très courte, je sais. Vous savez pourquoi.
Chapitre 20 : un retour mouvementé.
Surexcitée, les mains croisées sous le menton, Hermione arpentait furieusement le tapis de sa chambre.
« Quel empoté ! soliloqua-t-elle. (veut dire parler seul). Cette réunion n’a servi strictement à rien. S’il refuse que l’on contacte l’extérieur, tout le plan tombe à l’eau. Les pauvres gosses vont être confinés des jours durant… pour rien. »
Sans cesse, elle se remémorait la récente entrevue entre les professeurs. Un beau gâchis ! Londubat avait maintenu son point de vue : black out total ! Les élèves recevraient du courrier mais aucun pli ne sortirait de Poudlard.
« Il ne pourra pas résister longtemps, marmonna-t-elle. Tôt ou tard des parents réclameront des nouvelles de leurs rejetons. Il sera bien obligé de rendre des comptes à qui de droit. »
Cette conclusion la calma un peu. Lasse, elle soupira :
« Harry, mon chéri, pourquoi tardes-tu tant ? »
Les coups discrets à sa porte la firent sursauter. À cette heure ? Qui se permettait ? Avec méfiance, elle s’approcha du panneau et s’enquit :
« C’est pourquoi ? »
La réponse murmurée la fit défaillir de joie :
« Hermione, ouvre, c’est moi ! »
La serrure débloquée, elle ouvrit à la volée :
« Harry ! Je suis si heureuse ! s’écria-t-elle en se lançant dans les bras de son fiancé qu’elle étreignit fougueusement. Je suis folle, pouffa-t-elle ; vite, entre. Il ne faut pas que l’on te voie. »
Elle lui prit la main et l’entraîna dans la chambre qu’elle insonorisa en la fermant. Radieuse, elle se tourna vers lui :
« Laisse-moi te regarder, mon chéri ! Tu as… maigri, on dirait. C’était si dur ?
- Ce ne fut pas une partie de plaisir, non. Et Toi, comment vas-tu ?
- Moi, ça va. On a un petit souci avec quelques élèves. Mais d’abord… »
Gaiement, elle poussa son visiteur vers un des fauteuils où il s’affala :
« Tu veux boire quelque chose ? Du thé, un cognac ?
- Merci, non. Je… »
Brusquement, elle s’installa sur ses genoux, lui coupant la parole de la plus tendre des façons. Entre deux baisers, elle murmura :
« Tu m’as tellement manqué ! J’étais morte d’inquiétude. »
Harry répondit chaudement à cet accueil qui l’étourdissait. Ses mains se firent hardies. Hermione ne se défendit pas, réclamant, au contraire, des contacts plus intimes. Emporté, il les lui prodigua volontiers.
Enfin, la demoiselle parut rassasiée des caresses échangées. Elle laissa souffler son galant :
« Pardonne-moi ! Je suis si contente que tu sois de retour. Tu dois être mort de fatigue, et tu as besoin de repos.
- Ce genre de repos me… satisfait, grandement. »
Elle l’embrassa encore puis se redressa en rajustant sa mise :
« Dis-moi ce qu’il s’est-il passé ? Kreattur t’a trouvé au Mexique. Que faisais-tu là-bas ?
- Des trucs pour… Je préfère ne pas trop m’étendre là-dessus maintenant. Parle-moi plutôt de Poudlard.
- Lou-Anne a déclenché la rébellion. Avec plusieurs de ses amis, elle s’est enfermée dans la grande salle et ne compte pas en sortir tant que tu ne seras pas rétabli dans tes fonctions.
- Ce n’est pas demain la veille ! Que reproche-t-elle à Neville ?
- De ne pas être… à la hauteur. C’est vrai qu’il a complètement chamboulé les programmes. Il trafique quelque chose avec Floïs, j’en suis sûre sans savoir quoi au juste.
- Qu’est-ce qui te permet de l’affirmer ?
- Je les ai surpris en train de discuter ; Animagus, ça aide.
- Tu n’as aucune idée ?
- Une date approche, c’est tout ce que je sais. Ce qu’ils comptent y faire, je l’ignore. Il va falloir te montrer prudent. Tu es toujours le suspect numéro un pour les meurtres, d’autant qu’il n’y en a plus eu depuis que tu es parti.
- On ne s’en plaindra pas. Je serai très discret, ne crains rien. Quelqu’un d’autre que toi est-il au courant au sujet de Floïs et Londubat ?
- Non ! Je n’ai rien dit à personne ; je t’attendais.
- Parfait ! Je prendrais bien un peu de thé.
- Bien sûr ! sourit-t-elle en le levant. Ne bouge pas, j’en ai pour une minute.»
La jeune femme courrait vers son coin cuisine lorsqu’un tambourinement à la porte la freina.
« Qui cela peut-il être ? » dit-elle en fronçant les sourcils.
Elle revint lentement sur ses pas, jetant un œil à Harry :
« Cache-toi ! murmura-t-elle avant d’élever le ton. Qui est là ? C’est pourquoi ? »
Elle s’appuya au dossier d’une chaise en entendant la réponse :
« C’est moi, ouvre vite ! »
Dans son dos, un bruit la fit se retourner. Incrédule, elle vit Harry brandir sa baguette.
