Et...Voici la suite ! Mais ne vous affolez pas, la troisième partie est encore en cours d´écriture !
Le reste de la nuit s’écoula, c’était l’aube. La rosée du matin réveillait lentement les aventuriers qui se pliaient au son des gouttes perlant le long du plancher. Ils auraient sans doute dormi un peu plus longtemps mais comme tout bon samouraï aguerri, ils firent une croix sur leur manque de sommeil. Kratos, déjà levé depuis une certaine heure observait le paysage depuis le balcon : le camp des Genma paraissait désert, les lieux inoccupés. Un calme d’une rare beauté planait.
- Tu as dormi, au moins ? fit Ako à l’Ange.
Il mit un terme à son moment de solitude et lui répondit :
- Oui, ne t’inquiète pas. C’est juste que chez nous, on prend le temps d’admirer chaque lever du jour. Et puis…Je dois veiller sur vous.
Tout le monde s’équipa pour la journée et ils descendirent remercier l’aubergiste qui leur offrit une collation gratuite. Ils gravirent le flanc montagneux sous les ordres de la Tengu et atteignirent le Temple des moines sans la moindre difficulté. Ceux-ci priaient mais n’avaient pas l’air saints. Graisseux, ronds, bien occupés à ingurgiter leur nourriture gratuite en échange de spiritualité et de louanges envers les dieux pour les villageois, ils se méfiaient de tout.
- Je suis l’envoyée du Conseil de l’Ombre, fit-elle en s’inclinant. Je dois leur présenter ces personnes. Il me faut une barque pour les conduire au repère.
Cette fois-ci, elle remerciait sa chance, les prêtres s’étaient refusés au « rite de la boisson » (du moins pour le moment).
- Oui, nous t’avons reconnu. Vous deux, avec moi, ordonna le chef à ses subordonnés. Suivez-nous.
Les trois religieux menèrent les cinq guerriers jusqu’à un court d’eau qui affluait sur le village et empruntèrent deux barques couvertes de toiles d’araignées moyenâgeuses. Les deux esclaves qu’avait pris le chef pagayèrent jusqu’en bas.
- Nous devons d’abord voir le gouverneur du village, il se divertit au même endroit tous les matins. laissa échapper l’un des moines.
Alors, tout en allant rendre visite à Jinnosuke, les passagers découvrirent vaillamment leur cadeau très spécial fourni par l’aubergiste ; une potion gélatineuse, tel un immense encrier trempé dans une boue mollassonne au goût répugnant.
- C’est ce qu’on appelle la potion universelle, intervint Ako. Un concentré d’énergie fait à partir de nos rivages marécageux. Pas très mangeable à première vue, elle vous redonnera énormément de force cependant. Elle peut être préparée différemment et servir à plusieurs choses, plus tard vous le comprendrez.
Ils reniflèrent la mixture qui sentait la terre chauffée et l’avalèrent en montrant quelques spasmes buccaux. Le baptême était toujours difficile, néanmoins, ils déborderaient de vie pour deux ou trois jours…
Les rues abritaient à présent quelques poissonniers qui vendaient ou exportaient leurs produits tandis que les pêcheurs, plus amusés aujourd’hui, cherchaient la morsure d’une grosse prise. Et pendant que ces derniers se délectaient en bord de mer, Jinnosuke lançait d’un mouvement tendineux son appât dans le fleuve privé où naviguaient les embarcations.
- Hmm, on dirait que la chance me sourit, je viens de mettre la main sur deux gros morceaux, dit-il en plaisantant. Est-ce que la nuit a été bénéfique ? J’espère que le vieil homme du comptoir s’est bien conduit au moins ?
- Il a été parfait, répondit une voix féminine.
- Bien. Salutations à vous également, moines.
- Bonjour à toi, Ô noble Jinnosuke.
La réplique fit rire son destinataire, immature, qui ne s’habituait toujours pas à ces qualifications royales.
- Nous nous rendons vers le sanctuaire du bosquet suite à la demande de nos voyageurs qui souhaitent exercer quelque forme de spiritisme avec nous.
