Voici la première partie du texte suivant, la deuxième est en court d´écriture.
Proches de la ville, ils l’étaient. Proches de leur but, également…Dans leurs désirs les plus convoités. Retrouver Ryu pour en savoir plus sur les lances sacrées, là résidait le commencement de leur quête épique et vengeresse, ne connaissant ni trêve, ni répit, ni repos.
Leur longue marche leur avait souillé les pieds, ils étaient secs, poussiéreux comme la terre sur laquelle ils piétinaient lourdement. Après quelques jours de voyage et un transport maritime agité, ils se trouvaient à Hamamastu, la ville portuaire, espérant la véracité des propos de la dame encapuchonnée.
- La ville n’est pas encore contrôlée par les Genma. fit Hideyori en posant le pied de sa lance sur le sol dans un épais nuage de sable chaud.
- Oui…Mais nous ferions mieux de nous hâter. remarqua Sen en voyant certains bateaux suspects entreposés sur le rivage au loin.
- De toutes les batailles que j’ai faites, jamais je n’ai vu de tels navires. Ce clan m’est inconnu. répondit alors l’héritier des Toyotomi.
- C’est une raison pour prendre du recul face à notre statut de…bretteur. Ne faisons qu’un avec ces paysans, évitons de nous faire remarquer. ordonna presque Kratos sans une once d’hésitation.
Ako indiqua alors un potentiel marchand à l’entrée de la ville qui vitupérait péniblement pour vendre ses produits. Elle n’oublia pas de prendre parole :
- Hideyori, tu devrais rester à l’écart. La notoriété dont tu fais preuve pourrait concentrer une attention, ou une tension palpable au sein du groupe. Tu es connu à travers tout le Japon.
- Je n’y vois pas d’inconvénient, mais tu restes avec moi, Ako. Sen et Kratos se rendront à l’intérieur de la ville pendant que nous inspecterons discrètement les vaisseaux. Dites simplement à Ryu qu’Hideyori, le disciple de Yumemaru l’attend à l’extérieur. Ramenez-le ici.
- Nous nous retrouvons au même endroit ? supposa l’ange, en plissant les yeux face au soleil Nippon.
- Ce serait d’avantage envisageable, si vous avez des difficultés, secouez cette cloche, nous répondrons à votre appel. Leur dit la Tengu en cherchant son instrument dans sa tunique.
- C’est moi qui l’aie, tenez. termina Hideyori. Allons-y.
Les deux binômes se dispersèrent en allant se vêtir prudemment. Sen et son compagnon allèrent comme prévu face au marchand un tant soit peu volubile, le souffle de ses paroles repoussait la foule, déjà peu consistante. Sur une table en bois, de vulgaires babioles se disputaient la place, serrés les unes contre les autres, car elles s’accumulaient, faute de succès pour ce brocanteur.
- Vous ! hurla le vendeur. D’audacieux guerriers recherchant le repos après des combats acharnés, s’évaluant par litres de sueur que vous avez coulé. Vous avez besoin de vous rassasier et j’ai ce qu’il vous faut, de la nourriture, des armes, je vends tout ce que j’ai, toutes mes découvertes, mes précieux articles. Je vous offre ce magnifique dessin, représentant les constellations de notre ciel divin, si vous m’achetez quelque objet, que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans cette ville...
- Nous cherchons de vieux habits. affirma l’un des deux voyageurs.
Le concerné, surpris, reprit parole :
- Des vieux habits ? Vous êtes bizarres, gardez votre armure jusqu’à l’arrivée de ces montres hideux, survivez, faites comme moi, gagnez de l’argent ! Mais…J’ai des vieux habits. Je vais vous chercher ça…
Il se précipita dans sa réserve désordonnée et dénicha de quoi passer pour de simples hommes dèches, habitués à l’air de cette province.
- Cela ira…
- Je vous les cède pour…Hum, il faut dire que ce sont mes seuls exemplaires !
- 50 pièces d’or te conviendront-elles ? questionna Kratos en sortant sa mince bourse.
- Elle conviendront parfaitement. siffla le Chinois, sec dans ses paroles.
- Bien…Bien. rechigna le marchand en voyant la détermination de Sen. Prenez.
- Et…Tu ne connaîtrais pas un quelconque Ryu ? il se serait réfugié ici après le ravage de Sakai.
- Jamais entendu parler.
- Très bien. Ne parle de nous à personne.
L’affaire fut nette et précise, habillés en forgerons, il pénétrèrent dans les rues suivantes.
Chez Ako et son gardien protecteur, ils avaient simplement payé un résident reculé en bord de mer pour des vêtements de coutume. Cet habitant, marié et à la charge de trois enfants dont une fille, donna un accoutrement de cette dernière pour la petite Tengu. Ils les enfilèrent alors en gardant leurs armures dans un sac courbant l´échine.
- C’est la première fois que tu revêtis d’ordinaires bouts de tissus de la sorte.
- Ne crois pas si bien dire, j’ai été élevé par homme qui avant d’être riche a été fermier. Je connais la noblesse car je la côtoyais chaque jour, je sais être noble, mais la modestie fait partie de ma culture. La pauvreté , jamais je ne l’ai ignorée, il était très pointu là-dessus.
