La pluie bat contre la fenêtre. Les formes que prennent les gouttes d´eau en s´écrasant sur le verre froid captent toute mon attention. Mon appartement est maintenant décoré comme je le voulais. Selon MES goûts. Pas celui d´une fille. Tout dans les tons bleu foncé. Très sombre. J´aime. Une goutte d´eau paresseuse tarde à descendre, et zigzague doucement vers le rebord inférieur du carreau. Charlène me manque. Elle qui doit être heureuse dans les bras de mon ex-ami. Je savais que partir en Finlande était une mauvaise idée, que cela détruirais mon couple. Sur ma tombe, on pourra lire : Ici repose J.Bartim, mort de solitude, et qui détruisis son couple pour assouvir sa passion. C´est tout moi ça. Jamais assez heureux pour être satisfait. Il m´en faut toujours plus. Plus, plus et encore plus. J´était avec cette femme , dont je suis tombé amoureux au premier regard. Je me suis battu pour elle. Nous avons survécus ensemble. Et je l´ai définitivement perdu. Ma dernière cigarette se consume doucement entre mes doigts. La chaîne HIFI dernier modèle que je viens de m´offrir, crache le son d´une chanson aux airs mélancoliques. Pas la force, ni l´envie de mettre autre chose. Nancy Willson résume très bien à elle toute seule aux potentiels visiteurs qui viendraient toquer à ma porte que je ne suis pas en état de les recevoir. Je préfère rester là , seul, recroquevillé sur le rebord de ma fenêtre, dans le noir, buvant mon verre de Whisky, fumant mes Lucky Strike. Je ne pourrais jamais être heureux. Trop perfectionniste, peut être. Pourtant, à part mes déceptions sentimentales, je n’ai rien à me reprocher. Santé, tout va bien, mis à part mon malaise cardiaque. Les médecins sont d’avis qu’il faudrait freiner sur l’alcool. Je les emmerde. Je ne les ai jamais écouté, et c’est pas maintenant que je vais commencer. Quitte à mourir, puisque apparemment, Dieu, s’il existe, a décidé que ce ne serait pas dans les bras de la femme que j’aime, autant mourir en vivant ma passion. Comme Molière, en somme. Niveau travail, peu d’entraîneur peuvent se targuer d’être aussi influant et respecter par leur équipe, leurs staff technique et leur directoire. C‘est mon cas. Aucune raison de me plaindre, donc.
Dehors, la pluie tombe sans discontinuer, donnant à un environnement qui me deviendra sans doute familier, une teinte grisâtre. Une ville que vous ne connaissez pas, cela apparaît au premier abord comme une enfilade de rue, semblable les unes au autres. Puis, à force de les emprunter, les rues se parent d’un nom, d’une particularité qui la rend différentes des autres rues. Bientôt, ces rues on les arpentent comme si on était nés dans cette ville, qui, quelques temps plus tôt , nous faisais peur. C’est dans la nature de l’être humain d’avoir peur. Peur de l’inconnu. Ma nouvelle rue ne m’était pas encore familière.
Sous la pluie qui tombait toujours, un homme marche, la capuche de sa parka relevée. Il s’arrête près d’une SAAB 9-3 cabriolet. La voiture démarre doucement et roule jusqu’au croisement, débouchant sur une grande avenue, où la voiture s’élance. Direction plein est. Helsinki. L’aéroport d’Helsinki-Vantaa, pour être plus précis. La Saab s’engage sur la Këha III , puis sur la Hwy-E18, avant de se garer sur le parking souterrain P5, réservé aux clients de vols internationaux. L’homme en sort, et ce dirige vers le Terminal 2. L’avion en provenance de Paris viens d’atterrire. L’homme tiens un pancarte. Un deuxième homme, qui sort de la zone de débarquement, une valise à roulette sous la main et un sac de sport en bandoulière se présente à lui.
_ Mr Julien Viale ?
_ Tout ç fait, vous êtes Mr Joe Bartim ?
_ Exact, amis appelez moi Joe.
_ Très bien. J’ai hâte de visiter vos structures d’entraînements.
_ Ne vous en faites pas, nous allons visiter tout ça, mais demain matin. En attendant allons faire un peu de tourisme, qu’en pensez vous ? Je suis sûr que vous n’êtes pas contre l’idée de prendre un petit café après ses 5 heures et demis d’avion ...
_ Non effectivement, c’est avec plaisir !
_Alors allons y ! Nous en profiterons pour discuter , et je vous expliquerai exactement ce que j’attends de vous ! Je compte sur vous pour faire le meilleur des parcours en Europe cette sais...
Une femme, blonde, les yeux bleus , venait de faire son apparition devant les portes coulissantes qui séparaient le hall de débarquement du hall centrale de l’aéroport.
Elle semblait chercher quelqu’un.