C´est parti, bonne lecture!
Chapitre 8 : L’attaque du Poudlard Express.
Le vent sifflait à ses oreilles. Existait-il plus magnifique sensation ?
S’il n’y avait eu l’angoisse d’une imminente catastrophe, Harry Potter aurait goûté cet instant magique entre tous. Il devait malheureusement se hâter. L’Eclair de Feu avalait la distance à une vitesse phénoménale, mais la pauvre Hermione suivait péniblement malgré son récent Nimbus 2001, ce qui obligeait le garçon à ronger son frein.
Partis de Pré-au-lard, ils avaient remonté les rails sur lesquels devait, en ce moment, rouler le Poudlard Express.
Selon ses estimations personnelles, Harry calcula que la rencontre se produirait dans l’heure suivante. Quel dommage de traîner Hermione derrière lui ! Seul, il aurait peut-être déjà établi le contact.
Dans le train tracté par une grosse locomotive rouge à vapeur, une étrange ambiance régnait. Le chariot de friandises venait de passer… dans l’indifférence quasi totale. Nombre de compartiments étaient vides d’occupants. L’un d’eux, pourtant, regroupait plusieurs têtes connues. Luna Lovegood dévorait des yeux le dernier exemplaire du « Chicaneur » édité par son père, tandis que Neville Londubat tentait de dérider Ginny Weasley qui, morose, regardait le paysage.
« C’est quand même bizarre qu’ils ne soient pas là ! La rumeur affirmait que Harry reprenait les cours.
- Son altesse Potter aura sans doute eu mieux à faire, répliqua la rousse jeune fille le front appuyé contre la vitre.
- J’ai entendu parler d’une altercation au ministère ! s’infiltra Luna sans lever la tête. Et Ron, il va bien ?
- Comme si tu ignorais qu’il est à Ste Mangouste ! Je suis passée le voir avec mes parents, juste avant de prendre le train : on dirait un inferius.
- À ce point là ? s’exclama Neville qui en oublia de refermer la bouche.
- Ils lui font avaler des mixtures infâmes, et le soumettent à l’Electrum, toutes les quatre heures. »
Une telle description des maux infligés à Ron Weasley tira Luna de sa lecture :
« Les Psycomages sont parfois terribles. Après le décès de ma mère, j’y ai eu droit. »
Cette fois, ce fut au tour de Ginny et de Neville de se tourner, ébahis, sur la bonde jeune fille déjà replongée dans ses feuillets.
« Tu… Tu as été à Ste Mangouste ?
- Ho, c’est de l’histoire ancienne. Tu n’as pas à t’en faire Ginny, j’en suis sortie sans dommages au cerveau.»
Loin de la rassurer, cette remarque atterra davantage la sœur de Ron qui retomba dans sa contemplation extérieure. Était-ce ce passage à Ste Mangouste qui rendait Luna si… loufoque ?
Le décor défilait à vive allure sous ses yeux indifférents. Les champs, les arbres, les prairies, tout se fondait dans un brouillard impalpable d’images confuses, puis quelque chose d’insolite retint l’attention de la jeune fille. Intriguée, elle se décolla du carreau fixant intensément un coin du ciel.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? murmura-t-elle alarmée.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu vois ? demanda Neville se rapprochant d’elle. »
Ginny pointa vivement l’index :
« Là-bas ! C’est quoi d’après vous ? »
Trois paires d’yeux se braquèrent dans la direction indiquée. Au loin, une sorte de nuage de couleur sombre paraissait grandir de seconde en seconde, dans un large mouvement tournant.
« Une… Une tornade ? bredouilla Neville en battant des paupières.
- Si ça c’est une tornade, je veux bien être noyée dans de la bouse de dragon.
- Luna, ne plaisante pas ! Je ne sais pas ce que c’est, mais ça vient droit sur nous. Il faudrait peut-être… prévenir quelqu’un ? Se mettre à l’abri ? »
La tension de Ginny se transmit aux autres qui approuvèrent aussitôt. Se ruant sur la porte, ils sortirent en courant dans le couloir désert qu’ils remontèrent jusqu’au compartiment du professeur Slughorn.
