Un épisode signé Loveisgreat, qui m´a sauvé de l´angoisse de la page blanche
Cet épisode est tout bonnement génial.
Encore
à Love
Bonne lecture
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Con ?
Ou pas Con ?
Peut être juste suicidaire, j’en sais rien.
Parce que c’est du suicide, ce que je fais. Charlène, c’est la crème des suicides. Le nectar, le putain de nectar divin. La vision d’un superbe but de Ronaldinho pendant un orgasme monumental, tout en bouffant des chips devant la télé, c’est tout ça en même temps, Charlène. C’est l’apothéose. L’apogée. Le Nirvana. Alors forcément, ce genre de passion conduit a l’orage. Et à l’obésité, aussi, d’ailleurs. Mais quand elle arrive, si jolie, devant toi, tu résistes comment ? « Non, désolé, j’ai aucune envie de faire l’amour avec toi toute la nuit, dans toutes les chambres de la maison » ? Non, Charlène, tu ne lui dis pas non. Tu la dévores. Et j’vous jure, on a envie, vraiment, de refuser. Mais c’est pas possible. Elle est irrésistible.
Il faut se lever, maintenant. Arrêter ce rêve, ces instants d’amour idiots. Tout va reprendre comme avant, si l’on continue. Les engueulades, la jalousie, les ruptures… Pense à autre chose, vas y, lis le journal, tiens, ça te fera du bien. Te changer les idées, un peu. Qu’on parle de moi, un peu, dans le journal, ça ferait plaisir. J’ai toujours droit a la page 27. La toute dernière du sport, évidemment. Il préfère mettre le tennis albanais avant la première division finlandaise, va savoir pourquoi.
_Floch.
Ca, c’est le bruit du journal qui est glissé, sous ma porte . Première page, pour moi ! J’aurais préféré ailleurs, putain. Histoire d’éviter de longues explications de la langue finlandaise, je vais juste vous traduire le gros titre, dès maintenant : « Transferts frauduleux et dopage à Turku », écrit en gros sur une photo de moi et le Président, où nous avons l’air de vendre de la très mauvaise drogue, à un très mauvais prix. Super. Faisait longtemps, une nouvelle de merde. Après le retour de Charlene, voici le retour des scandales. Je vois d’ici tout ce qui va se passer. On va gagner la Ligue des Champions. Le championnat, aussi. Puis, on va être rétrogradé. On va les enlever, nos titres. Je vais passer quelques années en taule, et quand le club ira au plus mal, on me redemandera. Mais je préfèrerais le théâtre et la télévision, alors je reviendrais, quelques mois, puis je me recasserais. Et toc, dans la gueule de la ville minable de Turku. Mais la, faut avouer, que l’article est dur. On met toujours tout sur l’étranger, c’est la solution qui fait l’unanimité.
De toute façon, la, il n’y a qu’une solution. Aller au Stade, et m’expliquer avec le Président, pour trouver quoi faire. Je m’habille le plus rapidement possible, embrasse la déesse dans mon lit, et je me casse, aussi vite que je peux.
Au moment même où j’ouvre la porte très rapidement, je percute un objet de verre dans la tronche. Une caméra. Non seulement il y a des paparazzis ici aussi, en Finlande, mais ils sont cons. Et la, les questions fusent. Pour la première fois, ces mecs me parlent français. Toujours les mêmes questions, à quelques nuances près. Vraiment chiants. Insupportables, même. J’essaye de me presser un chemin à travers la quinzaine de journalistes présents. Impossible de passer. Il est temps de jouer des coudes, comme le grand Nicolas Veltin dans ses meilleurs moments. Et que j’te pousse a gauche, et que j’te pousse a droite, et que j’avance un peu au centre. Au bout de dix minutes, je réussis a entrer dans ma voiture, plus qu’énervé. C’est alors que je me rends compte des vrais causes de mon énervement : Ma réaction. Je suis un lâche. Incapable d’affronter dix crétins qui ne savent même pas ce qui se passe. J’ai besoin d’une main magique, pour m’aider. Je suis un gosse, dans l’impossibilité la plus totale de me défendre tout seul. Le pire, c’est que je suis innocent. Et tout ce que je fais, c’est les convaincre de plus en plus de ma culpabilité. Faut-il être con, quand même.
J’accélère le plus vite possible, pour arriver au Stade. A mon arrivée, c’est sans surprise que le patron me dévoile qu’il a préparé une rencontre de presse. Tout de suite, je décide d’être lâche, et de le prévenir. « Il n’est pas question que je dise quoi que ce soit, Monsieur, je préfère laisser ses accusations tomber droit à l’oubliette ». Putain, j’ai honte. Et il ose me dire que je suis courageux, le patron. Bah merde, alors. Comprend rien, lui. Moi non plus, d’ailleurs. Ou elle est, cette main qui est venue me sauver ? Je vais avoir l’air de quoi, moi, dans cette conférence de presse, faisant acte de présence, mais en refusant de parler. Pitoyable. J’ai besoin d’aide.
10h15. Après une heure d’attente, c’est l’arrivée dans la salle, pleine à craquer. J’ai l’impression qu’il y a encore plus de monde que le jour ou nous avons gagné le titre de champion de Finlande. Je vais me mettre a suer, moi. Je suis lâche. J’ai peur.
Et puis, c’est la que je la vois. Ma Charlène. Elle, la reine, le nectar divin. Alors que les premières questions des journalistes arrivent, elle me regarde, et me fait un signe de main. Je coupe donc le Président pour prendre la parole, et me défendre tout seul. Lorsque je finis enfin de parler, je la regarde a nouveau. Elle est fière, si fière. Et je suis heureux, si heureux. Je ne suis pas lâche, quand elle est la.
Non, je ne suis pas con.
Je ne suis pas intelligent, non plus.
Mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas suicidaire.
Je suis seul, triste, et désespéré. Et Charlène est en train de me sauver. Mon ange. Ma main magique. Mon côté merveilleux.
Ma mort.