« Tu… Vous n’êtes pas… bredouilla-t-elle, éperdument confuse.
- Eh, non ! ironisa l’autre. Merci pour ce charmant accueil ! J’en mourais d’envie depuis longtemps. »
Avant qu’elle ait pu amorcer un geste vers sa baguette, tout vacilla. Sa vue se brouilla, elle s’écroula.
De l’autre côté du panneau, on s’impatienta :
« Hermy ? Tout va bien ? Hermione, ouvre ou j’enfonce la porte ! »
Nul son ne lui parvenant, le visiteur agit :
« Alohomora ! »
Zut ! C’était un verrouillage magique. Inutile de s’acharner dessus, il fallait contourner ou…
« FRANGERO ! »
La porte fut pulvérisée en petits bois qui volèrent partout.
Harry bondit dans la pièce où, effaré, il découvrit un corps inanimé sur le tapis.
« Hermione ! s’étrangla-t-il alarmé en s’agenouillant près de la jeune femme. Hermy, je t’en prie, réveille-toi ! »
Il la secoua de plus en plus vivement, tentant de redonner des couleurs aux joues exsangues. Il lui frictionna les membres, inonda son doux visage de tendres baisers sans qu’une once de réaction ne se manifeste.
« Qu’est-ce qu’on t’a fait, Hermy chérie, pleura-t-il décomposé. Reviens ! »
Tout à sa réanimation, il ne remarqua pas l’investissement des lieux par d’autres personnes. Lorsqu’il releva la nuque, il était trop tard pour essayer un repli ; ils étaient cinq à l’encercler :
« Au moindre geste, je te stupéfixe, annonça Neville.
- Moi, je le ligote, assura Baddream.
- Je serai au regret de vous entraver également dit Flitwick.
- Qu’avez-vous fait à cette pauvre enfant ? s’indigna Trelawney.
- Harry ! Tu ne l’as pas agressée quand même ? Je ne peux y croire.
- Tu as raison, Luna. Je viens de la trouver dans cet état, et…
- Facile à dire, ricana Londubat. Une preuve de plus contre toi ! Emparez-vous de lui ! Ne résiste pas Potter, ou il t’en cuira !
- Soigne-la ! Luna, s’il te plaît… »
Alors que des mains solides s’abattaient sur les épaules du suspect, l’infirmière se pencha sur la belle évanouie. Entraîné de force, Harry jeta en arrière un œil désespéré. Hermione ! Pourvu que ce ne soit pas trop grave.
Depuis combien de temps moisissait-il là ? Il n’en avait aucune idée et s’en moquait éperdument. Cloîtré dans un des cachots du sous-sol, un lit bancal avec une cuvette et son pichet d’eau pour compagnie, Harry s’inquiétait non sur son devenir mais sur celui de sa dame de cœur.
Tout avait basculé si vite, il ne comprenait rien. Il avait transplané du manoir Coldrock à Pré-au-Lard. De là, par le passage secret sous Honeyduke où il avait réussi un sort d’invisibilité, il s’était faufilé jusqu’au second étage pour trouver… Rien que cette évocation le mettait dans tous ses états. Hermione ! Que lui avait fait ce monstre ? Á n’en pas douter, c’était encore un coup tordu de celui qui usurpait son identité. Maintenant, son lot serait d’être arrêté par les Aurors qui ne tarderaient pas à débarquer. Il n’avait opposé aucune résistance à son enfermement, abattu par la vision de sa fiancée évanouie. On l’avait dépouillé de tout, plus de baguette magique, ni bague, ni ceinture, de quoi déprimer à plein régime.
Se retournant sur sa mauvaise couche, il pestait contre la fatalité et contre lui-même, assombri par ses tourments intérieurs lorsqu’un bruit le força à se redresser. Ses geôliers venaient-ils le voir ? On tripotait la serrure.
Prêt à en découdre avec l’arrivant, il arrondit les yeux de surprise :
« Do… Dobby ? Que…
- Vite, Monsieur Potter ! Dobby a volé la clé. Venez ! »
Harry bondit sur ses pieds et courut rejoindre l’elfe qui inspectait le couloir. Dès que l’ex-directeur eut franchi la porte, Dobby la verrouilla. Il saisit la main du sorcier et l’entraîna à vive allure dans le boyau obscur.
« Où allons-nous ? s’informa Harry.
- Au seul endroit où les ennemis de Monsieur Potter ne viendront pas le chercher. »
Ils en parcoururent du chemin. Harry n’avait pas prospecté à fond ce sous-sol. Il s’étonnait à moitié de la multitude de voies empruntées à vive allure. Brusquement, Dobby s’arrêta. Essoufflé, il retint Harry par la manche :
« Stop ! » murmura-t-il avant d’enfoncer ses longs doigts fins à un endroit précis du mur.
Aussitôt, celui-ci se déroba ; une ouverture se créa.
« Entrez ! » intima Dobby en poussant le fugitif à l’intérieur.
