Je tombe.
Ma tête va heurter le sol dans peu de temps.
Le vent siffle à mes oreilles.
Un cri.
Oui, c´est ça.
Le bruit qui m´entoure s´est transformé en un cri strident.
Plutôt, comme des cris.
Des milliers de cris stridents.
Comme si on avait aussi arraché le coeur de ses âmes, condamnés à hurler leurs souffrance, à dégeuler leur peine, vomissant leurs flots de rage aux oreilles. Pour le coup, c´est à mes oreilles à moi que ses enculés hurlent à en fissurer les cordes vocales de la Castafiore.
Atterrissage prévu dans le millième de seconde suivant.
_Monsieur Bartim ?
Atterrissage.
Elle était là, sortant de l´aire d´arrivée de l´aéroport.
Comme si de rien n´était.
Elle semblait chercher quelqu´un.
Elle ne m´a pas encore vu.
Elle est plus belle que le jour.
Elle ne bouge toujours pas.
Elle est vraiment la plus belle chose que mes yeux aient pu voir, dans ce monde pourri jusqu´à l´os.
Elle, elle, elle, elle ...
Son visage m´obsède depuis 5 secondes.
5 secondes qui me paraissent aussi longue que quelque chose avoisinant les 250 000 ans.
J´ai l´impression d´être mort. J´ai toujours entendu dire que la vie défilait devant les yeux d´une personne qui meurt.
Ma vie est en train de défiler.
Donc je vais mourir.
Logique.
Sauf, que, étrangement, je ne vois que ma vie avec elle.
Le jour où je l´ai aperçue pour la première fois, lors d´une manifestation étudiante. Les moments de drague, quand on est jeune. On taquine. On se chamaille. Puis dans un train, après un voyage d´une journée à 120 kilomètres de notre petite ville meusienne, un pari. Un pari qui entraîne un bisou. Le premier baiser. Baiser volé. Puis premier baiser officiel. Notre première fois à tout les deux. Notre premier voyage. La première fois ou j´ai dormis avec elle. La décoration de notre premier appartement commun. Nos vacances chez mes amis Italiens. Notre mariage. Nos disputes. Le jour ou je lui ai annoncé mon départ pour l´Ukraine. Puis pour la Finlande.
Mon flash back se termine par la vision de ma 405 qui s´éloigne.
Je l´ai stoppé volontairement, pour éviter de voir l´image qui devait normalement suivre. Celle de ma Chacha, entourée d´un halo de pureté, dans les bras de Fred, sous la couette. La vision de son soutient gorge jeté sur la télé et qui pendait, là, me narguant, est l´image qui s´est gravée à vie dans ma cervelle.
J´ai donc stoppé volontairement le défilement de ma vie sentimentale.
Elle m´a vu.
Elle me regarde.
Fixement.
Je crois que je la regarde aussi.
Je n´en sais rien en fait.
Je ne sais plus rien.
Le retour sur terre est encore plus violent que la chute.
Ma tête s´écrasant sur le sol se remodèle, puis remonte rapidement le couloir de cris stridents qui m´avait entraîné vers ce moment ou j´avais distinctement vue mon cerveau se liquéfier sur le sol, où j´avais vu mes dents voler , mon nez se rabattre dans sa cavité nasale.
Retour sur terre.
Gore.
Combien de temps suis-je rester comme cela, sans bouger un cil ? 10 minutes ? Une demie heure ?
Même pas, trente seconde.
Mon esprit ayant quitter mon enveloppe charnel, je me voit distinctement, là dans le Hall, plus rien ne bouge autours de moi. Julien Viale penché vers moi, comme pour me parler. A première vue, le seul changement physique remarquable est la teinte rougeâtre que ma peau a prise.