Natation: Laure Manaudou triomphe en aveugle sur 400m nage libre
MONTREAL - Laure Manaudou est devenue championne du monde du 400m nage libre, dimanche à Montréal, au terme d´une course pleine de culot et de talent, en aveugle à la ligne d´eau n°8, sur les bases du record du monde.
Ainsi, la Melunaise de 18 ans remporte la première médaille de l´équipe de France et succède à Roxana Maracineanu, dernière française championne du monde. C´était sur 200 m dos en 1998.
" Honnêtement, même vingt minutes avant le départ, je n´y croyais pas moi-même. Même si mon entraîneur n´avait dit qu´on pouvait être championne olympique ou championne du monde en étant à la ligne n°8, j´avais du mal à y croire. Heureusement, Philippe a bien su me motiver", a reconnu Laure Manaudou après son titre et une caresse sur la joue donnée par son entraîneur juste avant de se lancer.
" Je suis émue par ce titre parce que, ces derniers temps, cela n´a pas été facile pour moi. Et puis, ça fait bizarre parce que, ce matin, j´étais nulle et, ce soir, je suis championne du monde".
" Dans le dernier 100 mètres, j´avais tellement mal aux jambes que j´ai même eu du mal à pousser dans le dernier virage. Je suis contente d´avoir gagnée sans être trop en forme" reconnaît l´héroïne d´Athènes, majeure depuis octobre dernier et très sollicitée ces derniers temps.
ATOUT ET HANDICAP
Dans cette ligne n°8, où l´on nage en aveugle, coincée près du mur de la piscine sans pouvoir vraiment bien voir ses rivales, dans cette ligne promise au huitième temps de la course précédente, en l´occurrence les séries matinales, la championne olympique avait frisé la correctionnelle en nageant en 4´11"46.
" Après cette course, j´ai eu beaucoup de mal à me remotiver. Puis, pendant la finale, je n´ai pas pu voir mes adversaires pendant 300 mètres. Au virage du dernier 100 mètres, j´ai pu jeter un rapide petit coup d´oeil"
" Cette ligne fut à la fois un atout parce que j´ai vraiment fait ma course et un handicap parce qu´il est toujours bien se savoir ce que font les autres", reconnaît-elle.
Lucas affirme : " Ce matin, elle était tétanisée par le stress".
Dans cette ligne n°8, comme punie de sa contre-performance matinale, " la gamine" comme la nomme son entraîneur a fait sa course en partant comme une bombe. Pendant les trois cents premiers mètres, elle était même sur les bases du record du monde de Janet Evans en 4´03"85.
A l´arrivée, la triple médaillée olympique d´Athènes peine dans la dernière longueur, " touche mal" et nage en 4´06"44, " pas un bon chrono : mais là, ce n´est pas important".
TOURNEE VERS L´AVENIR
A peine échaudée par sa journée, à peine séchée, Laure Manaudou, qu´on sait très épuisée par ces derniers mois sous pression, parlait déjà d´avenir :
" Je ne sais pas encore si je vais nager le 1500 m. Je vais voir avec mon entraîneur. Mais là, j´attends avec impatience la saison prochaine afin de mieux m´entraîner, en tout cas m´entraîner mieux que cette année".
A demi mot, la championne du monde avouait aussi une fatigue psychologique qui se lit sur un corps délesté de quatre kilos et sur son regard laissant échapper quelques larmes " peu habituelles chez elle", selon son entraîneur.
Laure Manaudou, soutenue par son père et son jeune frère de nageur, explique:
" Ce matin, j´ai eu l´impression d´avoir mal aux jambes. Mais, effectivement, en fait, c´était plutôt dans ma tête que ça passait pas. Heureusement que Philippe a su me convaincre qu´on pouvait faire un mauvais temps le matin et un bon résultat l´après-midi".
En l´espace de quatorze mois, la Melunaise a réussi un triplé extraordinaire en décrochant le titre de championne d´Europe en mai 2004, de championne olympique en août 2004 et de championne du monde en juillet 2005 sur 400 m nage libre
