suite et fin des aléas des uns et des autres. Bonne lecture!
Enfermée dans sa cellule d’isolement, Hermione se morfondait depuis de longues heures. Les sorciers de Pré-au-Lard n’avaient pas tergiversé. Une brigade de la police magique était survenue sitôt l’alerte donnée, et l’avait embarquée manu militari. Depuis, sans avoir été interrogée, elle était bouclée dans un des cachots du ministère.
Loin d’être effondrée par sa situation, le jeune femme prenait son mal en patience. Assise sur une mauvaise paillasse de crin qui puait le moisi, elle rêvassait en se demandant surtout ce qu’il était advenu de Harry. Du moment qu’il était à l’abri, peu lui importait son propre sort.
Que tout cela était complexe ! Harry était père… d’une enfant qu’elle n’avait pas porté, et qui était disparue. Son ex-époux était moins mauvais que ce qu’elle avait imaginé. Voilà qui était inattendu. Regrets ? Remords ? Il y avait là matière à réflexion, d’autant que coincée en ces lieux, elle aurait bientôt à répondre à des questions… embarrassantes. Quelle attitude allait-elle adopter ? La franchise ou… la roublardise ?
Honnêtement, elle penchait pour la première solution. Le mensonge n’était pas son fort. Elle avait eu tant de mal à cacher que…
Un bruit attira son attention. Cliquetis de serrure, raclement de semelles, Hermione se leva de sa couche, prête à affronter l’arrivant. Se présenta une sorcière osseuse à la mine renfrognée. C’était la geôlière déjà entrevue à l’entrée. De ses doigts crochus, la mégère agita un imposant trousseau de clefs dont elle joua sur la grille.
« Dehors ! l’invectiva-t-elle. On vous réclame en haut. »
Sans se presser, la détenue obtempéra. Privée de baguette, revêtue d’un sortilège de passivité appliqué par les policiers sitôt arrêtée, elle suivit sa guide au long du couloir menant à l’étage. Peu de prisonniers hantaient ces lieux, ce qui prouvait le calme apparent du monde magique. Bien sûr, il y avait les habituels fraudeurs, voleurs ou trafiquants. Elle n’accorda aucun regard aux formes avachies sur leur lit lorsqu’elle les croisa.
Après une série de portes solidement verrouillées, Hermione déboucha dans un couloir connu pour y être venue en compagnie de Harry quelques mois plus tôt. Cette fois, c’était à son tour d’être confrontée au Magenmagot.
Très droite, déterminée à défendre son bon droit, elle franchit l’ouverture menant à la salle d’audience. Ce qu’elle y vit la décontenança légèrement. Elle, qui s’attendait à une réunion de hauts dignitaires, se retrouva face à un staff des plus restreint d’éminences. Le ministre Scrimgeour – fidèle à son image de lion mal tourné – siégeait en compagnie de Ron et de… cette peste de Dolorès Ombrage. Au bout de la table, impassible, se tenait un greffier anonyme.
L’air pincé, l’ancienne grande inquisitrice de Poudlard se leva à l’entrée de la prévenue. Elle n’avait pas beaucoup changé malgré les années écoulées, sa face de crapaud s’ornait de la grimace du chat qui a attrapé une souris. D’une main potelée, elle rajusta les boucles de sa chevelure grisonnante, et attaqua :
« En ce 9 février, comparait devant nous, la dénommée Hermione Jane Granger, accusée de connivence avec le criminel Harry Potter. Il est prouvé qu’elle a facilité la fuite de cet individu recherché par notre police. Plais à la cour d’entendre la défense de la sus-dite. Asseyez-vous, Miss Granger. »
Vu la froideur débitée, les choses ne se présentaient pas sous leur meilleur jour. Hermione, raidie, s’installa sur le siège prévu. Un imperceptible clin d’œil de son ex-époux la rassura à demi : elle avait au moins un allié dans la salle.
Scrimgeour s’éclaircit la gorge :
« Hum… ! Miss Granger. Vous n’êtes pas sans vous douter que vous nous posez un grave problème.
- Je ne vois pas en quoi, non.
- Déjà… lors de l’audition de Mr Potter, vous vous êtes montrée partie prenante vis-à-vis de cet individu. Cette fois, vous dépassez les bornes : vous l’avez aidé à s’échapper.
- Vous auriez fait la même chose si, comme moi, vous étiez convaincus de son innocence.
- Son innocence, railla Ombrage. Venant de vous, quoi de plus… normal que d’émettre une telle absurdité. Il est de notoriété publique que vous fréquentez assidûment cet homme ! Nierez-vous ?
- Pourquoi le cacherai-je ? Je n’ai pas à rougir. Harry Potter est innocent, et mes sentiments pour lui n’y sont pour rien. J’admets l’avoir aidé à s’enfuir ; j’en suis d’ailleurs très heureuse parce que vous avez tort.