Celui-ci, confortablement installé, à demi allongé sur la banquette, lisait le magazine « MagicStars » dans lequel tous les potins des célébrités du monde magique étaient relatés. Il plongeait sa patte grassouillette dans une boîte d’ananas confits quand un ouragan surgit sous la forme de trois jeunes gens paniqués.
« Où vous croyez-vous ? les apostropha-t-il sans ménagement. Vous ne savez plus frapper aux portes ?
- Excusez-nous, Mr Slughorn, dit Ginny très vite. Il y a… une urgence ! Vous êtes le seul professeur à bord, et…
- Et quoi ? Mr Londubat a-t-il à nouveau égaré son crapaud ? On a chapardé les affaires de Miss Lovegood ?
- Non, pas du tout ! Il y a… ça ! »
Ginny tendit le bras en direction de la vitre derrière laquelle le nuage avait encore enflé. Slughorn tourna ses grosses moustaches de morse pour observer ce qui tourmentait les élèves, et en béat d’incrédulité :
« Saperlipopette ! Qu’est-ce que c’est que ce machin ?
- ça vient d’apparaître mais… »
Tous écarquillèrent les yeux devant le phénomène déployé. À présent, sa proximité permettait de détailler…
« Des… Des… détraqueurs ! Ils sont au moins…
- Une… centaine, gémit Neville.
- Que va-t-on faire ? s’enquit Luna dont les yeux globuleux s’exorbitaient étrangement.
- Il n’y a qu’une chose à faire ! » décréta Slughorn qui, dans une souplesse incompatible avec son excès de poids, se releva d’un bond pour se suspendre à une poignée rouge.
Le Poudlard Express roulait à toute vapeur quand, brusquement, des gerbes d’étincelles éclatèrent dans le freinage en catastrophe qui l’arrêta juste au moment où les rails se volatilisaient devant lui.
Quel chambard, à l’intérieur ! Des bagages churent, des cages s’ouvrirent libérant un flot de bestioles ravies de cette aubaine inattendue. Les passagers, eux, étaient loin d’être à la fête. Une cohue monstrueuse régna ; préfets et préfètes tentèrent de ramener un semblant d’ordre dans ce chaos. Cris, hurlements, commandements fusaient à tout azimut. La voix puissante de Slughorn s’éleva :
« Que personne ne descende ! Quelqu’un peut-il me prêter un hibou ? Un rapide, vite ! »
On s’activa sans trop savoir pourquoi. Un majestueux grand-duc fut amené au professeur qui lui noua à la hâte un parchemin à la patte avant de remonter une vitre. L’oiseau, déployant ses ailes, prit son envol.
Refermant, le professeur contempla les multiples visages anxieux qui l’entouraient.
« Nous allons être attaqué. Pas de panique ! Je répète : PAS DE PANIQUE ! Il ne s’agit QUE de Détraqueurs. Si nous bouclons les issues, ils ne sauront rien nous faire.
- Je… je crois qu’il y a… un os ! » bredouilla Neville en pointant un doigt tremblant vers le dehors.
Tous, Slughorn en tête, se propulsèrent sur les carreaux. Non ! C’était démentiel. En plus de ce tourbillon de créatures maudites, le ciel se piquetait de balais montés par des êtres encagoulés et masqués.
« Des Mangemorts ! » hurla une petite gamine terrorisée, sûrement de 1ère année, qu’un aîné bâillonna aussitôt.
« Manquait plus que ça, marmonna Slughorn dans ses moustaches. On s’organise en attendant les secours. Le Poudlard Express n’est pas une boîte de conserve ! S’ils veulent entrer, ils auront du mal, croyez-moi. Alors… euh, les plus jeunes au milieu ; les plus âgés rassemblez-vous sur les flancs. Quels sont ceux de six et septième années ? »
Avisant la petite vingtaine de mains levées, Slughorn sentit ses rares cheveux se dresser sur son crâne luisant de sueur.
« Vu les conditions exceptionnelles, je vous autorise à utiliser tous, de dis bien tous, les sorts de défense ou d’attaque de votre répertoire, qu’ils soient officiels ou non. »
Se serrant les coudes, baguettes brandies, le groupe se prépara à l’affrontement.
