Bonne lecture
26
Chez Barjow & Beurk (suite et fin)
- C’est aussi simple que ça ? s’étonna Neville, quelques minutes plus tard.
Lui, Ron, Hermione l’avaient attendu derrière la porte, et Harry venait de leur raconter, à Abel et à eux, l’histoire de Zacharias Smith. Ils s’étaient enfermés dans la salle de DCFM et Smith était reparti dans sa salle commune.
- C’était ça son grand secret ? dit Ron d’un ton dédaigneux. Je ne vois pas ce qu’il y avait de si extraordinaire.
- Son grand-père est mort, Ron ! s’exclama Hermione, outrée.
- Il ne l’a jamais connu ! répliqua son petit ami. Tu parles d’un grand secret de famille… Son père a acheté quelque chose chez Barjow & Beurk, et après ? Ca ne lui coûtait rien de dire que la coupe était là-bas, non ?
Harry avait encore des doutes à ce sujet, mais il ne dit rien. De toutes manières, cela ne le concernait pas…
- Nous, les humains, sommes des créatures diverses et parfois – je dirai même très souvent – très étranges, dit Abel d’une voix profonde. Mais ce qui compte, c’est que nous avons désormais une piste. Alors ? Nous attendons une décision de notre chef !
Harry sursauta puis rougit. Il lui paraissait extraordinaire qu’un professeur – surtout un bourreau de travail comme Abel – attende ses ordres.
- Et bien… je pense qu’on devrait aller chez Barjow & Beurk, annonça-t-il. Le plus tôt possible, ajouta-t-il. Pourquoi pas demain ?
- Je vais en parler à la directrice, dit Abelforth.
- Merci, professeur…
- Appelez-moi Abel.
- Merci Abel… Vous êtes d’accord ? demanda Harry en se tournant vers les autres.
Ils acquiescèrent. Ils paraissaient nerveux mais déterminés.
- Alors… demain, après le déjeuner. C’est plus simple, on sera déjà tous réunis, expliqua Harry, hésitant.
- Tout ceci m’a l’air parfait, assura Abel, tandis que les autres approuvaient une nouvelle fois. Mais maintenant que cette affaire est réglée, je redeviens le chef de groupe : c’est parti pour une nouvelle séance d’entraînement !
- Mais Abel…
- Je suis redevenu votre professeur, Ronald.
- Monsieur, nous n’avons même pas dîné… ! protesta Ron.
- On fera une pause tout à l’heure, coupa le professeur Abel.
Le lendemain, au petit déjeuner, Harry dut annoncer à son équipe que l’entraînement de Quidditch était repoussé à une date ultérieure.
- Mais pourquoi ? demanda Dean à voix haute.
- Ce ne sont pas tes affaires, répliqua le Capitaine. Enfin, bon… je dois aller quelque part, dit-il sur un ton d’excuse.
Ces derniers temps, il recommençait à bien s’entendre avec Dean, il valait donc mieux éviter de se montrer désagréable.
- Tu vas encore sauver le monde ? lança Jimmy Peakes.
Les Gryffondor assez proches pour comprendre la conversation éclatèrent de rire.
- Il ne croit pas si bien dire, marmonna Harry tandis qu’ils se dirigeaient vers le parc.
Ils s’arrêtèrent et s’allongèrent au pied du hêtre qui leur était si familier.
La tension était palpable. Beaucoup de leurs sorties s’étaient soldées soit par un drame, soit par une fuite in extremis, cette année, une année dont ils n’avaient d’ailleurs pas encore parcouru la moitié. Et le souvenir du médaillon de Serpentard resterait gravé encore très longtemps dans les mémoires de Harry et de Ron…
Et de Ginny…
- Harry !
Harry se retourna et vit la jeune rousse se précipité vers eux.
- Ginny, qu’est-ce que… ?
- Harry, il faut que je te parle seule à seul, coupa-t-elle sèchement.
Ne voyant aucune excuse dans sa situation actuelle lui permettant de refuser, Harry se leva et suivit Ginny dans un coin plus isolé du parc, près de la Forêt interdite. Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, cette dernière lui parla sans détour :
- Vous partez chercher un Horcruxe, n’est-ce pas ?
