Inespérée, une énergie nouvelle gagna soudain son organisme. Qu’est-ce que… Émerveillé, il contempla la ceinture d’or qui lui ceignait à présent la taille. À son doigt se glissa un anneau au lourd rubis.
« Dobby… ? »
Quoiqu’il ne le distinguât pas, il sut que l’elfe avait rempli sa mission. Sans aucun effort, cette fois, les liens se dénouèrent : il était libre !
Libre, certes, mais démuni de baguette. L’esprit plus clair que jamais, il eut la certitude qu’elle se trouvait dans la poche de Londubat.
Une mare de sang s’élargissant sous lui, ce dernier était couché sur le flanc à proximité.
« Pauvre Neville, songea brièvement Harry. Pourvu qu’il… »
Il se concentra. En une fraction de seconde, il rejoignit son ancien camarade, plongea dans sa robe et en préleva son bois de houx. Neville vivait ! Agir, et vite ! Harry, ne réfléchit pas. Il pointa sa baguette sur le membre amputé en prononçant :
« Retablitus Totalus. »
Puis, déterminé, il attaqua Floïs :
« Stupe… »
Le sortilège lui resta en travers de la gorge tant l’effroi le saisit. Là, calmement, Simon s’essuyait les lèvres d’un revers de manche.
« Trop tard, Potter, ricana le garçon. Ce qui devait s’accomplir est achevé. Tout est en ordre.
- C’est ce que tu crois ! Je t’empêcherai de nuire, Voldemort ! » rugit Harry en position de combat.
S’il s’attendait à une réaction, celle qui survint le laissa pantois : son adversaire éclata de rire :
« Grand-père avait raison sur un point : Potter, vous êtes idiot ! Imaginiez-vous, vraiment, que j’allais me laisser berner sottement ? À aucun moment je n’ai été dupe des projets de ce reliquat de mage noir. Il s’est trompé lourdement en me sous-estimant. À présent, IL EST CONDAMNÉ À M’OBÉIR EN TOUT POUR LE RESTE DE MES JOURS ! »
Harry n’arrivait pas à admettre que, devant lui, se tenait le petit-fils de son vieil ennemi et non pas la renaissance de celui-ci.
« Vous… Vous l’avez…
- Leurré, abusé, mystifié… VAINCU ! Il se prenait, à tort, pour le plus fort. Maintenant, C’EST MOI ! Oh, il a supervisé chaque étape de la préparation de la potion de régénérescence, via Londubat. Ce qu’il ignorait, c’est que j’en avais préparé une autre. C’est celle-ci qu’il a fait apparaître à son insu. Le comble est qu’il voulait me forcer à la boire, j’ai joué le jeu : c’était trop drôle ! »
Désarçonné, Harry secoua la tête d’incompréhension :
« Alors… Voldemort est…
- EN MOI ! La fusion est complète ; je possède tous ses pouvoirs, comme JE l’avais prévu. Il ne peut plus agir, juste subir MES ordres !
- Donc… Il ne saura plus passer d’un esprit à l’autre ?
- N’essaie pas de finasser, Potter. Je vois où tu veux en venir. Tu espères nous abattre, lui et moi, sans possibilité de réincarnation. JE te suis supérieur en tout. Soumets-toi à ton maître : IMPERO ! »
Jamais Harry n’avait dû subir une telle tentative d’emprise de ses sens. Sans la ceinture, il aurait sûrement courbé l’échine tant la violence du sortilège était intense. Quand un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres, Simon rugit :
« SOUMETS-TOI ! Tu n’es pas de taille. Personne ne peut rivaliser avec ce que je suis devenu !
- SI ! répliqua Harry avec une pointe de sadisme. J’en suis capable, à présent. Voldemort désirait connaître les pouvoirs des objets en ma possession ; il avait raison de s’en méfier. VOIS, et connais ta douleur : ENDOLORIS ! »
Le sortilège fusa. D’un geste négligent, Simon le contra.
« Peuh… si c’est tout ce que tu as à m’opposer, tu n’y parviendras pas. Tes amis ne te seront d’aucune utilité, je viens de nous isoler dans une bulle anti-intrusion. Es-tu prêt à souffrir ta plus cuisante défaite, Potter ? »
Effectivement, Harry contempla une sorte de cloche aux parois bleutées qui les englobait totalement. Les rouages de son cerveau s’activèrent. Une bulle ? Quelle excellente idée ! Personne n’entre… personne ne sort.
« JE SUIS PRÊT, hurla-t-il, prêt à te faire mordre la poussière, vile créature.
- Toujours aussi imbu de toi-même, Potter. Dommage… Tu aurais été une si bonne recrue. En garde ! »
Les jouteurs se positionnèrent. Jambes fléchies, baguette rabattue près de l’épaule gauche, Harry et Simon se firent face.
En arrière, les membres de l’A.P venaient d’exterminer l’ultime résistant : Théodore Nott. Aucun mort à déplorer dans les deux camps ; les partisans de la renaissance étaient ou ficelés ou en déroute. Nombre d’éclopés recevaient les soins d’une Luna empressée qui se chargea d’évacuer les plus atteints grâce à Dobby et la cape passe-muraille. Un cercle attentif se forma autour des belligérants.
« Harry ! cria Hermione. Nous les avons eus. Pouvons-nous t’aider ?