« Harry ! cria Hermione d’une petite voix à peine audible avec le sifflement du vent. Je vois la fumée du train ! »
Le jeune homme obliqua à gauche puis à droite avant de stabiliser son vol. Oui ! Là, en contrebas, il y avait… Une horreur ! Jamais, même dans ses pires cauchemars, il n’avait entrevu pareille désastreuse situation.
Une centaine de Détraqueurs cernait le train immobilisé, griffant de leurs longs ongles réfrigérants les fenêtres des compartiments accessibles ; les survolant, trente Mangemorts attentifs, tels des chats à l’affût d’une souris prise au piège.
Hermione le rejoignant, Harry s’anima :
« On ne peut pas les laisser entrer !
- Nous ne sommes que deux, Harry. Je suis certaine qu’ils ont appelés des renforts.
- GINNY EST LÀ-DEDANS ! Tu penses vraiment que je vais regarder ça sans rien faire ?
- Attends, il faut… NOOOooonnn. »
Les paroles de Hermione se perdirent dans l’atmosphère déchirée par l’Eclair de Feu fonçant sur sa cible.
Un contre tous, qu’importe. Celle qu’il aimait était en danger, cela seul comptait. Perdre la vie dans ce combat lui était complètement égal ; la sauver était l’unique objectif.
« Ginny, j’arrive ! songea-t-il éperdu d’angoisse. »
Le cœur gonflé de détermination, l’image de son aimée habitant tout son être, Harry Potter fondit sur les Détraqueurs en lançant le plus puissant des sorts qu’il connut :
« SPERO PARTONUM ! hurla-t-il à pleins poumons. »
Un cerf argenté géant jaillit de l’extrémité de sa baguette, se déployant en une immense onde de force qui dispersa la majorité des opposants fantômatiques. Une loutre irisée bondit rejoindre la lutte, semant la débandade dans les rangs des assaillants.
À l’intérieur du train, serrés les uns contre les autres, les élèves stupéfaits virent se décrisper les doigts décharnés qui givraient les carreaux. Le moral remonta. Pourtant, un des Mangemorts extérieurs pulvérisa une vitre, celle derrière laquelle se trouvait Neville. Aussitôt, cinq Détraqueurs s’infiltrèrent dans la brèche. Luna cria :
« Spero Patronum ! »
Un être bizarroïde, mi-chat mi-dragon, se matérialisa, repoussant l’infâme apparition.
D’autres se faufilèrent, aussitôt éjectés par des Patronus surprenants. Une faune insolite jaillit dehors. Tigres ailés, singes aux oreilles de chauve-souris, rats énormes, serpents emplumés, tous entrèrent dans la chasse à l’ennemi.
Le visage rayonnant, Harry Potter observa la fuite des immondes Détraqueurs. Pourtant, sa joie fut de courte durée lorsqu’il vit la réplique fulgurante des Mangemorts. La moitié s’aligna pour, d’un geste coordonné, pointer la locomotive qui se mit à léviter lentement hors de ses rails. Il devait agir, vite, avant que les wagons ne subissent le mouvement ascendant.
Réfléchir à tout allure quand on vole à presque 200km/h est digne de l’exploit. Harry était trop déboussolé pour y parvenir ; il se laissa donc guider par son instinct. Exécutant un virage serré, il fila directement sur le groupe d’assaillants qui, surpris par cette intervention, changea de cible.
Maintenant, c’était lui que l’on visait. Des boules de feu lui arrivèrent dessus dans un bel ensemble l’obligeant à décoller dans une chandelle magistrale. Il rétablit son assiette, jeta un œil en dessous, puis sourit : Hermione ne restait pas inactive. Où diable avait-elle appris ce sortilège inconnu ? Une gigantesque poêle à frire se matérialisa, cueillit les sphères incandescentes et les renvoya aux expéditeurs qui se dispersèrent, dans un beau désordre paniqué.
Malheureusement, l’autre moitié des Mangemorts harcelait les wagons. Certainement qu’une magie particulière protégeait le métal car la plupart des sorts rebondissaient sur les tôles sans leur provoquer la moindre égratignure. Néanmoins, les coups de butoirs reçus par l’armature devaient hautement malmener les occupants dont les répliques s’en trouvaient amoindries. Tôt ou tard, les compartiments souffriraient.
