaut adverse et contre-attaqua furieusement, la rage l’animant.
Elle s’était une nouvelle fois laissée emporter par la fureur du combat, cette fureur qui prenait possession d’elle chaque fois qu’elle se battait, cette fureur de devoir verser le sang de nouveau. Cette fureur, enfin, qui faisait d’elle une meurtrière.
Elle poussa un nouveau cri de rage qui fut encore une fois repris par les combattants. Ivy pourfendait, tirait des coups de feu d’une précision mortelle et se battait comme quatre. Malheureusement, leurs ennemis étaient bien plus nombreux et tout aussi talentueux.
Peu à peu, les matelots du Cavalier des Mers étaient repoussés, décimés par les républicains.
Ivy perdait pied, parant toujours plus de coups et ripostant avec toujours plus de hargne. Elle fut bientôt touchée au bras, puis à la cuisse. Une balle se logea dans son épaule et elle se vouta légérement. Une lame brillait dans le ciel…
“NON !”
Elle mourrait dignement !
Dans un effort de volonté titanesque, la jeune femme parvint à se redresser et à tuer trois nouveaux opposants d’un même mouvement.
Mais ce n’était pas suffisant.
Une épée lui transperça le ventre, et elle s’évanouit, sombrant dans les limbes de son esprit…