Avis aux amateurs, voici une petite suite.
Chapitre 23 : Les aléas des uns et des autres.
Quinze heures sonnaient lorsque Harry et Hermione se matérialisèrent sur le chemin désert menant à Pré-au-Lard. Secoués après ce repas absorbé dans une ambiance des plus lugubres, les fiancés marchèrent à pas lents vers le village sorcier. Main dans la main, plongés dans leurs remous internes, ils ne parlaient pas. Les premières habitations se profilaient lorsque, timide, Hermione rompit le silence :
« Comment te sens-tu ? Vraiment ? Asseyons-nous sur ce tronc, et vide ton sac. »
Il ne répondit pas tout de suite, l’air piteux. Il se laissa guider vers le siège improvisé. Enfin il soupira :
« D’un côté, je suis… content. Merveilleusement heureux de cette nouvelle tellement inattendue. Je suis aussi… très fier, je l’avoue. Lou-Anne est non seulement mignonne mais aussi intelligente et forte.
- Avec des parents tels que Ginny et toi, il ne pouvait en être autrement.
- Tu es gentille, sourit-il faiblement. Pourtant, Ron a raison, tu sais.
- D’un certain point de vue, je te l’accorde. Néanmoins, il ne peut t’évincer de la vie de Lou-Anne, à présent.
- Nous devrons réfléchir à la manière de lui présenter les choses. Je ne voudrais pas la perturber. Elle m’aimait bien, en tant que directeur… que dira-t-elle quand elle saura que je suis son père ?
- Ne te torture pas avec ça ! Pas maintenant. Le plus urgent est de la retrouver, non ? »
Il acquiesça sombrement.
« Une chose me rassure, tu as vu les aiguilles de l’horloge de Molly ?
- Je… Je n’ai pas fait attention. Qu’indiquaient-elles ?
- Pas de danger de mort ! Celle désignant Lou-Anne était pointée sur « à Poudlard » Elle est donc proche et probablement en bonne santé.
- Puisses-tu dire vrai. Et… toi ? Comment encaisses-tu tout ça ? »
La jeune femme regarda tristement ses chaussures :
« Je suis heureuse pour toi, même si je me sens un peu… jalouse de ton bonheur. J’aime beaucoup Lou-Anne, ça va me faire drôle d’être belle-mère sans avoir encore été mère. Mais qu’elle soit votre fille et pas celle qu’une inconnue aurait eue avec…
- Ron ?
- Mon mari… à l’époque. Il m’a trompée, il l’a admis. Au moins n’a-t-il pas…
- Il t’a moins trahie que ce que tu pensais ? C’est cela ?
- Disons… qu’il remonte un peu dans mon estime, surtout pour s’être comporté comme un papa, alors que rien ne l’y obligeait. Si cela a élargi le fossé qui nous séparait déjà, qu’importe.
Ce que nous devons faire maintenant n’est pas simple. Comment comptes-tu t’y prendre pour récupérer Lou-Anne ?
- Il faut découvrir ce que ce malade a derrière la tête sans pour autant mettre la vie de ma fille en danger. J’ai les mains liées. Pourvu que les enfants aient trouvé quelque chose à la bibliothèque !
- J’aimerais aussi comprendre ce que Londubat mijote avec Floîs.
- De quoi parles-tu ? s’étonna Harry.
- Avec mon malaise et ton arrestation, je n’ai pas encore eu beaucoup le temps de te parler depuis ton retour. Alors voilà… »
Posément, Hermione relata ce que, sans s’en souvenir, elle avait déjà raconté au faux Harry.
« Neville a réellement beaucoup changé, mentalement et aussi physiquement. Tu as dû le remarquer lorsqu’il t’a capturé dans ma chambre.
- Non… J’étais trop préoccupé par ton sort. Je n’ai pas fait attention. Donc, Floïs et lui se sont rencontrés plusieurs fois ; c’est étrange, effectivement. »
Le débat en resta là. Harry étreignit brièvement sa compagne puis ils se remirent en route.
Murés dans un fouillis d’idées, ne contemplant que leurs pieds, les jeunes gens commirent une grossière erreur. Pas un ne la décela avant qu’une voix ne retentisse dans leur dos :
« Ha… Harry Potter, au nom... de la loi, je vous arrête ! »
Ahuris, ils se figèrent, réalisant avec effroi qu’ils avaient négligé l’invisibilité.