Le sanctuaire…Juste un mensonge, pour préserver le secret dans la plus noire des nuits. Il ne devait pas savoir.
- Leurs désirs sont des ordres, de tels combattants méritent bien un peu d’attention, conclut Jinnosuke en libérant l’accès.
Les flots les transportèrent jusqu’aux premières végétations, nénuphars, arbustes, grandissant à chaque instant. Puis, alors qu’ils leur semblaient avoir parcouru la totalité du bosquet, le chef des moines, sur son séant, prononça une incantation en combinant plusieurs gestes d’une fluidité sans pareille. Un sceau apparut ; de couleur violette, sphérique et surmonté par d’étranges lettres. Celui-ci les enveloppa dans une forte lumière assourdissante et ils se volatilisèrent, suite au bruit d’un cratère en pleine éruption, jusque dans une forêt touffue, tellement abondante que l’on ne distinguait même pas une parcelle du ciel. Ici, la couleur dominante était le mauve ; les marais, les cieux, les flammes des torches accrochées aux sols pleureurs qui définissaient le chemin à suivre…La plupart des éléments suivaient cette caractéristique. En avançant, ils virent d’épaisses évaporations toxiques par endroits et devaient, tous les cinq mètres, écarter des branches qui leur tombaient sur le visage. Ils parvinrent après une heure jusqu’à une grotte aménagée. Deux statues menaçantes gardaient l’entrée elle-même ligotée par de multiples branchages épineux. Ils mirent pied à terre, et commencèrent à marcher en file indienne. L’accès de la caverne se libéra suite au premier passage d’Ako (qui connaissait bien évidemment le lieu), et des escaliers dont on ne voyait pas le fond apparurent. L’endroit, mystique, donnait des frissons. Et les gravures sur les parois signifiaient bien la présence d’une race peu commune.
Ils prirent soin de ne pas faire attention à tomber et traversèrent ensuite plusieurs couloirs. Heureusement, tous disposaient des moines et de la Tengu comme guides, sans quoi ils se seraient définitivement perdus. Deux bâtisses de roche se divisèrent en deux et ils entrèrent à l’intérieur d’une vaste salle ronde avec, comme pourtour, de la poudre que l’on aurait pu comparer à du diamant. Ils se positionnèrent au centre de la pièce sauf les moines qui repartirent à l’entrée de la grotte. Soudain, la poudre prit feu et crépita de toute part. Des flammes, toujours violettes et au nombre de huit, furent propulsées jusqu’au plafond et s’apaisèrent aussitôt.
- Ils n’ont pas d’apparence réelle ? chuchota Hideyori.
- Notre apparence ne compte pas, jeune samouraï… répliqua une voix grave. Là où tu vas, tout n’est qu’illusion et notre enveloppe charnelle ne nous sert qu’à combattre.
- Voici les personnes dont vous avez fait la requête, lui répondit Ako. Il n’en manque plus qu’un.
- Nous avons bien fait de compter sur toi, le choix était judicieux. La dernière personne n’est en fait plus tout à fait loin. Il y a deux ans, un jeune homme a été enfermé dans les combles de la grotte par l’Oni du Ciel. Ce dernier lui a légué des pouvoirs essentiels mais l’a scellé dans de la glace pour qu’il y expie ses fautes et son arrogance. La dernière étape consiste à le libérer et à le lier avec son arme, tous deux ont été séparés. Et l’un ne va pas sans l’autre. La haine et la force le dominent, il faudra être prudent avec lui.
Kratos fit un pas en avant.
- Qui êtes-vous véritablement ?
- Nous sommes les Tengus, et les feux que vous voyez là forment le conseil de l’Ombre. Réunissez-vous pour accéder jusqu’au dernier membre et nous vous fourniront ensuite des informations capitales pour votre périple. Votre parcours est admirable, et c’est cette dernière épreuve qui vous donnera le titre d’Élus.
Une porte s’ouvrit : laissant place à de longs boyaux inexplorés.
- Ako, tu les accompagne. Notre réussite dépendra de la vôtre.
Le groupe s’enfonça dans les prémices de la caverne, rien n’était jamais sûr…