- Pas besoin, merci. Occupez-vous de Neville, je me charge de celui-ci. Mais surtout, quoi qu’il se passe, maintenez la bulle autour de nous ! »
Les dés en étaient jetés : ce serait lui ou l’autre.
« Tu ne me tueras pas, Potter ! Tu as trop de compassion en toi.
- N’en sois pas si sûr ! J’ai changé, évolué au fil du temps. Un Avada Kedavra ne me rebute plus, aujourd’hui.
- Que tu dis ! Lui et moi, fusionnés, rien ni personne ne nous vaincra. Pour la dernière fois : soumets-toi !
- JAMAIS ! hurla Harry qui enchaîna : « AVADA KEDAVRA »
Le sortilège de mort rebondit sur Floïs mieux qu’un boomerang accompagné d’un rire gras :
« Raté ! Quoi que tu fasses, tout échouera. Écoute la voix de la sagesse : abandonne.
- Je te contrerai dans cette vie ou au-delà. Je suis, de par ces reliques, investi d’une force dont tu n’imagines pas l’once de l’action. Si tu tiens un tant soit peu à la vie : renonce !
- Tu bluffes ! Mon grand-père me l’insuffle. JE SUIS LE PLUS GRAND ! MEURS ! »
Un éclair vert jaillit. Harry avait déjà levé sa baguette ; elle absorba le sortilège comme un buvard boirait de l’encre. Simon parut décontenancé par cet effet assez inédit. Sourcils froncés, il exécuta une arabesque complexe. Le bout de son bois d’if rougeoya, dessinant une horrible créature à l’aspect démoniaque. Gueule ouverte, prête à l’avaler, elle fonça sur Harry qui, sans prononcer une parole, la fit s’évaporer dans un flash éblouissant. Cette fois, le doute se refléta sur les traits juvéniles.
« Comment fais-tu ça, Potter ? éructa-t-il, venimeux.
- Je t’ai averti, la bague de Krimlord et la ceinture d’Imocalpa me rendent invulnérable. Je devine toutes tes actions avant même que tu ne les amorces.
- Krim… C’est la bague de Krimlord ? s’effara Simon. Grand-père dit qu’il en avait entendu parler. Il m’engueule, mais je m’en fous.
- Il te suggère sûrement de prendre les reliques sur mon cadavre ? ricana Harry.
- Exactement ! Et je compte bien le satisfaire. »
Le duel reprit. Simon déploya des trésors d’innovations afin d’atteindre son adversaire qui, très calmement, les annula tous. La colère, à présent, animait le visage de Simon. Il s’épuisait, manifestement. Ses coups se ralentirent et furent plus désordonnés. Au bout d’une dizaine de passes, Simon baissa sa baguette.
« Je suis vidé, Potter. Tu m’as eu. Fais ce que tu dois faire, s’il te plaît.
- Non, Simon. J’ai retenu la leçon de Voldemort. Si je te tue, l’esprit pourri que vous formez, lui et toi, passera en moi. Aussi… nous allons mourir, tous les deux.
- QU’EST-CE QUE TU DIS ? Tu ne vas pas…
- Oh, si ! Adieu, Simon ; ou plutôt : AU DIABLE ! »
La panique s’empara de Floïs qui se rua sur la bulle.
« Maintenez-là ! Coûte que coûte ! » dit Harry en se tournant vers ses amis. Le visage noyé de larmes, Hermione voulut se jeter en avant. Ron, livide, l’en empêcha en la tenaillant. Harry leur adressa un petit salut et se recula un peu. De son bras tendu, il fit léviter sa baguette qu’il plaça au centre de l’arène. Simon, le dos plaqué à la paroi bleutée roula des yeux fous.
« AVADA KEDAVRA ! »
Un double éclair vert jaillit de la baguette flottante.
« NOOOOOOOOnnnnn ! » hurla Hermione.
Les deux adversaires furent frappés en même temps. La stupeur figea les traits de Simon dans un affreux rictus ; Harry, lui, sourit. Il ferma les yeux puis s’effondra, terrassé.
Incrédules, les alliés restèrent pétrifiés d’horreur. Là, devant eux, gisaient deux corps inanimés. Les parois bleutées de la bulle perdirent de l’intensité. Ron réagit le premier :
« Tous, obéissons à Harry ! »
Ensemble, ils visèrent la cloche qui retrouva aussitôt des couleurs.
« Re… Regardez ! s’affola Luna. Qu’est-ce… »
Sous leurs yeux écarquillés de surprise, ils virent une volute noire s’échapper du corps de Simon. Elle évolua en direction de Harry au-dessus duquel elle flotta comme à la recherche d’un passage. Brusquement, elle sembla prise de frénésie, se dilatant et contractant à vive allure. Le temps d’un battement de cil, elle disparut.
« C’est… fini ? murmura Adrien, choqué.
- Je… Je crois. » répondit son oncle qui baissa le bras d’un geste las.
Les parois de la bulle s’effacèrent progressivement. Un profond silence régnait ; nul n’osait bouger.
D’une secousse, Hermione se dégagea du bras de Ron et elle se précipita près de son fiancé. La mine sombre, le grand rouquin détourna la tête afin d’éviter ces images affligeantes. Il reporta son attention sur le lit de pierre où Lou-Anne dormait.