« Pas un geste, surtout ! » réclama l’individu que Harry tenta d’identifier.
Il connaissait cet homme, il en était sûr. Un éclair de mémoire jaillit :
« Ambrosius Flume ! C’est vous ?
- Euh… oui ! C’est bien moi. Moi qui ai le privilège d’attraper le criminel le plus recherché par la police ! Il y a une belle récompense sur votre tête. Surtout ne bougez pas.
- Mr Flume, vous n’êtes pas sérieux, intervint Hermione. Nous sommes deux et vous êtes seul.
- Pas pour longtemps. Je vais faire rappliquer du monde. Ne vous retournez pas ! »
Là, il pouvait courir ! Les jeunes gens échangèrent un bref regard. Un clin d’œil suffit à coordonner leur action. Alors que Hermione pivotait d’un bloc en lançant « Petrificus totalus ! », Harry transplanait.
Le vieillard desséché gisant à ses pieds, Hermione se retrouva cernée par plusieurs sorciers qui brandissaient leur baguette. Miss Coolheart, flanquée du patron de « la tête de sanglier », deux étrangers et la tenancière de la seconde taverne, la maintenaient en respect. Elle baissa son arme et se laissa entraîner, sans résister.
Un instant, Harry se crut désartibulé. Il avait dû s’envoler si vite, que les 3 D indispensables s’étaient à peine imprimés dans son esprit. Aussi, c’est assez surpris d’être intact qu’il atterrit… Où diable était-il ?
Par quel méandre son cerveau avait-il formulé un tel endroit ?
Manifestement, il était en rase campagne. À part des champs en friche, il distinguait les contours d’une bâtisse moyenne ; une espèce de cottage, assez sinistre dans son isolement.
« Qu’est-ce qui m’a pris de venir ici ? Je ne sais même pas où je suis ! »
Il se gratta la tête, essayant de rattraper le fil de ses idées au moment du transplanage.
« J’ai pensé à tant de choses ! Je ne me souviens pas avoir évoqué ce lieu… complètement inconnu. »
Harry hésita. Sa curiosité le poussait à poursuivre, n’empêche qu’une vague inquiétude le rongeait au sujet de sa fiancée. Devait-il rentrer ou continuer son exploration ?
Bah ! Hermione était une excellente sorcière, ce n’était pas un freluquet du genre Flume qui lui causerait des ennuis.
Certain de son fait, il s’approcha prudemment de la demeure. Était-elle habitée ? Ami ou ennemi ?
Il se rassura progressivement au vu de l’abandon du site. Il arriva près d’un muret délabré qui encerclait un jardinet autrefois soigné. Il y avait belle lurette que personne ne s’était soucié de l’entretien de cette petite propriété.
Harry avisa le portillon de bois fermant l’accès. Il y chercha un signe, une indication sur l’occupant. Une minuscule plaque de bronze, noircie par les intempéries y vacillait au gré du vent, à peine retenue par un clou prêt à se rompre. Sans remord, Harry accéléra la course du temps et décrocha l’objet. Quoique vétuste, les inscriptions étaient encore lisibles. D’un revers de manche, il aviva la phrase et lut : « Jim Me….e »
Ce nom avait été rayé délibérément par un objet pointu. Incapable de le déchiffrer, Harry tenta de se rappeler les Jim croisés sur sa route. Deux patronymes émergèrent : McGuffin et Peakes. Aucun ne correspondait au Me… De plus, quel rapport y aurait-il eu entre lui et cet ancien présentateur de radio moldue ou le garçon batteur pour Gryffondor en 6ème année ?
Très intrigué sur les raisons qui l’avaient conduit là, Harry alla plus avant. L’obstacle franchi, il marcha résolument vers la porte de la maison qu’il heurta plusieurs fois. Nulle réaction ne survint. Ou personne ne vivait ici ou on était sourd comme un pot. La main sur la poignée, Harry poussa le panneau. Vu sa résistance, il était verrouillé. Un « Alohomora » vainquit la serrure, le jeune homme entra.