- Yumemaru…Je vois. Pourquoi n’ai-je pas rencontré cet homme plus tôt…
Hideyori repensa à son impuissance quant à la mort de son maître, à cette réalité, à ces cinq lames qui mordirent une chair bienveillante dans un glissement sans pitié.
- Le Destin, sans doute. conclut-il froidement en saisissant les charges qu’il endossa sur son cheval, Sekai. Je voudrais ne plus me poser certaines questions, ne pas faire de cette fin tragique une fatalité, me dire que son seul chemin s’arrêtait là et de cette façon. Le Destin. En suis-je capable ?
Il prit les devants sur Ako qui resta sur place un moment, elle le rattrapa silencieusement et continua à marcher avec lui.
- Je voudrais également, et en toute sincérité, m’excuser pour t’avoir brusquée l´autrefois. Mais sache que mon respect a disparu, sache-le, Ako. Et mon opinion sur Sen est toujours la même, bien qu’il soit un grand guerrier et que j’apprécie son maniement de l´hallebarde. avoua-t-il en plongeant sa main dans la crinière de son destrier.
- Je…te comprends.
Au cœur de la cité, les deux hommes s’aventuraient toujours entre les maisons, espérant trouver un indice révélateur. Tout le monde autour d’eux avançait sans les regarder, le regard plongé dans une tâche bien précise : Acheter de la nourriture, se rendre au travail, pêcher… seuls quelques enfants colportaient de vils plans pour se divertir. Ici, tous s’exécutaient à leurs habitudes, mais on sentait comme un perpétuel silence, un gêne…Rien ni personne ne leur répondait.
Ils se concentrèrent alors sur le château, une piste intéressante…Pour y aller, il fallait traverser un ponton arqué surveillé de près. Une rivière délimitait le jardin de ce grand bâtiment où fleurissait les uniques végétations de la ville. Ensuite, des parois se dressaient tout autour et parmi elles une entrée qui ne s’ouvrait que pour, avec de grandes chances, la classe samouraï ou religieuse.
- Nous y sommes.
- Et pour rentrer ? Demanda Kratos, contorsionnant ses ailes avec difficulté dans son revêtement de fortune.
Les gardes les voyaient s’attarder, cela ne leur plaisaient guère.
- Infâmes, retournez forger des armes sur l´enclume pour notre gouverneur ! s’écria l’un d’entre eux.
- Nous avons justement un présent pour lui. rétorqua Sen qui s’agenouilla. Je vous en prie, laissez-nous passer.
- Il s’oppose à toute rencontre, ces bateaux qui ont accosté il y a trois jours l’inquiètent, il leur fait pression actuellement. Laisse-moi ton offrande et repars !
- De qui s’agit-il ?
- Un clan ninja, mais rien ne te regarde, forgez pour nous défendre !
- Savez-vous où est Ryu ?
- Allez vous-en avant que je ne vous fasse trancher la tête, ne foulez pas cette terre avec vos sandales de paysans en toute impunité !
Malgré la pression du portier et le sabre qu’il dégaina comme ses congénères, les soi-disant forgerons restèrent sur place. Une dizaine de gardes leur firent face.
- Je ferai boire ton sang aux Genma qui arriveront bientôt, et je tuerai ces bêtes ensuite ! Tu seras maudit pour ton inconscience !
Alors qu’il leva son fer, une ombre lui trancha la gorge, un kunaï…Il s’effondra, vomissant son hémoglobine dans un cri étouffé.
- Qu’est-ce que ? De quels sorts venez-vous de faire usage, sorciers !
Les deux accusés demeuraient tout aussi perdus que leur agresseurs. Mais plus le temps de réfléchir car un autre garde, situé à l’arrière du groupe, gémit lui aussi avant de subir la même mort que son camarade. Le groupe commença à s’affoler.
- Tuons-les ! cria un lancier.
A ce moment précis une silhouette passa à toute vitesse et lui tailla une brèche dans la pomme d’Adam. Elle repassa ensuite pour administrer le même geste avec un timing parfait. Mais elle ne s’arrêta pas là. Cette fois-ci, elle saisit les épaules de sa future victime pour lui monter dessus et lui planter une dague -qui semblait-il n’avait même pas été dégainée- au travers du crâne. Puis elle bondit en lançant divers kunaï, abrégeant le combat de cinq hommes. Elle retomba sur une nuque et perfora la moelle épinière de celle-ci. Dans un salto arrière, elle reposa les pieds à terre. Plus que deux désespérés, face à cette « silhouette ». Elle alla entre eux deux sans qu’il n’eussent pu réagir et leur porta le coup de grâce aux côtes, toujours sans sortir sa lame…Ou alors elle le faisait plus rapidement qu’un banal coup de tonnerre.
Le même uniforme, les mêmes insignes, la même taille, la même prestance, la même éloquence :
- Ryu vous attend là-bas. Affirma-t-elle en pointant le doigt vers une des cours du château. Redevenez guerriers avant d’y aller.
La tête baissée, cette femme rencontrée à Sakai recula à pas feutrés derrière deux buissons avant de disparaître toujours aussi mystérieusement. Le binôme suivit ses indications juste après s’être r’habiller…