- Comment… ?
- J’ai mes sources, dit simplement Ginny. Pourquoi tu ne me dis rien ? Pourquoi vous me tenez à l’écart ? Pourquoi tu me tiens à l’écart ?
- C’est trop danger…
- Je ne te parle pas de ça, et tu le sais très bien ! l’interrompit Ginny avec colère. Je sais depuis longtemps que vous ne me laisserez pas vous aider avant que je ne sois majeure ! Mais vous devriez me tenir au courant, au moins ! Mais je sais que le problème ne vient pas de Ron, Hermione, ou Neville ! C’est TOI – elle enfonça son index dans la poitrine de Harry – qui n’arrêtes pas de m’éviter depuis trois semaines ! Toi qui m’as exclue alors que je sais très bien que tu essayais de te rapprocher de moi !
Pris de court, Harry ne sut que répondre. Ginny fulminait.
- C’est toi qui surprotèges toujours les gens sans leur demander leur avis, dit-elle enfin. Hermione m’a racontée que j’avais déjà dû te harceler et te poser un ultimatum pour que tu acceptes de ressortir avec moi, le jour de la rentrée. Ne crois pas que c’est parce que je ne m’en souviens plus que je vais recommencer comme si de rien était, non, je ne m’en souviens pas mais ça ne m’empêche pas d’en avoir assez, désolée ! Tu as déjà eu ta deuxième chance, Harry, alors je ne reviendrai pas te chercher. Mais ça ne change rien, après tout, dit-elle avec un regard froid. C’était déjà fini entre nous. Je dois remercier Nott de m’avoir ouvert les yeux.
Et sans un mot de plus – tout était dit –, elle fit volte-face et marcha d’un pas résolu vers l’escalier de pierre.
Harry, déconcerté, avait du mal à réaliser ce qu’il venait d’entendre. Ginny le quittait… avant même qu’ils n’aient pu ressortir ensemble… Et tout, tout était de sa faute… Même Nott n’y était pour rien, comme elle l’avait dit… et cela faisait mal…
Il avait retrouvé sa Ginny, enragée comme une tigresse… Il était dommage que ce soit pour se séparer.
Il avait rejoint ses amis au pied du hêtre, et avait passé le reste de la matinée appuyé contre l’arbre, refusant de répondre aux questions qu’on lui posait. Il avait déjeuné sans ouvrir la bouche pour une autre raison que d’avaler quelque chose, mais il n’avait pas très faim non plus… Puis il avait attendu Abel sans un mot avec ses amis, près du portail.
Quand leur « compagnon » arriva, ils franchirent le mur d’enceinte et transplanèrent pour se retrouver au beau milieu de l’Allée des Embrumes. Sans prêter attention aux visages peu amicaux qui les toisaient sur leur passage, « l’unité » de l’Ordre du Phénix avança d’un pas résolu en direction du plus grand commerce de l’Allée : Barjow & Beurk. Ils entrèrent un par un dans la sombre boutique.
Elle était vide.
- Il n’y a personne, dit inutilement Ron.
- On avait remarqué…
- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Neville.
- On attend, répondit Harry.
Ils parurent tous étonnés par la froideur de sa réponse.
En tout cas, son conseil était le bon. Mr Barjow apparut en effet une minute plus tard.
- Que désirez-vous ? questionna-t-il sur le ton huileux qui lui était coutumier
Abelforth prit les devants.
- Nous cherchons un objet précis, dit-il sur le ton des affaires. Nous savons qu’il a ou a été en votre possession et nous souhaiterions l’acheter.
- Il est malheureusement fort possible que je l’aie vendu, Monsieur ?…
- Dumbledore, répondit Abel, ce qui eut pour effet de faire s’évanouir le sourire de Barjow.
- Comment ?…
- Abelforth Dumbledore, précisa-t-il.
- A… Abelforth… Mais c’est bien sûr !… Abel ! s’exclama Barjow, en retrouvant son sourire. Ça fait au moins…