Qu’il faisait sombre là-dedans ! Par la lueur venant du dehors, Harry détailla un hall d’accueil dénudé au carrelage de gré souillé donnant sur une volée de marches et un corridor flanqué de deux ouvertures, une au fond, une autre latérale. Par politesse, il s’enquit :
« BONJOUR ! Je me suis égaré. Il y a quelqu’un ? »
Pas un son, même pas le trottinement d’un rat, ne répondit.
« Je me fais l’effet d’être un cambrioleur, songea-t-il, amer. Pourtant, je dois savoir pourquoi j’ai atterri ici. »
Fort de sa résolution, il entreprit une visite minutieuse. La pièce à sa droite se révéla garnie d’un mobilier protégé de housses en toile étonnamment propres. En fait, une rare poussière régnait dans ce living-room, ce qui contrastait avec l’abandon apparent du cottage. Quelques toiles d’araignée s’accrochaient aux poutres du plafond, sinon l’ensemble paraissait inoccupé depuis peu.
Harry déambula entre les sièges rendus informes sous leur couverture. Il souleva un pan ou l’autre, ne découvrant aucune bizarrerie dans ces chaises, fauteuils et canapé de velours usé. Ses pas le menèrent au mur du fond où se découpait une porte émaillée de petits carreaux jaunâtres. Elle pivota avec un affreux grincement qui le fit grimacer.
Ah ! C’était la cuisine, il aurait dû s’en douter. Rien de particulier n’arrêta son regard. Un évier banal en aluminium, quelques pièces de vaisselles retournées, un essuie maculé, voilà son horizon. Tiens ? Un frigidaire. Cet objet typiquement moldu l’intrigua. Quoique…
Pourquoi pas ? Jusqu’ici, nul indice ne lui prouvait être chez un sorcier, donc…
Il tira la poignée du meuble, à peine surpris d’y voir l’ampoule interne s’éclairer. L’électricité était donc maintenue ? Le vide de ce compartiment le désappointa. Il avait espéré… Quoi ? Il n’en savait rien.
Par acquit de conscience, d’un geste machinal, il ouvrit la porte du congélateur attenant. Les yeux arrondis d’incompréhension, il fixa la multitude d’objets dévoilés. Qu’est-ce que c’était que… ça ? Incapable du moindre geste, il tenta d’ordonner ses pensées. Son cerveau refusait d’admettre l’incroyable, l’innommable, le…
La nausée le submergea. D’un réflexe, il se rua à l’évier où, incontrôlable, son estomac se révulsa dans d’affreux spasmes. Tout le repas pris chez les Weasley repassa.
En sueur, tremblant, Harry manipula un robinet. S’emparant du premier récipient à portée, il l’emplit d’eau puis le vida à grands traits en recrachant la moitié. Il plongea sa nuque sous le jet et s’ébroua, hagard. Ce n’était pas possible ! Il était victime d’une hallucination ou alors…
Les mains crispées sur le lavabo, il se força au calme. Au bout de quelques minutes, il se sentit prêt à affronter à nouveau ce contenu, pour le moins, inouï.
Inspirant un grand coup, il fit volte face. La porte s’était refermée, il l’a rouvrit violemment. Non, hélas, il n’avait pas rêvé. Là, devant lui, s’exposait le plus immonde des étalages. Au lieu des traditionnelles pizzas, hamburgers ou plats congelés, se tenaient des fioles et pots en verre. Tous conservaient des restes… humains ou animaux : yeux, cervelles, boyaux ! Des créatures étranges, entières ou disséquées, reposaient dans leur abri de glace. Mais le pire… Le pire était une tête, une tête d’homme ! Jamais Harry n’avait contemplé quelque chose d’aussi abject !
Planté sur un moignon de cou, barbe, sourcils, longs cheveux gris poudrés de givre, ce vestige reflétait un être d’une septantaine d’années. Les traits déformés par un rictus de souffrance n’en gardaient pas moins une certaine noblesse. Rien de vulgaire n’entachait ce visage torturé au nez droit et aux lèvres fines.
« C’est monstrueux ! balbutia Harry, profondément dégoûté. Une chance qu’on ait fermé les yeux de ce malheureux. »
Une foule de questions roulant sous son crâne, le jeune homme s’écarta de ce sinistre spectacle.