Harry, désespéré, vola en cercle un moment. Comment empêcher le désastre ? Après tout… C’était lui qu’ils voulaient, non ? Avec la distance, les ennemis n’avaient sans doute pas encore réalisé qui était le téméraire garçon qui s’interposait. Il était temps qu’ils le sachent.
Résolu, il plongea dans un piqué hallucinant qui l’amena presque sous le nez des affreux masques. Jetant une rafale de sortilèges, il en désarma trois et en fit chuter cinq dans le même passage avant de remonter en flèche. Le stratagème porta ses fruits, la traque s’organisa derrière lui. Souplement, Harry zigzagua d’un côté à l’autre, louvoyant entre le tir soutenu de ses pisteurs.
L’ennui des balais c’est qu’ils perdaient de l’ergonomie s’ils étaient équipés de rétroviseur. Démuni de cet accessoire, l’Eclair de Feu battait tous les records de vitesse mais rendait son propriétaire inapte à constater ce qui se passait en arrière. Qu’à cela ne tienne. Quand Harry jugea s’être suffisamment éloigné du train, il redressa le manche, vira et accomplit un looping vertigineux.
Désorientés, les opposants ne réagirent qu’à retardement. Leur lièvre s’était volatilisé, où était-il passé ?
Harry, jubilant, se positionna dans le dos de la meute désemparée qui venait encore de perdre de vue cette proie décidément trop véloce pour elle. Il pointa sa baguette, mobilisant son esprit afin d’infliger le plus de dégâts possibles dans ces rangs serrés. Brutalement, il se crut victime d’une hallucination :
« Reviens ! » criait une voix issue de nulle part.
Que… ? Quoi… ? Harry tourna la tête en tous sens, tentant d’identifier l’auteur de ce message impromptu. Mais, à part les Mangemorts devant lui, le ciel était vide de toute présence humaine.
Virant sèchement, il n’en obéit pas moins, fonçant à nouveau vers la voie ferrée, la poitrine oppressée d’une angoisse affolante.
Il ne savait au juste à quoi s’attendre. Le train avait-il sauté ? Les Détraqueurs étaient-ils revenus en force ? Déjà, il imaginait le pire, voyant des cadavres allongés partout. Déchirant une épaisse couche de nuage, il émergea en trombe. La surprise faillit le déséquilibrer de son balai. Pour une bagarre, c’en était une belle !
Dirigée par Slughorn, la majorité des élèves âgés sortait du convoi, s’opposant farouchement aux Mangemorts qui les survolaient. Au milieu des combattants, il repéra une chevelure flamboyante ; son cœur bondit. Une vraie lionne, sa Ginny ! Elle venait d’expédier une nuée de chauves-souris à un ennemi dont le masque subissait de multiples morsures, l’aveuglant totalement.
Des sorts de toutes couleurs fusaient dans les deux sens. Hermione avait atterri et se joignait à la lutte. Mais, comble du bonheur, Harry vit les rangs de la résistance s’accroître soudain avec l’apparition de dizaines de sorciers adultes. Il ne leur fallut que quelques secondes pour enfourcher leur balai et entrer dans la danse. Les Mangemorts tentèrent de s’opposer ; les jeunes au sol ne leur en laissèrent pas l’occasion. Neville et Luna, côte à côte, unirent les efforts dans un « impedimenta » bien coordonné, bloquant le Mangemort qui attaquait Dean Thomas. Harry ne rata pas ses « Expelliarmus » et les adversaires, coincés par trois fronts, refluèrent dans une splendide débandade ; ceux qui le pistaient ne demandèrent pas leur reste, se dispersant en un clin d’œil.
Bientôt, des hourras et des vivats vibrèrent dans un ciel serein. Plus aucune menace ne souillant l’horizon, Harry Potter célébra la victoire à sa façon. La série d’acrobaties aériennes exécutée avec brio déclencha l’enthousiasme général… ou presque. Ginny, comme tous, suivit des yeux ce ballet virtuose. Elle haussa brusquement les épaules, et se détourna, maussade :
« À croire que c’est encore lui qui a tout fait ! » marmonna-t-elle entre ses dents.
Neville, Luna et Hermione, surpris, la regardèrent s’éloigner tristement.