- L’examen de la baguette découverte dans ses appartements ne laisse aucun doute, trancha Scrimgeour, il a lancé un Avada Kedavra puis un Morsmordre.
- Quelqu’un l’y aura placée exprès ! Je n’ai jamais vu Harry se servir d’une autre baguette que la sienne. Vous n’êtes pas sans savoir qu’une baguette est un objet TRÈS personnel. On peut se… dépanner avec n’importe laquelle mais pour créer des sortilèges puissants, rien de mieux que celle qui vous a choisi. Alors, ne venez pas me dire qu’avec un bois de substitution on peut lancer ce type de sort ! De quelle nature était celle que vous avez trouvée ? »
Dolorès Ombrage réagit avec vigueur :
« Vous n’avez pas le droit de poser des questions ! Seulement celui de répondre aux nôtres ! Dites-nous où est allé Potter ?
- Même si je le savais, vous pensez bien que je ne vous le dirais pas.
- N’ironisez pas ! Nous avons les moyens de vous faire parler. Ne nous obligez pas à les employer, ils sont très… désagréables.
- Je connais vos méthodes, Mrs Ombrage. Je n’ai pas peur. »
L’ex-inquisitrice aurait été giflée qu’elle n’en aurait pas rougi davantage. Dressée sur ses ergots, elle allait répliquer lorsque le ministre s’interposa :
« Miss Granger… Vous paraissez négliger un fait important. Vous rappelez-vous les conditions de votre engagement en tant que professeur de Poudlard ? »
Brièvement troublée, Hermione se rebiffa :
« Bien sûr ! Mais…
- Il n’y a pas de mais qui tienne ! Vous aviez juré de nous tenir informés des déviations du Sieur Potter. Or, à ce jour, fait est de constater que vous avez failli à votre serment.
- Je vous ai fidèlement transmis les rapports que je jugeais dignes d’intérêt. Qu’y puis-je si, malgré mon attention, aucun signe d’anormalité ne m’a paru…
- Que VOUS dites ! jeta Ombrage. Comment une femme amoureuse pourrait-elle se comporter autrement ?
- Que connaissez-vous à l’amour pour me critiquer de la sorte ? grinça Hermione. RIEN, j’en suis sûre et…
- DU CALME, mesdames ! clama Scrimgeour. Vous comprendrez, Miss Granger que vous nous mettez dans une situation délicate, ce qui explique notre comité privé. Nous n’allions pas, publiquement, révéler que nous avions, pour prouver nos doutes quant aux capacités mentales du directeur de Poudlard, placé un espion qui...
- Un QUOI ? s’étrangla Ron. Hermione, euh… Miss Granger espionnait Harry ?
- Désolé, Weasley. Ceci est classé secret, dit Scrimgeour. Un nombre limité de personnes est au courant des activités réelles de Miss Granger. »
Abasourdi, Ron contempla avec des yeux ronds la jeune femme devant lui.
D’un mouvement d’irritation, elle dit :
« Je e raconterai. Mais ce n’est pas le débat, je suppose. Je n’ai pas failli à mes devoirs. Harry Potter est innocent des crimes dont il est soupçonné, j’engagerais ma vie, là-dessus. Par contre, à Poudlard, il s’en passe de belles. Malgré mes observations, vous n’avez pas enquêté !
- Miss Granger, cria Ombrage, vous n’êtes pas en position de…
- Veuillez vous taire, Dolorès !, souffla le juge, l’air las. Nous avons, effectivement reçu vos propos alarmistes sur la nouvelle direction de Poudlard. Nous n’en avons pas tenu compte… Vous devinez aisément pourquoi. Cependant, deux plis récents nous obligent à reconsidérer la question.
- Deux ? siffla Hermione, réjouie. Vous avez reçus…
- Deux plaintes, c’est exact. L’une émane de… peu importe, l’autre a été rédigée par Adrien Weasley.
- Mon neveu ? Ma fille m’avait déjà signalé que…
- C’est inconcevable ! On s’en moque de Poudlard ! C’est de Potter et de Miss…
- IL SUFFIT ! rugit Scrimgeour. Le sac de nœuds est assez embrouillé sans en rajouter. Comme il le fut notifié en début de séance, nous sommes avant tout ici pour trancher sur le sort de Miss Granger.
- Elle a avoué, donc… »
Un regard noir suspendit l’interruption grossière d’Ombrage, qui rentra la tête dans son col.
« Miss Granger reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Ayant, personnellement, discuté avec Mr Potter, je ne puis que… demander que soit appliqué le doute acceptable. Autrement dit, Harry Potter ne sera déclaré coupable qu’après un jugement équitable. Il demeure donc uniquement suspect. L’avis de recherche est maintenu, mais les personnes le secondant ne peuvent être inquiétées, juste rappelée à l’ordre, point final. Au vu des plaintes et rapports sus-dits concernant le collège de Poudlard, je requiers qu’une information complémentaire soit ouverte. La mener à bien nécessite doigté et compétence, c’est pourquoi, je désigne… »