« Qui était-ce ? Pourquoi lui a-t-on fait ça ? Suis-je tombé chez… un fou ? »
Il fallait être nettement atteint pour garder des trucs pareils chez soi !
Du coup, Harry sentit des ailes lui pousser dans le dos. Fuir ! Quitter ces lieux et leurs horreurs ! Néanmoins… puisqu’il était sur place, autant visiter le reste.
« J’aurais bien besoin d’un remontant. », murmura-t-il avec nostalgie.
Non ! Ce vice était enterré, il saurait s’en passer. La sobriété était indispensable à ses projets.
Là-dessus, le cœur gonflé d’une nouvelle détermination, il sortit dans le corridor et gravit l’étroit escalier menant à l’étage.
Quoiqu’il se sentît complètement seul, il brandit sa baguette au cas où. Après un petit palier, il avisa un autre couloir. Trois portes y donnaient, il affronta la première qui céda immédiatement. OUF ! Pas de quoi lanterner ici, la pièce était vide.
Il se dirigea vers la seconde qu’il poussa, résolu. NOOOOOooonnn ! Une fois de plus… une abomination ! Là, à quelques mètres de lui, se trouvait un lit. Il aurait été banal avec ses montants en sapin vernis et ses draps blancs, s’il n’avait pas été occupé par… un corps, presque un squelette.
« Une momie ! s’épouvanta Harry. Il y a une momie décapitée dans ce lit ! »
Desséchés, grisâtres, ces restes humains et la tête du congélateur devaient appartenir à la même personne. Harry n’approcha pas. Ce qu’il voyait suffisait à conforter ses idées : il était chez un dangereux malade mental !
Ecœuré, il se détourna et s’appuya contre le mur où il tenta de récupérer ses esprits.
« Si la troisième est du même style, je cours me réfugier à Ste Mangouste ! » déglutit-il.
Il terminerait coûte que coûte. D’une puissante inspiration, il fonça vers la dernière porte. Prêt à tout encaisser, ce qu’il découvrit le laissa pantois. Comment qualifier cette pièce ? Une chambre ou… un laboratoire ? Pour avoir fréquenté jadis l’antre de Severus Rogue – l’ancien maître de potions – ce qui s’étalait là n’avait rien à lui envier. De multiples étagères regorgeaient de pots et bouteilles aux étiquettes évocatrices : sang de vipère noire du Pérou, venin d’acromantule, écailles de Boullus, dards de Billywigs, bave de crapauds cornus, etc. De plus, nombres de bocaux contenaient des spécimens aussi affreux que ceux d’en bas. Baignant dans du formol, des « ratages » d’hybridations infâmes s’exposaient.
Harry découvrit des créatures innommables, des mélanges de rat-serpent, araignée-oiseau : tout le parfait attirail d’un mage noir.
Rendu vaseux par ce déballage hors normes, Harry arrêta son inventaire sur la pile de livres posée sur le bureau. La lecture des titres lui donna froid dans le dos. Jamais il n’avait contemplé – sauf chez Barjow et Burk – une telle réunion d’ouvrages interdits : Tortures jouissives de vos ennemis ; recettes diverses et efficaces de mort violente ; envoûtements et sortilèges proscrits, etc.
QUI ? Qui habitait ici et s’adonnait à ces… abominations ? Fébrile soudain, Harry voulut en avoir le cœur net. Il déplaça les volumes, cherchant un manuscrit quelconque qui l’éclairerait sur le malfaisant individu soupçonné. Il ne trouva pas d’indices sur la table de « travail ».
Pestant, il s’attaqua aux tiroirs avec l’espoir que… OUI ! Sa main s’empara d’un cahier qu’il feuilleta sommairement. Une sorte de journal intime ? Génial ! Malheureusement, pas de nom sur la page de garde. Vu la longueur des textes ressemblant parfois à un tas de gribouillages, il lui faudrait des heures de patience pour en venir à bout. Un instant soucieux, Harry soupira :
« Avec ça, je saurai. Il n’y a pas d’urgence. Je me suis suffisamment attardé ici. Lou-Anne et Hermione, elles, prévalent sur tout ! »
Il empocha le cahier et se concentra.