Bun’En Sen – Chouryou Sen – Zhang Liao Bu
Il n’avait rien, ni parent, ni captivité. Cependant, échoué dans le ventre de la Nature, il était plié à se soumettre à sa volonté, et dépendait d’elle comme quiconque dépend d’une mère avant de la quitter, ou qu’elle nous quitte. Aucune liberté.
Le vent.
C’était la seule chose qui daignait l’écouter, lui répondre, et l’accompagner.
Il n’était pas seul, non au contraire. La pensée d’avoir une autre personne à ses côté, qui le comprenne, le chérisse, l’aime et l’aide à chaque instant… Le dégoûtait. Pourquoi aurait-il besoin des autres après tout ? Par pur plaisir de se faire abandonner à nouveau… ?
Vain. Futile. Voilà comment il qualifier tout autre compagnie que celle du vent.
Inexpérience due à sa vie, particularité ancrée dans son sang, peu lui importait.
Les circonstances étaient là, la seule chose qui importait était le fait qu’il existe. De l’aide, il la rejetterait. De la sympathie, il la trahirait. De l’amour, il n’en avait pas à offrir et le calice de son cœur ne comportait pas cette liqueur enivrante.
Il n’avait besoin que d’une chose… Le vent.
Si cruel… Si froid… Il me blesse… Il m’a déjà tué… L’enfer m’a déjà embrassé, avant ma naissance. Et m’a laissé, pour unique compagnie à jamais, la glaciale brise d’un vent sec et sans amour.
Ce vent m’a pénétré, et m’a rendu comme je suis… Dès ma naissance, j’étais voué à retourner dans les bras de ma seule mère, la Mort.
Elle a essayé. Je ne peux le nier.
Elle a essayé de me récupérer, dès ma naissance. Mais je ne voulais pas d’elle.
Les années suivantes, mais je la haïssais de m’avoir mis au monde.
En grandissant, mais je pouvais déjà la rejeter.
Il était trop tard.
Elle m’avait abandonné.
La seule chose qu’elle récupérera sera ce corps qu’elle a tant voulu engloutir dans ses bras.
Mon essence même ; restera à jamais avec le vent, capable de s’introduire là où il le désire.
…
Assez.
J’en ai toujours été jaloux… Ce doux vent qui soufflait sur les autres…
Nés de leur mère, la Vie, il les guidait sans cesse.
Ce vent, joyeux, sans soucis, sans ombre ni lumière, parfait, pur, comme le nouvel enfant.
Il les a toujours guidé, toujours et tous, à n’importe quel moment. Leur peine était dûe à l’absence de lumière dans leur guide. Leur joie, à l’absence d’ombre dans leur guide.
Le pouvoir.
Ils avaient ; ils ont tous ce pouvoir.
Modeler leur vie comme ils le souhaitent. Devenir ce qu’ils souhaitent, ombre ou lumière, neutre ou pur.
La seule chose que je n’ai jamais eu… C’est ce guide…
Froid.
Sans âme.
Sans bonté, ni méchanceté.
Sans concept, ni mort.
Il n’est pas neutre.
Il n’est pas pur.
Il n’est rien. JE, ne suis rien.
Même l’ombre d’une personne a une existence réelle.
Je n’existe, qu’à travers ce vent solitaire et mélancolique.
Sans personne d’autre comme moi. Seul, condamné à l’être.
Je n’ai juste que ce guide. Qui ne conduit que moi.
Ils ont ce guide, qui les conduit tous… Et une mort qui les conduit tous…
Moi, je n’ai même pas de mort. Je n’ai pas de vie. Juste de la souffrance.
Et celle qui veut me conduire à un repos éternel… Se réclame ma mère depuis la naissance.
Si elle ne veut pas mourir avant moi, alors je la tuerais de mon propre souffle.
« Mon but ? Tuer qui a osé me mettre au monde. Annihiler cette mère qui n’a cessé de jouer avec moi, de me blesser pour me dire après « je te veux » . Je fuirai ce guide qu’elle a lié par le sang à mon âme, et la tuerai pour que tout s’arrête.
Je tuerai ma Mort avant qu’elle ne me rattrape avec cette brise si blessante. Je mettrai fin à cette pathétique raison d’être. »
Telles étaient les paroles que Sen adressa au Tetragrammaton.
Ce comité d'anges, aussi appelés Comité des Douze Sages, était composé des mêmes anges qui avaient trahi et fomenté contre Kratos.
Tout était prévu depuis le début... Rien n'était dû au hasard. Le hasard n'existe pas ici bas... Ni là haut.
L'alliance de Yuan avec les Genma.
L'extension de l'épidémie qui transformait les anges en vils démons que seuls des Genma pourraient reconnaître comme semblables.
Ils savaient tout.
Tout.
Et ils avaient trouvé le pion parfait pour exécuter leur plan étant bien au dessus d'une simple quête, ou de la vie de milliers d'êtres.
Non, leur plan était bien au dessus de tout cela, qu'était-ce la vie de quelques êtres comparé à l'accomplissement de CE plan...
C'est eux qui l'avaient trouvé.
Errant à la recherche d'un lien entre son passé et son présent, il venait d'arriver au beau milieu d'une guerre qui n'était pas la sienne, mais qu'il pouvait largement balancer en faveur d'un quelconque allié.
Laisser une telle heur leur filer aurait été digne de l'intelligence d'un Genma primaire; alors ils firent le nécessaire pour que cet être ne craignant pas la Mort puisse les aider... Quand on connaît les désirs d'un être, on peut facilement s'en faire un puissant allié du moment qu'on accède à ces derniers.
Ils lui dirent d’aller à Nagasaki - à la Colline des Martyrs - le plus vite possible et d’y attendre un Colosse Occidental, qui ouvrira le chemin vers son maître.
La seule contrepartie était d'aider un groupe de Tueurs de démons, appelés Onimusha, qui était censé ramené l'équilibre dans ce pays inconnu.
Vaine tâche... Peu lui importait de les aider, son objectif transcendait bien les leurs.
Mais il n’était pas dupe.
Les Anges ne l’aideraient pas comme cela, par simple échange de bons et loyaux services.
Il savait bien qu'à la première occasion, on le ferait disparaître comme il est venu.
De toutes les manières, qu'importe... Je n'aurai plus de raison de vivre après tout cela.
Pas après tout ce que j'ai commis...
Résolu à prendre son propre chemin, Sen savait qu'il mourrait à la Colline des Martyrs.
Ainsi fut-il...
Et Sen fut exaucé.