Harry n’y voyait goutte. Il devina une intervention de l’elfe quand une chandelle s’alluma.
« Vous êtes chez Dobby ! Ce n’est pas un Palais, mais Monsieur Potter s’en contentera pour l’instant.
- Merci, Dobby ! Je ne sais…
- Dobby restera le débiteur de Monsieur Potter, le reste de sa vie. Il lui doit tant. Il va chercher ce qui manque à Monsieur.
- Tu m’apporterais ma baguette ? Il y a aussi deux objets auxquels je tiens beaucoup, une bague et une ceinture ; j’ai besoin de linge aussi. Par-dessus tout, informe-toi sur Hermione. J’aimerais…
- Pas de problème, Monsieur Potter. Dobby se charge de tout. Ne bougez pas d’ici. »
La seconde suivante, l’elfe avait disparu, abandonnant Harry à sa triste solitude.
Rongeant son frein, il détailla l’antre de son sauveur. C’était donc ici que vivait Dobby ? Dans ce cube de trois mètres, sans fenêtre ni commodités usuelles ? Une paillasse de crin aux draps douteux, un trépied supportant une bassine en fer blanc et un petit coffre d’où dépassaient des chaussettes de toutes les couleurs, voilà l’environnement.
« Jamais je n’aurais imaginé de telles conditions… dégradantes, se révolta-t-il. Dobby est libéré pour subir… ça ? Les autres doivent connaître pire ! Si je le peux, je changerai tout. »
Sa résolution prise, n’en restait pas moins une situation précaire. Que se passait-il là-haut ? Comment allait Hermione ?
« Impossible ! tempêta Neville. Il y a un traître parmi nous ! Nous le tenions, comment a-t-il pu s’échapper ?
- C’est à n’y rien comprendre, soupira Baddream. J’étais descendue afin de… vérifier que Potter ne manquait de rien, et quand j’ai ouvert, il s’était envolé.
- Vous êtes sûre que ce n’est pas vous qui l’avez aidé ? Il me semble, qu’à une époque pas si lointaine vous lui faisiez les yeux doux.
- Comment osez-vous ! se rebiffa Desdémone, encore plus belle avec les yeux furieux. Après tout ce que nous…
- Il suffit ! trancha le directeur, mauvais. Inutile de me rappeler certains égarements. Avec Potter dans la nature, nous allons avoir l’air fin à l’arrivée des Aurors.
- Envoyez une note au ministère, suggéra Slughorn à moitié endormi.
- Ben voyons ! Pour qu’ils me traitent d’incapable ? Non ! Il nous reste grosso modo une heure avant qu’ils se pointent. Profitons-en pour retrouver Potter.
- Le château est vaste, fit remarquer Sinistra. S’il bénéficie d’une complicité interne, c’est peine perdue.
- Ses objets personnels sont bouclés, ici-même. Sans baguette, il ne sera pas dangereux.
- Ne croyez pas ça, Miss Baddream. Je connais ce monsieur depuis des années, il est capable de tout ! Il a peut-être planqué une autre baguette quelque part ou on lui en fournira une. Nous devons mettre la main dessus avant…
- Seriez-vous inquiet d’un débarquement de membres du ministère ? Il est vrai qu’avec ce qui se passe dans la grande salle…. »
La flèche perfide de Desdémone ne rata pas sa cible, Neville rougit jusqu’à la racine des cheveux. Il parut suffoqué et desserra nerveusement le nœud de sa cravate.
« Il n’est jamais bon de voir des étrangers fourrer leur nez dans ses affaires. J’espérais disperser les mutins en leur montrant Potter. Maintenant…
- On peut toujours leur proposer l’immunité s’ils sortent d’eux-mêmes ? proposa Sinistra. Que risquons-nous ? »
Le front barré d’un pli soucieux, le directeur marcha en rond puis soupira :
« Nous essaierons, oui. Vous avez gagné ; inutile de déranger des Aurors pour rien. Même s’ils démontaient Poudlard pierre par pierre, ils n’arriveraient à aucun résultat. Nous sommes contraints d’attendre que Potter se manifeste lui-même.
- Il n’est pas revenu sans raisons, releva judicieusement Flitwick. Je me demande bien lesquelles l’ont poussé à se montrer.
- Il va à nouveau y avoir des morts, annonça un timbre lugubre. Voyez cette pauvre Miss Granger.
- Sibylle, vous exagérez, comme toujours ! railla Baddream. Miss Granger se porte au mieux, Mrs Malefoy nous l’a confirmé. Elle s’est peut-être évanouie d’émotion en apercevant son fiancé ?
- Il a défoncé sa porte ! Curieuse entrée en matière, non ?
- Exact, monsieur le directeur, dit Anastasia Moldubec. Sans doute refusait-elle l’accès de sa chambre à ce criminel. Elle ne semble cependant pas se rappeler quoi que ce soit, dommage.
- La culpabilité de Potter n’est plus à prouver. Tout est calme depuis son départ. Il a, en quelque sorte, signé ses aveux. »
Sur ce, Neville expédia tout le monde dans ses quartiers. Dès la porte refermée, il s’attabla à son bureau et commença à écrire.