CHAPITRE 7 : Combat au-dessus des morts
La première chose que sentit Kardel fut la douce caresse de l’herbe sur son visage. Fourbu, le jeune homme se releva prudemment. Il cligna ensuite plusieurs fois des yeux, étonné par le décor qui s’offrait à lui : un cimetière. La deuxième chose que vit Kardel fut l’image d’un homme le visant avec un arc.
- Ne bouge pas, souffla-t-il hargneusement. C’est bien... maintenant, lentement, très lentement, tu vas lâcher ton épée.
Le jeune homme obéit, conscient de la flèche sur le point de partir. Après avoir jeté Excalibur à quelques pas de lui, il observa plus attentivement son opposant : il était recouvert de bandelettes blanches et bleues. Des cheveux blonds en dépassaient et tombaient juste au-dessus de ses yeux bleus qui le fixaient avec intensité.
- Comment es-tu entré dans le village ? demanda l’homme aux bandelettes.
- Ecoutez, je ne … commença Kardel.
- Mauvaise réponse, répondit l’autre d’un ton mauvais.
Alors qu’il tendait la corde de son arme, quelque chose tourbillona devant lui. Surpris, il décocha sa flèche qui frôla le jeune homme. Celui-ci, comprenant qu’il n’avait que très peu de temps, se rua sur son agresseur et lui asséna un violent coup de poing dans le nez. Le sang gicla et Kardel en profita pour se jeter sur Excalibur.
Etourdi, l’homme aux bandelettes avait renoncé à encocher une nouvelle flèche et sorti une petite épée. Les deux adversaires se regardèrent et chargèrent subitement.
Le jeune homme para la première attaque de son ennemi et se fendit vers son ventre. Il esquiva sans trop de mal et dit d’un ton narquois :
- Tu veux peut-être savoir de la main de qui tu vas mourir ?
- Ce détail m’intéresse fort peu, répondit Kardel d’un ton égal, parant un deuxième coup.
- Je suis Sheik, dernier des sheikas.
Son ton pompeux amusa le jeune homme qui répondit pareillement :
- Et moi, je suis Kardel, le fils de Link.
Une once de surprise passa dans les yeux bleus du sheika qui se reprit bien vite.
- Link n’a pas de fils ! Tu vas mourir pour avoir prononcé son nom ! hurla-t-il.
Un peu perdu, le fils du Héros croisa les yeux de Sheik qui brulaient de haine. C’est à cet instant, alors qu’ils se fixaient au-dessus des pierres tombales, qu’une grande rivalité naquit entre les deux guerriers. Kardel déclara froidement :
- Je ne sais pas de quoi tu parles… mais ce que je sais, c’est que ton sang va couler !
Comme en réponse à cette provocation, le Sheik laissa échapper un grondement animal et se jeta sur son adversaire. Celui-ci esquiva et para un autre coup, plus violent encore que les précédents. Cherchant une ouverture, Kardel voletait tel un feu-follet, bondissant de stelles en stelles. Le souffle court, il réfléchit rapidement à la situation. Son adversaire était de même niveau que lui et avait presque le même style, un style à la fois défensif et offensif, un style qui cependant était fait pour un combat légal, sans fourberie aucune.
Un sourire indéchiffrable aux lèvres, le jeune homme para énergiquement et, au lieu de pousser son avantage, recula et se saisit d’un geste vif du poignard dans la tige de sa botte. D’un mouvement de détente incroyable, il envoya l’arme siffler vers Sheik qui dut se jeter sur le côté pour esquiver. Kardel en profita et s’élança, l’épée levée. Son adversaire roula sur lui-même pour esquiver la lame de son ennemi. Le jeune homme grogna de dépit et se remit en garde, tout comme le sheika. Une légère brise se leva, qui fit claquer la cape de Kardel. Sans prévenir, il se fendit vers l’homme aux bandelettes qui fit de même à cet instant précis. Les deux épées se rencontrèrent de plein-fouet, et il se produisit une chose assez étrange.
Excalibur coupa la lame de Sheik en deux. Un court instant plus tard, elle explosa en une dizaine de petits morceaux. Victorireux, le jeune homme s’avança vers son adversaire défait. Celui-ci, complètement hébété, le regarda approcher.
Lui, le dernier des sheikas, avait été vaincu par un gosse ! Lui, qui avait été éduqué pour protéger les rois, il avait à nouveau échoué. Il avait laissé Ganondorf tuer Zelda et prendre sa Triforce. Il n’avait pu que rapporter le corps de Link -ainsi que sa Triforce, toujours sur la main gauche du Héros- qui, lui aussi, avait été vaincu. Après cela il avait organisé la rébellion à Cocorico. Il avait combattu pour chaque marche de l’escalier qui menait au village. Il avait même récupéré l’Ocarina du Temps et s’était introduit dans le chateau ramener le corps sans vie de Zelda et l’enterrer aux côtés de celui de Link. Malheureusement, Ganondorf avait commencé le siège de Cocorico et possédait deux Triforces. Alors que la Mort approchait, Sheik fut projeté un mois en arrière.
* * *
Je ne voyais pas de raison de me montrer. Ganondorf était à terre, l’Epée de Légende allait l’achever. Mais, puisant dans ses dernières forces, le seigneur du mal s’était relevé sous sa forme “humaine” et avait bloqué le bras de mon ami. Avec un hurlement de rage, il l’envoya à l’autre bout de l’arène, à moitié inconscient. Puis il se tourna vers Zelda, pétrifiée de terreur.
J’aurais pu la sauver. J’aurais pu… mais je ne le fis pas. Grande lâcheté de ma part ? Je n’en sais rien. Il n’empêche que je contemplai la scène, totalement impuissant, paralysé par la peur de me confronter au Malin. Je le vis briser le cou de Zelda, la dernière descendante de la famille royale, cette même famille que je devais protéger. Sa main gauche brilla fugitivement puis s’éteignit. Celle de Ganon se mit à luire également et deux triangles illuminèrent l’obscurité.
Mais tout espoir n’était pas perdu. Link, fou de colère et de tristesse après la mort de celle qu’il aimait, se jeta sur le Mal incarné. Le Malin le contra aisément et je compris que mon ami ne pouvait vaincre le possesseur des deux Triforces. Par un effort de volonté formidable, je parvins à retrouver mes moyens. Dans le même temps, Ganon avait désarmé le Héros du Temps et lui avait ouvert le ventre. Du sang gicla à gros bouillon de la blessure et il tomba à terre.
Alors que l’épée du monstre allait l’achever, je la bloquai avec la mienne. Je croisai le regard de Link et réalisai que c’était fini. La mort allait le prendre et je n’étais pas de taille face à Ganondorf. Je devais fuire avec le corps et ainsi sauver la Trifroce du Courage. Et c’est ce que je fis, admirablement bien d’ailleurs. Faisant diversion avec un peu de fumée, je parvins à ramener le corps de Link à Cocorico où il fut enterré.
* * *
Excalibur brilla dans le ciel. La lame allait pourfendre le sheika quand une voix d’éleva d’entre les tombes, une voix grave et féminine, une voix que Sheik trouva fort mélodieuse et fort belle.
- Jetez vos armes, vous deux, et couchez-vous !
Et pour la deuxième fois de cette triste journée, une flèche se trouva pointée vers la tête de Kardel. “ J’ai vraiment pas de chance “ songea-t-il avec un soupir.